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 Questions sur la Foi et la Bible

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RAMOSI
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MessageSujet: Questions sur la Foi et la Bible   Mer 17 Juin 2015, 7:27 pm




Le jugement

Pourquoi JESUS dit-il à ses disciples de ne pas juger ?


« Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis » (Luc 6, 37). Est-il possible de mettre cette parole de l’Évangile en pratique ? N’est-il pas nécessaire de juger, si l’on ne veut pas baisser les bras face à ce qui ne va pas ? Mais cet appel de JESUS s’est profondément gravé dans les cœurs. Les apôtres Jacques et Paul, par ailleurs si différents, y font écho presque avec les mêmes mots. Jacques écrit : « Qui es-tu pour juger le prochain ? » (Jacques 4, 12). Et Paul : « Qui es-tu pour juger un serviteur d’autrui ? » (Romains 14, 4).

Ni JESUS ni les apôtres n’ont cherché à abolir les tribunaux. Leur appel concerne la vie quotidienne. Si les disciples du Christ choisissent d’aimer, ils continuent cependant à commettre des fautes aux conséquences plus ou moins graves. La réaction spontanée est alors de juger celui qui – par sa négligence, ses faiblesses ou ses oublis – cause des torts ou des échecs. Nous avons bien sûr d’excellentes raisons de juger notre prochain : c’est pour son bien, pour qu’il apprenne et qu’il progresse…

JESUS, qui connaît le cœur humain, n’est pas dupe des motivations plus cachées. Il dit : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! » (Luc 6, 41). Je peux me servir des fautes des autres pour me rassurer sur mes propres qualités. Les raisons pour juger mon prochain flattent mon amour-propre (voir Luc 18, 9-14). Mais si je guette la moindre faute de mon prochain, n’est-ce pas pour me dispenser de faire face à mes propres problèmes ? Les mille défauts que je lui trouve ne prouvent pas encore que je vaux mieux que lui. La sévérité de mon jugement ne fait peut-être que cacher ma propre insécurité et ma peur d’être jugé.

À deux reprises, JESUS a parlé de l’œil « malade » ou « mauvais » (Matthieu 6, 23 et 20,15). Il nomme ainsi le regard troublé par la jalousie. L’œil malade admire, envie et juge le prochain tout en même temps. Quand j’admire mon prochain pour ses qualités mais qu’en même temps, il me rend jaloux, mon œil devient mauvais. Je ne vois plus la réalité telle qu’elle est, et il peut même m’arriver de juger un autre pour un mal imaginaire qu’il n’a jamais fait.

C’est encore un désir de domination qui peut inciter à juger. C’est pourquoi, dans le passage déjà cité, Paul écrit : « Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d’autrui ? ». Qui juge son prochain s’érige en maître, et il usurpe, de fait, la place de Dieu. Or nous sommes appelés à « regarder les autres comme nos supérieurs » (Philippiens 2, 3). Il ne s’agit pas de se déconsidérer soi-même, mais de se mettre au service des autres au lieu de les juger.

Est-ce que renoncer à juger conduit à l’indifférence et à la passivité ?

En une même phrase, l’apôtre Paul utilise le mot juger dans deux sens différents : « Cessons de nous juger les uns les autres : jugez plutôt qu’il ne faut rien mettre devant votre frère qui le fasse buter ou tomber » (Romains 14, 13). L’arrêt des jugements mutuels ne conduit pas à la passivité, mais elle est une condition pour une activité et des comportements justes.

JESUS n’invite pas à fermer les yeux et à laisser les choses aller. Car aussitôt après avoir dit de ne pas juger, il continue : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? » (Luc 6, 39). JESUS souhaite que les aveugles soient aidés à trouver le chemin. Mais il dénonce les guides incapables. Ces guides un peu ridicules sont, selon le contexte, ceux qui jugent et condamnent. Sans renoncer à juger, il est impossible de voir clair pour entraîner d’autres sur le bon chemin.

Voici un exemple tiré de la correspondance de Barsanuphe et Jean, deux moines de Gaza du VIe siècle. Après avoir blâmé un frère pour sa négligence, Jean est peiné de le voir triste. Il est encore blessé quand, à son tour, il se sent jugé par ses frères. Pour trouver le calme, il décide alors de ne plus faire de remarques à personne, et de ne s’occuper que de ce dont il serait seul responsable. Mais Barsanuphe lui fait comprendre que la paix du Christ n’est pas dans le repli sur soi-même. Il lui cite à plusieurs reprises une parole de l’apôtre Paul : « Reprends, réprimande, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire » (2 Timothée 4, 2).

Laisser les autres tranquilles, cela peut encore être une forme subtile de les juger. Si je ne veux m’occuper que de moi-même, serait-ce peut-être que je ne considère pas les autres comme dignes de mon attention et de mes efforts ? Jean de Gaza décide de ne plus reprendre aucun de ses frères, mais Barsanuphe comprend qu’en fait, il continue à les juger dans son cœur. Il lui écrit : « Ne juge ni ne condamne personne, mais avertis-les comme de véritables frères » (Lettre 21). C’est en renonçant aux jugements que Jean deviendra capable d’un vrai souci des autres.

« Ne portez pas de jugement prématuré, laissez venir le Seigneur » (1 Corinthiens 4, 5) : Paul recommande la plus grande retenue dans le jugement. En même temps, il demande avec insistance de se soucier des autres : « Reprenez les désordonnés, encouragez les craintifs, soutenez les faibles, ayez de la patience envers tous » (1 Thessaloniciens 5,14). Par expérience, il savait ce que reprendre sans juger pouvait coûter : « Trois années durant, nuit et jour, je n’ai cessé de reprendre avec larmes chacun d’entre vous » (Actes 20, 31). Seule la charité est capable d’un tel service.





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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Jeu 18 Juin 2015, 6:22 pm




Le baptême


Le baptême est-il nécessaire pour entrer dans la vie chrétienne ?

Pour comprendre le sens du baptême dans toute son ampleur, il faut regarder comment il était vécu par les premiers disciples du Christ. Lors de la première Pentecôte chrétienne, les auditeurs de Pierre sont atteints au plus profond d’eux-mêmes en réalisant qu’ils n’avaient pas su discerner en JESUS l’Envoyé de Dieu. Terrassés par le regret, ils demandent aux apôtres : « Que devons-nous faire ? » Et Pierre de répondre : « Changez vos cœurs, et que chacun se fasse baptiser au nom de JESUS Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit » (Actes 2,37-38). Le baptême exprime d’une part la metanoia, le changement fondamental d’orientation provoqué par la rencontre avec Dieu, et d’autre part l’accueil de l’Esprit divin qui fait de l’être humain une créature nouvelle (voir 2 Corinthiens 5,17). Il transforme le regret stérile en une repentance qui est la porte d’entrée dans une vie de communion.

Aussi, loin d’être un simple rite extérieur pour marquer une appartenance sociologique, le baptême signifie-t-il la transformation profonde de l’être humain par le Souffle de Dieu. Il est en quelque sorte une Pentecôte permanente qui construit l’Église au fil des siècles. (Rappelons-nous que, dans l’Église ancienne, comme encore de nos jours dans les Églises orientales, on ne sépare pas le baptême proprement dit de la confirmation.) En ouvrant son cœur à la nouveauté de Dieu, le baptisé accueille un germe de Vie qui va le transformer et lui permettre de mener une vie nouvelle (voir 1 Pierre 1,22-23).

Puisque cette vie est essentiellement une vie avec les autres, elle a forcément un côté extérieur. La transformation du cœur reste l’essentiel, mais elle s’exprime par un changement concret de mode d’existence, l’appartenance à une communauté de prière et de partage aux visées universelles (voir Actes 2,42-47). « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas, » nous dit saint Jean (1 Jean 4,20). Il ne s’agit pas avant tout d’éprouver un sentiment, mais de mener une vie avec les autres qui concrétise notre communion avec le Dieu invisible. Le baptême est donc aussi un geste public par lequel la communauté des croyants accueille un nouveau membre en son sein.

Dieu veut pour nous la vie en plénitude et nous avons accès à cette vie en son Fils (voir 1 Jean 5,11). JESUS est ainsi le « oui » définitif de Dieu envers nous. Par le baptême, le Christ nous associe à son « oui », qui devient le « oui » que nous exprimons en retour à Dieu (voir 2 Corinthiens 1,19-20). Ce oui prononcé lors de notre baptême sera ensuite concrétisé dans tous les choix, petits ou grands, que nous faisons pour actualiser notre foi. En ce sens on peut dire que l’existence chrétienne dans son ensemble n’est rien d’autre qu’une explicitation du oui de notre baptême. Ceux qui ont été baptisés à un très jeune âge et dont l’engagement a été pris en leur nom par leurs proches, tout comme ceux qui ont fait eux-mêmes la démarche de demander le sacrement, sont également appelés à traduire le sens du baptême dans leur existence quotidienne, en se mettant toujours à nouveau en route sur les traces du Christ.

Quelle relation existe-t-il entre le baptême de JESUS et le nôtre ?

Au seuil de l’ère chrétienne, il y avait en Palestine un homme de Dieu appelé Jean. Il annonçait la venue imminente du Seigneur pour transformer le monde actuel de fond en comble et appelait les croyants à un geste concret de préparation. En descendant dans l’eau du fleuve Jourdain, ceux-ci exprimaient leur besoin de pardon et leur disponibilité à accueillir par un changement de comportement le Dieu qui vient. Mais Jean précisait que ce geste n’était qu’une préparation : un autre que lui, plus puissant, viendrait pour « baptiser dans l’Esprit Saint et le feu » (Matthieu 3,11).

A ce moment-là arrive JESUS et, au lieu d’appeler du ciel le feu divin, il demande de recevoir le baptême de Jean, malgré l’étonnement et les hésitations de celui-ci (voir Matthieu 3,14). Il a la certitude que sa place est au milieu des autres, dans une pleine solidarité avec ceux qui sont conscients de leurs fautes. Par là il exprime le fait que Dieu ne veut pas nous libérer d’une vie inauthentique sans d’abord partager cette vie pleinement. En se laissant submerger par les flots, JESUS symbolise son désir d’aller jusqu’au plus bas de la condition humaine, afin de l’ouvrir à la lumière de Dieu depuis l’intérieur.

Et voici que cette « mort » est aussitôt suivie d’une « résurrection ». « Remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui. » (Marc 1,10.) Le mur entre l’humanité et Dieu étant abattu, Dieu est de nouveau chez lui parmi les humains. Et des paroles viennent du Père qui expriment, à la lumière des Écritures hébraïques, sa relation avec JESUS et en même temps la mission qu’il donne à son Fils de transmettre cette relation aux autres. À partir de l’humanité du Christ, l’Esprit créateur travaille et renouvelle la terre, la faisant entrer dans une communion avec le Père éternel.

Il n’est pas faux de voir notre baptême comme le geste par lequel le Christ met son bras autour de notre épaule et nous prend avec lui dans l’espace tracé par son baptême. Nous mourons avec lui à une existence marquée par la fausse suffisance et par l’isolement, afin d’entrer dans une vie nouvelle, une vie de communion (voir Romains 6,3-6). En compagnie de JESUS nous entendons le Père prononcer à notre égard ces paroles de lumière : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur. » (Marc 1,11) Fils et filles dans le Fils, dès lors nous pouvons poursuivre dans les circonstances de notre vie la mission qui fut celle de JESUS : témoigner de la venue du Royaume de Dieu qui fait irruption dans notre monde et le transforme du dedans. En un mot, le baptême nous situe à l’intérieur du Corps du Christ. En noyant nos limites, et même nos refus, dans les eaux de la miséricorde divine, notre baptême ouvre une brèche où Dieu peut devenir présent, à travers nous, au cœur de l’histoire.

Lettre de Taizé : 2004/5




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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Sam 20 Juin 2015, 6:48 pm





Les enfants

Que signifie « accueillir le règne de Dieu comme un enfant » ?


Un jour, des gens amènent à JESUS des enfants pour qu’il les bénisse. Les disciples s’y opposent. JESUS se fâche et leur enjoint de laisser les enfants venir à lui. Puis il leur dit : « Quiconque n’accueille pas le règne de Dieu comme un petit enfant, n’y entrera certainement pas » (Marc 10,13-16).

Il est utile de se rappeler que, plus tôt, c’est à ces mêmes disciples que JESUS avait dit : « Le mystère du règne de Dieu vous a été donné » (Marc 4,11). À cause du règne de Dieu, ils ont tout quitté pour suivre JESUS. Ils cherchent la présence de Dieu, ils veulent faire partie de son règne. Mais voilà que JESUS les avertit qu’en repoussant les enfants, ils sont justement en train de se fermer la seule porte d’entrée dans ce royaume de Dieu tant désiré !

Mais que signifie « accueillir le règne de Dieu comme un enfant » ? On comprend en général : « accueillir le règne de Dieu comme un enfant l’accueille ». Cela correspond à une parole de JESUS en Matthieu : « Si vous ne retournez pas et ne devenez pas comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le règne des cieux » (Matthieu 18,3). Un enfant fait confiance sans réfléchir. Il ne peut pas vivre sans faire confiance à ceux qui l’entourent. Sa confiance n’a rien d’une vertu, elle est une réalité vitale. Pour rencontrer Dieu, le meilleur dont nous disposons, c’est notre cœur d’enfant qui est spontanément ouvert, ose demander simplement, veut être aimé.

Mais on peut aussi bien comprendre : « accueillir le règne de Dieu comme on accueille un enfant ». Car le verbe « accueillir » a en général le sens concret d’« accueillir quelqu’un », comme on peut le constater quelques versets plus tôt où JESUS parle d’« accueillir un enfant » (Marc 9,37). Dans ce cas, c’est à l’accueil d’un enfant que JESUS compare l’accueil de la présence de Dieu. Il y a une connivence secrète entre le règne de Dieu et un enfant.

Accueillir un enfant, c’est accueillir une promesse. Un enfant croît et se développe. C’est ainsi que le règne de Dieu n’est jamais sur terre une réalité achevée, mais une promesse, une dynamique et une croissance inachevée. Et les enfants sont imprévisibles. Dans le récit d’Evangile, ils arrivent quand ils arrivent, et de toute évidence ce n’est pas au bon moment selon les disciples. Mais JESUS insiste qu’il faut les accueillir puisqu’ils sont là. C’est ainsi qu’il nous faut accueillir la présence de Dieu quand elle se présente, que ce soit au bon ou au mauvais moment. Il faut jouer le jeu. Accueillir le règne de Dieu comme on accueille un enfant, c’est veiller et prier pour l’accueillir quand il vient, toujours à l’improviste, à temps ou à contretemps.

Pourquoi JESUS a-t-il montré une attention si particulière aux enfants ?

Un jour, les douze apôtres discutent pour savoir qui est le plus grand (Marc 9,33-37). JESUS, qui a deviné leurs réflexions, leur dit une parole déroutante qui bouleverse et ébranle leurs catégories : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous ».

À sa parole, il joint le geste. Il va chercher un enfant. Est-ce un enfant qu’il trouve abandonné au coin d’une rue de Capharnaüm ? Il l’amène, le « place au milieu » de cette réunion de futurs responsables de l’Eglise et leur dit : « Quiconque accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille ». JESUS s’identifie à l’enfant qu’il vient de prendre dans ses bras. Il affirme que c’est « un enfant comme celui-ci » qui le représente le mieux, à tel point qu’accueillir un tel enfant revient à l’accueillir lui-même, lui, le Christ.

Peu avant, JESUS avait dit cette parole énigmatique : « Le fils de l’homme est livré aux mains des hommes » (Marc 9,31). « Le fils de l’homme », c’est lui-même, et ce sont en même temps tous les fils d’homme, c’est-à-dire tous les humains. Le mot de JESUS peut se comprendre : « les humains sont livrés au pouvoir de leurs semblables ». C’est en particulier lors de l’arrestation et des mauvais traitements infligés à JESUS que se vérifiera une fois de plus que les hommes font n’importe quoi avec leurs semblables qui sont sans défense. Que JESUS se reconnaisse dans l’enfant qu’il est allé chercher, n’est alors pas étonnant, car, si souvent, les enfants aussi sont livrés sans défense à ceux qui ont pouvoir sur eux.

JESUS a montré une attention si particulière aux enfants car il veut, parmi les siens, une attention prioritaire pour les démunis. Jusqu’à la fin des temps, ils seront ses représentants sur la terre. Ce qu’on leur fera, c’est à lui, le Christ, qu’on le fera (Matthieu 25,40). Les « plus petits de ses frères », ceux qui comptent peu et que l’on traite comme on veut car ils n’ont ni pouvoir ni prestige, sont le chemin, le passage obligé, pour vivre en communion avec lui.
Si JESUS a placé un enfant au milieu de ses disciples réunis, c’est aussi afin qu’eux-mêmes acceptent d’être des petits. Il le leur explique, dans l’enseignement qui suit : « Quiconque vous donne à boire un verre d’eau au nom de ce que vous êtes de Christ, amen, je vous le dis qu’il ne perd pas sa récompense » (Marc 9,41). Allant sur les chemins pour annoncer le règne de Dieu, les apôtres seront aussi « livrés aux mains des hommes ». Ils ne sauront jamais à l’avance comment ils seront accueillis. Mais même pour ceux qui les accueilleront avec un simple verre d’eau fraîche, sans même les prendre très au sérieux, ils auront été porteurs d’une présence de Dieu.

Lettre de Taizé : 2006/2



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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Mar 23 Juin 2015, 5:23 pm




Le Mystère de Noël


Inépuisables récits de la naissance du Christ. La foi trouve, tout au long de la vie, de quoi se nourrir et se convertir pour devenir toujours plus foi au Dieu de l’Evangile. Le chrétien y découvre son Dieu et se découvre lui-même, la vérité de son propre cœur.

Noël nous introduit aux paradoxes dont l’Evangile est jonché d’un bout à l’autre : le Dieu infini est là dans un petit enfant ; le Dieu tout-puissant est présent dans la faiblesse d’un nouveau-né ; la Parole devient vagissement. A-t-on assez souligné combien ces récits sont en profonde cohérence avec l’ensemble de la vie de JESUS ? A tort, certains les tiennent à l’écart, comme s’ils étaient le résidu d’une religion encore trop liée au merveilleux. Est-on gêné par l’apparition d’une étoile ? Il nous faut regarder là où elle nous conduit : un enfant nu dans une crèche. Surtout voyons ce qui est célébré : Dieu qui s’exprime non par la force ou la violence, mais dans un être désarmé, totalement livré.

A Noël osons aussi entendre la parole de JESUS : « Qui me voit, voit le Père » (Jean 14, 9). Du coup, la peur de Dieu, cette peur qui s’insinue si facilement, n’a plus lieu d’être. Saint Pierre Chrysologue écrit que Dieu s’est fait enfant pour que nous cessions d’avoir peur de lui.

Beaucoup de contemporains de saint Jean, juifs et grecs, auraient pu écrire : « Au commencement était le Verbe… ». Seul le chrétien Jean, qui a touché de ses mains le Verbe de Vie, peut écrire : « Le Verbe s’est fait chair ». Par chair, il faut entendre, faiblesse, finitude, créature mortelle. Là est le scandale de la foi chrétienne. Scandale qui ne se limite pas à la naissance du Christ, ni même à son existence terrestre, mais qui se poursuit dans sa façon d’être présent aujourd’hui. Saint Augustin en tire toute une intelligence des sacrements.

Le Verbe s’est fait chair, est devenu chair (Jean 1, 14). Voici que Dieu est lié à un devenir. Il n’est pas l’immuable qu’imaginent les philosophes. Sa transcendance n’est pas de se tenir à l’écart, loin des humains. La transcendance du Dieu biblique est de pénétrer l’histoire humaine en y apportant du neuf. Là où tout était vieux, usé, apparemment exténué, sans avenir, le Verbe apporte fraîcheur, nouveauté, élan vers la Vie ou tout simplement ce que les chrétiens appellent le pardon. Car si Jean écrit : « Le Verbe s’est fait chair » avec les connotations de faiblesse et de finitude que nous avons relevées, il ne dit pas : « nous avons vu sa misère », mais « nous avons vu sa gloire ». Une intense beauté, ce que Jean appelle gloire, rayonne du Christ incarné. Dans sa façon de vivre au sein de notre monde, en acceptant les limites humaines, dans un total abandon entre les mains de son Père, en recevant son existence jour après jour, la gloire rayonne. Le visage de Dieu se manifeste.

Matthieu ne nous dit pas tellement autre chose en nous fournissant la longue généalogie de JESUS. Son lecteur en conclut que c’est dans une histoire compliquée, loin d’être parfaite que JESUS entre. Qui est ce Dieu qui ne craint pas de se mêler à l’histoire des humains, à son épaisseur et même à son obscurité ? Le Dieu de la Nativité, de la Croix, de la Résurrection, mais aussi des sacrements. Par l’Eucharistie, il se mêle encore à notre corps, comme ose le dire saint Grégoire de Nysse.

Les chrétiens mettront du temps à tirer toutes les conséquences de cette prise au sérieux de l’histoire. Il n’est d’ailleurs pas certain que ce processus soit achevé.

Pourquoi sommes-nous touchés par les récits de la Nativité ? A leur lecture, quelque chose résonne en nous, comme un appel à laisser tomber nos carapaces, à nous défaire de nos cuirasses et de notre suffisance. Notre cœur est lui aussi fait pour la confiance. Le Bienheureux Charles de Foucauld le dit dans une prière inoubliable : « Mon Père, je m’abandonne à toi… car ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance, car tu es mon Père. »

Bien souvent le cœur ne s’ouvre que devant un plus humble que soi. Ne l’oublions pas : c’est le Tout Autre qui est présent à la crèche. Mais cet enfant nous empêche de penser à la transcendance comme distance ou menace. Ouverts à sa présence, nous ne perdrons pas notre liberté. Nous serons conduits à faire de nos vies « une création avec ». Oui, l’Emmanuel est là, en cet enfant : « Dieu-avec-nous ».

Un frère de Taizé a fait cette méditation de Noël pour KTO « TV catholique programmes », no 84.




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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Jeu 25 Juin 2015, 6:17 pm




L’Église

Avant de devenir un mot du credo, de la théologie et du catéchisme, « Église » est une parole biblique. Ce qui suit n’est pas une méditation sur l’Église, mais un essai de retrouver comment les lecteurs du Nouveau Testament entendaient ce mot, avec l’espoir de lui rendre un peu de sa première fraîcheur. Le mot ekklesia apparaît plus de deux cents fois dans la Bible grecque que lisaient la plupart des chrétiens des premiers siècles. Ce qui peut nous surprendre, c’est qu’il se trouve presque autant de fois dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Dans la version grecque de l’Ancien Testament, ekklesia désigne en général l’assemblée du peuple de Dieu.
Dans le Nouveau Testament, ekklesia désigne soit une assemblée locale soit l’ensemble des chrétiens. Mais il y a des exceptions intéressantes. Luc, auteur d’un évangile et des Actes des Apôtres, l’utilise aussi pour l’assemblée d’une ville (voir Actes 19, 23-40). Ekklesia n’était donc pas réservé à un usage religieux. Le mot évoquait la vie des cités grecques avec leurs assemblées où se discutaient les affaires publiques.
Une autre exception, c’est que, même dans le Nouveau Testament, ekklesia peut désigner le peuple de Dieu de la Première Alliance. Étienne appelle ekklesia le peuple réuni au désert autour de Moïse (Actes 7, 38). Et l’épître aux Hébreux cite un verset du psaume 22 : « Je te chanterai au milieu de l’ekklesia » (Hébreux 2, 12). Faut-il traduire « au milieu de l’assemblée » ou « au milieu de l’église » ? Le psaume parle de l’assemblée d’Israël. Mais comme l’épître aux Hébreux met ces mots sur les lèvres du Christ ressuscité, il s’agit aussi de l’église. L’usage biblique relie donc ce que nous avons l’habitude de distinguer. L’exemple de l’épître aux Hébreux invite à laisser les écritures de la Première Alliance parler de l’église de la Nouvelle Alliance. Alors le sens du mot ekklesia s’élargit. Son usage par les Psaumes, notamment, lui confère comme un aspect musical. L’ekklesia devient l’assemblée en fête, celle que réunit le chant du Christ.
Le mot ekklesia est fréquent dans les Actes des Apôtres, mais curieusement absent de ses premiers chapitres. La communauté née à Pentecôte ne s’appelle pas ekklesia. Il est simplement question de « tous les croyants » (Actes 2, 44). Puis apparaît le mot plêthos (Actes 4, 32), qu’il est possible de traduire « la multitude des croyants ». Mais les parallèles extra-bibliques ont permis aux exégètes de reconnaître que plêthos peut se référer à une communauté. Parfois, on traduit ce mot par « assemblée », ou « assemblée plénière » (par exemple Actes 6, 2), mais il n’est pas tout à fait synonyme d’ekklesia. Le plêthos, à l’instar d’autres groupes qui existaient à l’époque à Jérusalem, est une communauté constituée qui a ses règles d’appartenance, ses rites et ses responsables.
Ainsi les Actes des Apôtres ont gardé la trace du fait que ekklesia n’était pas d’emblée utilisé pour désigner les communautés chrétiennes. Et grâce aux lettres de Clément, évêque de Rome, et d’Ignace, évêque d’Antioche, nous savons que les deux mots plêthos et ekklesia ont coexisté au moins jusqu’au début du IIe siècle. Mais quels traits distinctifs des communautés chrétiennes le mot ekklesia souligne-t- il ? Et pourquoi a-t-il finalement pris le dessus ? Les Actes laissent entendre que l’apôtre Paul y est pour quelque chose, car le mot commence à jouer un rôle au même moment que Paul lui-même (Actes 8). Ce que confirment aussi les lettres de Paul, où le mot ekklesia est particulièrement fréquent. Pourquoi Paul a-t-il préféré ekklesia ? Dans cette parole, il y a le verbe « appeler ». Alors que plêthos désigne la communauté, l’ekklesia est, dans le monde grec comme dans la Bible, une assemblée convoquée. On dirait que chaque fois où Paul dit ekklesia, il entend « convocation » ou « appel ». Pour lui, « l’église de Dieu » ce sont « les saints par vocation » (1 Corinthiens 1, 2), ceux qui furent « appelés à la communion » du Christ (1 Corinthiens 1, 9).
Un demi-siècle plus tard, écrivant aux chrétiens de Smyrne, Ignace d’Antioche qualifiera pour la première fois l’ekklesia de « catholique », c’est-à-dire universelle : « Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté (plêthos), de même que là où est le Christ JESUS, là est l’église (ekklesia) catholique ». Les chrétiens forment des communautés concrètes. Mais pour Ignace comme pour Paul, le plus beau mot c’est « église ». Car dans ce mot l’accent ne porte pas sur l’intendance d’une communauté, mais sur l’appel universel de l’évangile du Christ. Et l’adjectif « catholique » souligne qu’un seul et même évangile, en tout lieu et en tout temps, appelle à l’unique communion du Christ.




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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Sam 27 Juin 2015, 5:54 pm




Église et état

Selon la Bible, quelle doit être l’attitude du croyant face à la société ambiante ?


C’est à travers le thème de la ville que la Bible aborde cette question. Dans le livre de la Genèse, celle-ci est vue avec méfiance. Caïn, homme de violence, devient le premier constructeur de ville (Genèse 4, 17). Puis Babel et Sodome sont des lieux où les humains poursuivent une fausse autonomie en oubliant la Source de leur existence. À l’encontre de ces tentatives, les croyants, à l’instar d’Abraham (voir Genèse 12, 1-4), vivent comme des pèlerins en route vers d’autres horizons, avec la foi seule pour boussole.

Plus tard une autre ville fait son apparition. C’est Jérusalem, la Cité-de-la-paix, fondée non sur l’autoglorification de l‘homme mais sur la promesse divine. Elle montre que la foi ne fuit pas les réalités terrestres mais conduit à une autre manière de vivre ensemble, dans la justice et la solidarité.

Là il n’y a pourtant rien d’automatique. Même Jérusalem peut manquer à sa vocation si ses habitants ne suivent pas les voies du Seigneur. En pratiquant l’injustice, la « fille de Sion » se transforme en prostituée (voir Isaïe 1, 21-23). Cependant les croyants attendent toujours la venue d’un roi juste, envoyé par Dieu pour purifier sa ville et en faire un phare et un pôle d’attraction pour le monde entier (voir Isaïe 2, 2-4).

Ce roi juste, les disciples de JESUS l’ont discerné dans la personne de leur Maître. Mais JESUS, qui meurt rejeté hors de la ville (voir Hébreux 13, 12-14), n’établit pas de royaume terrestre. Les chrétiens demeurent alors « des étrangers et des voyageurs » (1 Pierre 2, 11) au sein d’une société indifférente, voire hostile, à leur projet de vie. Ils ne restent pas pour autant sur la défensive. Tout en refusant les autojustifications du pouvoir, ils cherchent à contribuer au bien de la société dans laquelle Dieu les a placés.

Le dernier livre de la Bible décrit toute l’histoire humaine comme le récit de deux cités. Babylone, impressionnante par sa puissance et sa gloire, va pourtant disparaître en un clin d’œil (voir Apocalypse 17 – 18). Puis vient la Nouvelle Jérusalem, fondée sur les patriarches et les apôtres (voir Apocalypse 21-22). Si la cité de Dieu n’est pas encore manifestée dans toute sa splendeur, elle n’est pas non plus une simple espérance pour l’avenir. En vivant ici et maintenant les valeurs évangéliques, en formant des communautés où des hommes et des femmes de toute origine vivent ensemble comme des frères et des sœurs, les disciples du Christ indiquent une alternative concrète à un monde qui vit dans l’oubli de son origine et de sa finalité. Loin de se complaire dans une attitude de refus, ils deviennent sel et lumière au près et au loin.

Comment saint Paul peut-il dire que « celui qui résiste à l’autorité publique se rebelle contre l’ordre établi par Dieu » (Romains 13, 2) ?

Pour les uns, ce passage très discuté de la lettre aux Romains exalte l’obéissance et interdit la résistance. Pour les autres, justement pour cette raison, ce passage n’est pas en harmonie avec le message du Christ, qui annonce une libération intégrale de la personne humaine.

Saint Paul aurait-il pris ses distances avec JESUS en ce domaine ? Loin d’être un théologien systématique, Paul est avant tout un pasteur et un missionnaire. Ses lettres portent la marque de leur contexte. Ici, Paul écrit à un moment critique, où Néron vient de monter sur le trône de son père assassiné. Écoutant des conseillers avisés, le jeune empereur entame une politique de réformes. En plus, peu d’années auparavant, son père Claude avait exilé de Rome tous les juifs à cause des émeutes dont il les jugeait coupables. Les chrétiens d’origine juive venaient de regagner la capitale. Paul est donc convaincu qu’il faut tout faire pour donner des preuves de docilité et éviter de rallumer les soupçons à l’égard des chrétiens, d’autant plus que certaines de leurs pratiques et positions avaient de quoi froisser les gens bien pensants.

En fait, ce que Paul conseille à ses lecteurs ne se démarque pas beaucoup du reste du Nouveau Testament. Ils doivent payer les impôts, faire le bien plutôt que le mal, et reconnaître que toute autorité vient de Dieu. Cette dernière recommandation pourrait être invoquée comme autojustification d’une politique despotique. Mais, comprise correctement, elle sert plutôt de frein à des abus. Le roi doit se rendre compte qu’il n’est pas la dernière instance et donc il ne peut pas gouverner de façon arbitraire.

C’est justement le sens des paroles que JESUS adresse à Ponce Pilate quand le gouverneur romain cherche à l’impressionner par son pouvoir : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut. » (Jean 19, 11)

La Bible n’est donc pas dualiste. Dieu n’est pas seulement le Seigneur d’une petite enclave d’élus, mais le Créateur et le Maître de tout, même si son autorité s’exprime souvent dans une apparente faiblesse et est loin d’être encore reconnue de tous. Se souciant de l’ensemble de la société, les chrétiens ont le droit, voire le devoir, d’élever leur voix quand les exigences de la justice sont violées. Ils ne chercheront pas, pourtant, à imposer leurs vues par des méthodes contraires à l’Évangile. Et ils ne visent pas tant à réussir humainement qu’à porter un beau témoignage, sachant qu’ils sont appelés à parcourir le même chemin qui fut celui du Christ lui-même : « Que nul de vous n’ait à souffrir comme meurtrier, ou voleur, ou malfaiteur, ou comme délateur, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas honte, qu’il glorifie Dieu de porter ce nom. » (1 Pierre 4, 15-16)




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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Ven 03 Juil 2015, 6:25 pm




Les commandements


Pourquoi JESUS appelle-t-il « nouveau » le commandement de nous aimer les uns les autres ?

Une seule fois, JESUS a qualifié un commandement de « nouveau ». Le soir de sa passion, il dit à ses disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » (Jean 13,34) En quoi ce commandement est-il nouveau ? L’amour mutuel n’est-il pas demandé déjà par le commandement ancien : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19,18) ?

JESUS donne à l’amour une mesure nouvelle. Il dit « comme je vous ai aimés » au moment même où, par amour, il donne tout. « Avant la fête de la Pâque, JESUS (…), ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » (Jean 13,1) Il commence par leur laver les pieds, en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné. » (verset 15) Ensuite, profondément troublé par le fait que l’un des Douze, l’apôtre Judas, va le trahir, il continue cependant à l’aimer, exprimant son amour par le don d’un morceau de pain : « Il le prend et le donne à Judas. » (verset 26) Et finalement, le don de l’exemple et le don du morceau de pain aboutissent au don du commandement : « Je vous donne un commandement nouveau. »

Juste avant le commandement nouveau se trouve une parole énigmatique : « Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié. » (verset 31) Comment le Christ est-il glorifié avant d’entrer, par la croix et la résurrection, dans la gloire de son Père ? Il est déjà glorifié car sa gloire est d’aimer. Voilà pourquoi c’est maintenant, où il « aime jusqu’au bout », que sa gloire est manifestée. Judas est « sorti dans la nuit » pour le livrer. Mais JESUS ne subit pas passivement l’événement : livré, il se donne lui-même, il continue à aimer dans une situation qui semble sans espoir. C’est cela sa gloire.

Avec le commandement nouveau, JESUS associe ses disciples à ce qu’il a vécu, il leur donne d’aimer comme il aime. Ce soir-là, il a prié : « Que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » (Jean 17,26) Désormais, il les habitera comme amour, il aimera en eux. Il ne donne pas seulement une parole à observer, il se donne lui-même. Avec le don du commandement nouveau, JESUS fait don de sa présence. Dans les Evangiles de Matthieu et de Marc, la sortie de Judas est immédiatement suivie par l’institution de l’eucharistie ; dans celui de Jean, par le don du commandement nouveau. Comme l’eucharistie, le commandement nouveau est présence réelle.

Cette nuit-là, JESUS « prit la coupe, en disant : cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang » (1 Corinthiens 11,25). Son commandement est donc nouveau parce qu’il appartient à la nouvelle alliance, annoncée par le prophète Jérémie : « Je conclurai une alliance nouvelle (…), je mettrai ma loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. » (Jérémie 31,31-34) Dans la nouvelle alliance, l’ancien commandement est donné d’une manière nouvelle. La loi de Dieu n’est plus gravée sur des tables de pierre, mais inscrite dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui unit notre volonté à celle de Dieu.

Quelle est l’importance des commandements dans notre relation avec Dieu ?

Selon l’apôtre Jean, la communion avec Dieu se réalise dans l’observation des commandements : « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et Dieu en lui. » (1 Jean 3,24) Au Sinaï, Dieu a fait alliance avec « ceux qui l’aiment et gardent ses commandements » (Deutéronome 7,9). En remontant plus loin encore vers les origines, la Bible raconte qu’ayant créé l’être humain, Dieu lui donne aussitôt un commandement (Genèse 2,16-17). C’est comme si, sans commandement, il n’y avait pas de relation avec Dieu.

On pourrait ressentir cette omniprésence des commandements comme pesante. Mais, aussi paradoxal que cela paraisse à première vue, les commandements de Dieu affirment notre liberté. A travers les commandements, Dieu nous parle. Ce que nous appelons les « dix commandements » s’appelle dans la Bible les « dix paroles » (par exemple Exode 34,28). Par les commandements, Dieu nous parle et nous invite à faire un choix (Deutéronome 30,15-20).

Aux animaux, Dieu donne de faire instinctivement ce qui est juste. A nous les humains, il nous dit les commandements, prenant le risque de notre liberté. « La tourterelle, l’hirondelle et la grue observent le temps de leur migration, mais mon peuple ne connaît pas le droit du Seigneur ! » (Jérémie 8,7) Dieu ne programme ni ne force le comportement humain. Il nous parle. Jérémie se plaint de la situation qui peut en résulter. Mais si Dieu ne veut pas nous guider autrement qu’en nous parlant par ses commandements, c’est qu’il tient plus à notre réponse libre – quelle qu’elle soit – qu’à notre comportement juste.

Un jour, un jeune homme demande à JESUS : « Que dois faire de bon pour obtenir la vie éternelle ? » Il lui répond : « Qu’as-tu à m’interroger sur ce qui est bon ? Un seul est le Bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » (Matthieu 19,16-17) Pourquoi JESUS oppose-t-il, dans sa réaction, la simple observation des commandements à l’interrogation sur ce qu’il est bien de faire ? Les commandements sont autre chose qu’une information sur ce qui est bien ou mal. JESUS rappelle qu’« un seul est le Bon ». Par les commandements, Dieu ne nous communique pas tant un savoir sur le bien et le mal qu’un appel à l’écouter et à mettre en pratique ce que nous entendons.

La réaction de JESUS fait penser au tout premier commandement de Dieu dans le jardin d’Eden qui interdit de « manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Genèse 2,17). C’est un curieux commandement qui appelle, du moins pour commencer, à renoncer à connaître bien et mal ! Ce commandement demande de laisser à Dieu ce savoir. Il maintient, au centre de l’existence humaine, une zone de non-savoir, un espace libre pour la confiance, pour l’écoute de Dieu. Les commandements vivifient notre relation avec Dieu quand nous y discernons un écho du commandement du paradis, la voix de Dieu qui nous dit : « Laisse-moi être ton Dieu, laisse-moi te montrer le chemin, fais-moi confiance ! »

Lettre de Taizé : 2004/2



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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Lun 13 Juil 2015, 2:36 am




Le cosmos

Quelle est la place de l’être humain dans l’univers ?


L’Antiquité voyait le monde comme une maison à trois étages : en haut le ciel, demeure de Dieu et de ses anges, sous la terre le royaume des morts, et au milieu la terre, peuplée par les plantes, les animaux et les hommes. Dans un tel univers, l’importance de l’être humain semblait aller de soi. Situé entre le monde divin et le monde créé, il était appelé à être le médiateur entre les deux.

La science moderne a radicalement transformé cette façon de voir. Perdus sur une petite planète tournant autour d’une étoile parmi des milliards, dans une galaxie moyenne en un univers en continuelle expansion, la prétention à nous attribuer une place centrale dans l’ordre des choses semble avoir quelque chose de démesuré, voire d’aberrant.

Mais voici que l’homme biblique pouvait faire la même expérience. Dans le psaume 8, quelqu’un regarde le vaste ciel nocturne, peuplé d’étoiles, et un cri vient spontanément à ses lèvres : « Qu’est donc le mortel pour que tu penses à lui, le fils d’Adam pour que tu t’en soucies ? » (v. 5). L’immensité de l’univers avait donc quelque chose d’écrasant pour lui aussi.

Dans le verset suivant, cependant, le psalmiste retrouve son aplomb dans une conviction qui lui vient de la foi : « À peine le fis-tu moindre qu’un dieu. » La place de l’être humain dans l’univers provient en dernier lieu d’une relation avec la Source de toute vie. Dieu ne l’a pas choisi parce qu’il était le plus impressionnant des êtres ; en soi, fragile et petit, l’homme est effectivement peu de chose. Sa grandeur vient non de ses qualités mais de l’appel divin : Dieu l’a élu « pour qu’il domine sur l’œuvre de [s]es mains » (v. 7).

Ici nous rencontrons un autre problème. Le mot « dominer » peut avoir des connotations négatives. Les humains ont-ils le droit, voire le devoir, d’imposer leur volonté sur l’ensemble de la création ? N’est-ce pas cette exploitation débridée de la terre par l’humanité qui a créé tant de dégâts, dont les conséquences sont évidentes aujourd’hui ?

Le verbe traduit par « dominer » se réfère en premier lieu à l’activité d’un roi. Et en Israël, le roi n’avait pas comme tâche d’opprimer le peuple, mais d’assurer la justice et la paix dans la société. Il devait utiliser son pouvoir pour faire en sorte que les puissants n’écrasent pas les faibles, que l’harmonie règne entre les différents groupes. De même, le rôle des humains est présenté dans la Bible comme celui d’employer leurs dons d’intelligence et de créativité pour rendre l’univers plus habitable pour tous les êtres. Et dans cette recherche de la paix cosmique, ils doivent commencer par la paix intérieure qui vient de leur communion avec Dieu, Source de paix. Sinon, ils ne font que projeter leurs propres divisions sur le monde autour d’eux.

Comment lire aujourd’hui les récits bibliques de la création ?

Il est évident que les récits de la création au commencement de nos bibles ne sont pas écrits selon l’optique de la science moderne. Dès lors, certains voudraient les rejeter sans appel. D’autres, par réaction, s’efforcent de prouver qu’ils décrivent mieux la réalité que les théories modernes. Peut-on dépasser ce qui semble souvent être un dialogue de sourds ?

Tout d’abord, le prétendu conflit entre la foi et la science trouve peu d’appuis dans les textes eux-mêmes. Le premier chapitre du livre de la Genèse est « scientifique » à sa façon, parce qu’il témoigne de pouvoirs d’observation minutieux et d’une aptitude pour la classification. Par exemple, au verset 12, les différents genres de plantes sont soigneusement distingués les uns des autres, en toute vraisemblance selon le mode de reproduction : les herbes sans semence visible, les grains portant semence, les arbres avec la semence cachée dans le fruit. Seulement, ce n’est pas la science de nos jours, car les auteurs bibliques n’avaient ni la méthodologie ni les instruments dont nous disposons.

Mais la véritable différence entre les récits bibliques et une étude scientifique des origines de l’univers ne consiste pas tant dans la méthode employée que dans les questions posées. Les physiciens et les biologistes de notre temps s’intéressent avant tout aux mécanismes par lesquels le monde et la vie ont été formés, et qui leur permettent de continuer à fonctionner. Les auteurs bibliques avaient une tout autre préoccupation : ils voulaient exprimer la continuité entre l’histoire d’Israël avec son Dieu, d’une part, et l’humanité et l’univers dans son ensemble, de l’autre. Ils voulaient faire comprendre que leur Dieu était vraiment universel, impliqué à fond dans l’existence et le sort de tout ce qui existe.

De plus, ils voulaient montrer comment le monde tel que nous le connaissons découle de l’identité de ce Dieu. Qu’est-ce qui fait partie de ses traits essentiels en tant que créé par Dieu, et qu’est-ce qui, par contre, n’est pas en conformité avec son statut de création divine ? Comprendre nos origines de cette manière, c’est trouver les bases qui nous permettent de vivre comme il faut. Le souci des auteurs bibliques est tout sauf théorique. Leur recherche fait partie de ce que la Bible appelle la sagesse, la tentative de mener une existence en harmonie avec le réel.

Voir dans les récits bibliques de la création une alternative aux théories scientifiques ou un film de « comment c’était réellement », c’est se vouer à la déception. Si nous cherchons par contre à comprendre la signification de notre existence, nous pourrons y trouver des intuitions qui vont loin. Si tout remonte en définitive à Dieu, la relation avec lui donne la clé pour nous situer dans une vie qui a vraiment un sens.





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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Mer 22 Juil 2015, 6:11 pm




La croix


Pourquoi un instrument de mort est-il devenu le symbole du christianisme ?

La mort est la plus grande énigme de la condition humaine. Tout ce que nous avons construit durant de longues années, tout ce qui est beau dans l’existence humaine, semble s’envoler en fumée en l’espace d’un instant. Et voici qu’au cœur de la foi chrétienne, nous trouvons le symbole d’une mort violente.

À vrai dire, depuis le commencement, la mort n’est justement pas au centre de l’Évangile. La foi commence par l’annonce d’une Vie plus puissante que la mort : « Il est ressuscité ! » C’est à la lumière de la résurrection que la mort prend sa place dans la proclamation chrétienne.

Contemplée dans cette lumière, la mort change de signe. Sans la confiance dans une Vie au-delà de la mort, les humains restent paralysés par la peur, transis au bord d’un gouffre qu’ils n’osent pas regarder en face. Mais en consentant à donner sa vie par amour, parce que porté par la certitude d’une communion inébranlable avec son Père, le Christ ôte à la mort son « aiguillon » (1 Corinthiens 15,55), la peur du néant : « Par sa mort [il a] affranchi tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la crainte de la mort » (Hébreux 2,14-15).

En compagnie du Christ, alors, mourir peut devenir un langage capable d’exprimer le don total de soi. Par son existence, JESUS nous enseigne « la loi du grain de blé » : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12,24). Cette « loi » ne s’applique pas uniquement à la mort physique. Elle indique plutôt que le chemin vers la Vie passe inévitablement par un lâcher prise, un renoncement à s’accrocher à tout prix à nos acquis, afin d’aller avec Dieu vers l’inespéré qui se trouve en avant de nous. En nous, il y a ce germe porteur de vie qui subsiste et qui fleurit malgré tout.

Dans ce sens, la première « mort » que nous connaissons est notre naissance, où nous quittons le havre du sein maternel pour affronter les rigueurs de l’existence. Puis, dans l’histoire sainte, nous avons l’exemple d’Abraham, appelé à laisser derrière lui un monde connu pour s’embarquer dans une aventure avec le Seigneur (voir Genèse 12,1-4). Plus tard, nous trouvons l’exemple du peuple d’Israël, qui doit traverser les épreuves du désert pour arriver à la Terre promise. La croix est ainsi la révélation plénière du mouvement véritable de la vie : « Qui cherche à épargner sa vie la perdra, et qui la perdra la sauvegardera » (Luc 17,33).

Paradoxalement, alors, la vraie mort, dans le sens négatif du terme, est le refus de se risquer avec Dieu. Celui qui veut « épargner » ou « sauver » sa vie à tout prix, celui qui reste accroché à ce qu’il possède déjà, s’expose à ne rien comprendre de la vie authentique. La croix du Christ nous révèle une façon de mourir qui ne contredit pas la logique de la vie. Dès lors nous comprenons que la croix et la résurrection sont les deux faces, la face sombre et la face lumineuse, d’un seul et même Amour, d’une seule et même Vie.

Les souffrances d’un innocent peuvent-elles nous sauver ?

Un film récent pose cette question avec acuité. Nous savons que JESUS a subi une mort atroce. La crucifixion était l’un des plus grands supplices du monde ancien et, pour les Juifs, un signe du rejet de la part de Dieu (Deutéronome 21,23 ; Galates 3,13). Or, le Nouveau Testament nous fait comprendre que, loin d’être un échec ou une condamnation, la croix était l’instrument de notre salut (par exemple, Galates 6,14 ; Colossiens 1,20). Il n’est pas étonnant qu’on ait toujours eu du mal à saisir comment une telle horreur pouvait avoir des conséquences si heureuses.

En fait, une telle incompréhension repose sur une équivoque qui vaut la peine d’être tirée au clair. Depuis des siècles, cette équivoque a exercé des ravages et a éloigné des multitudes de la foi dans le Christ. Elle consiste dans l’idée que la souffrance de JESUS en tant que telle posséderait une valeur salvifique. Autrement dit, Dieu le Père en aurait eu besoin, donc il y aurait eu en lui une certaine complicité avec la violence exercée contre son Fils unique.

Il est presque suffisant de formuler cette thèse clairement pour s’apercevoir qu’elle est non seulement fausse, mais blasphématoire. Si Dieu ne désire même pas la souffrance et la mort des méchants (Ézéchiel 33,11), comment pourrait-il prendre plaisir à celles de son Fils bien-aimé, l’Innocent par excellence ? Bien au contraire, il faut oser redire sans cesse que la souffrance en tant que telle n’a aucun prix aux yeux de Dieu. Plus encore, dans la mesure où elle abîme ce qui est vivant, la douleur est en contradiction absolue avec un Dieu bon qui veut pour tous la vie en plénitude (Jean 10,10).

D’où vient alors cette équivoque ? Entre autres, d’une lecture trop superficielle des textes bibliques qui sont en fait des raccourcis. Dans une telle lecture, le moyen terme est escamoté. Ce moyen terme est précisément l’amour. Car ce qui peut donner la vie, ce qui nous sauve, c’est uniquement l’amour. Si la souffrance n’a aucune valeur en soi, étant même le plus souvent destructrice, il arrive des moments où, pour rester fidèle à un amour, on est amené à porter une souffrance incompréhensible. Or, les textes du Nouveau Testament qui semblent exalter la souffrance célèbrent en réalité l’amour de Dieu qui va jusqu’au don total de soi en faveur de l’être aimé. Saint Jean nous le rappelle en toutes lettres : « Il n’y a pas de plus grand amour que de déposer sa vie pour ses amis » (Jean 15,13).

Dans la phrase « le Christ a souffert pour vous » (1 Pierre 2,21), par exemple, c’est le « pour vous » qui exprime le moyen terme, la présence de l’amour. Dans son Fils, Dieu a épousé la condition humaine jusqu’à prendre la dernière place par amour ; la croix est ainsi l’expression d’une solidarité absolue (voir Philippiens 2,6-8). Et quand saint Paul écrit qu’il partage des souffrances du Christ (par exemple 2 Corinthiens 1,5 ; Philippiens 3,10 ; Colossiens 1,24), il exprime en fait son désir, à la suite de JESUS, de se dépenser pour les autres sans compter. Parce que le Christ a pris sur lui les souffrances de notre condition par amour, ces souffrances peuvent être vécues non plus comme un châtiment mérité ou un destin aveugle et absurde, mais comme une rencontre avec l’Amour et un chemin vers la Vie.

Lettre de Taizé : 2004/3




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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Sam 01 Aoû 2015, 7:41 pm





La mort

Qu’est-ce qui permet de dire que JESUS est mort « pour nous » ?

Ce qui semblait aller de soi dans la tradition juive et celle du Nouveau Testament fait difficulté en ce temps de fort individualisme. A l’inverse du « chacun pour soi », tout être humain était considéré comme représentatif de l’humanité, de l’humanité envisagée comme une unité, non pas abstraitement, mais d’une réalité d’ordre spirituel. Cela nous est difficile à imaginer aujourd’hui.
Nous avons pourtant des expériences d’étroite solidarité humaine, de profonde communion, où nous pressentons que l’humanité est une et que tout être humain peut en offrir une figure. Pensons à notre saisissement intérieur quand quelqu’un s’offre à mourir à la place d’un autre. Pensons à tant d’hommes et de femmes qui n’hésitent pas à risquer leur vie pour autrui ; ou plus simplement qui la donnent dans un service, comme si elle appartenait aux autres. Pensons encore à telle souffrance d’une personne, qui nous atteint quasiment comme si cette souffrance était nôtre. Autant d’occasions où l’on devine que l’humanité ne se borne pas à se présenter telle une juxtaposition d’individus, mais qu’elle tend vers une unité dont tout être humain est un représentant. C’est en ce sens que frère Roger aimait à parler de la « famille humaine ».
Dans cette perspective, JESUS, lui, d’une manière unique et absolue, est à confesser comme l’Homme par excellence, ainsi que Pilate ne croyait pas si bien dire : « Voici l’Homme » (Jean 19, 5). Une telle phrase s’entend forcément à deux niveaux de sens : Voici votre homme, l’individu que vous m’avez amené. Et voici l’image même de l’Homme tel que le Créateur l’a projeté éternellement, voici le représentant réel de tout être humain aux yeux de Dieu.
Effectivement, dans la manière dont Dieu s’y prend pour rejoindre l’humanité au plus intime, on ne comprend pas le pourquoi de l’incarnation et de la Passion du Christ si on ne reconnaît pas en lui le Fils de Dieu devenant le frère de chacun de nous. Notre frère et, bien davantage, notre représentant devant Dieu – mieux vaudrait dire : ma présence quasi personnelle à Dieu. On peut dire qu’il prend notre place pour vivre devant Dieu une existence humaine qui réponde parfaitement à l’amour de son Père, et qu’il affronte à notre place la malédiction de la mort. Mais, paradoxalement, il prend notre place sans nous l’enlever, au contraire : en nous faisant toute notre place.
Par sa naissance humaine, c’est ma vie que JESUS prend en lui en vue de me donner part à la sienne : à son existence terrestre, toute de liberté et d’obéissance, à sa croix douloureuse et victorieuse, à sa vie d’éternité. Si grand est en lui le don de soi, face à la malédiction de sa mort, qu’il la retourne en bénédiction pour lui et pour nous.

frère Pierre-Yves



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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Sam 08 Aoû 2015, 5:40 pm





Les religions et l’évangile


L’évangile concerne-t-il seulement les chrétiens ?

Selon les paroles du Christ, l’évangile est pour toute l’humanité : « Allez dans le monde entier et annoncez l’évangile à toute la création » (Marc 16,15). Mais aujourd’hui l’idée de mission embarrasse. Est-ce que le monde entier devrait adopter notre religion chrétienne ? La mission ne cache-t-elle pas un désir de domination ? L’expansion du christianisme est parfois allée de pair avec des guerres de conquête. JESUS a envoyé ses disciples « comme des agneaux au milieu de loups » (Luc 10,3), et certains chrétiens se sont parfois comportés comme des loups au milieu des agneaux.

C’est peut-être pour cette raison que beaucoup de chrétiens sont devenus prudents. Nous apprenons à ne pas porter de jugements sur les autres religions. Et l’évangile, c’est d’abord nous, les chrétiens, qui devons le prendre à cœur. Alors certains vont même jusqu’à se poser cette question : comme la paix dans le monde dépend en partie d’une coexistence respectueuse des différentes communautés religieuses, le mieux ne serait-il pas que chacun garde ses croyances pour soi-même, et laisse les autres trouver leur chemin dans leurs traditions respectives ?

L’évangile, dans son sens premier, n’est pas une doctrine religieuse. Évangile signifie « bonne nouvelle ». Une nouvelle n’est pas enseignée, mais communiquée. Dans l’Antiquité, c’est par exemple la naissance ou l’accès au pouvoir d’un empereur qui étaient annoncés comme « évangile ». Dans la Bible aussi, l’évangile annonce le début d’un règne. Mais ici, le roi c’est Dieu. JESUS et les apôtres ont annoncé le règne de Dieu. L’évangile c’est la « bonne nouvelle du règne » (Matthieu 4,23 ; 9,35 ; 24,14).

Dieu règne : c’est la bonne nouvelle d’un avenir de paix pour tous les peuples de la terre. Si c’est Dieu qui règne, la loi du plus fort et le désespoir n’auront pas le dernier mot. Le règne de Dieu est un mystère (Marc 4,11), mais pas un concept abstrait. Les premiers chrétiens l’ont reconnu en JESUS qui a donné sa vie sur la croix : « Désormais le règne est à notre Dieu et l’autorité à son Christ » (Apocalypse 12,10). Le règne de Dieu, c’est l’amour dont JESUS a aimé. C’est l’Esprit de Dieu qui répand ce même amour dans les cœurs humains (voir Romains 5,5). L’évangile assure que, malgré les apparences immédiates, l’avenir appartient à ceux qui aiment et qui pardonnent.

Cette espérance concerne toute l’humanité. C’est pourquoi les premiers chrétiens n’ont pas pu la garder pour eux-mêmes. Ils en étaient les témoins publics, « devant des gouverneurs et des rois » (Marc 13,9), et « jusqu’au bout de la terre » (Actes 1,8). Annoncer l’évangile, ce n’est pas chercher à propager une religion supérieure aux autres. C’est tout simplement ne pas taire notre espérance de paix.

À quelle attitude envers les autres religions nous engage notre foi chrétienne ?

Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens vivent côte à côte avec ceux qui pratiquent une autre religion. Quand un village, une ville ou tout un pays étaient chrétiens, le rapport avec les autres religions était une question plutôt théorique. Maintenant, elle se pose de plus en plus souvent dans la vie de tous les jours.

Au temps de l’apôtre Paul, les chrétiens de Rome ne vivaient pas non plus dans une société chrétienne. Il leur écrit : « Vivez en paix avec tous si possible, autant qu’il dépend de vous » (Romains 12,18). Ces paroles nous encouragent à tout faire pour désamorcer les tensions et éviter les conflits. Une coexistence paisible ne dépend jamais d’une seule partie. Mais Paul insiste pour dire qu’en vue de la paix, les chrétiens devraient faire au moins tout ce qui dépend d’eux.

Pour vivre ensemble en paix dans la durée, la tolérance ne suffit pas. Respecter les autres, ce n’est pas seulement les laisser tranquilles. C’est aussi s’intéresser à eux. Affirmer que chacun a ses croyances, et que cela ne se discute pas, peut être une forme subtile de mépris. Une rencontre authentique serait-elle vraiment possible si chacun en excluait ce qui lui est le plus précieux ? Entre amis, on partage ce qui fait espérer et vivre chacun. Un chrétien ne peut pas taire que son espérance et sa vie, c’est le Christ. « Soyez toujours prêts à répondre à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3,15).

Comme, dans chaque religion, il y va d’un absolu, et que cet absolu n’est pas le même d’une religion à l’autre, les religions comportent un potentiel de conflit. Faudrait-il alors, par amour pour la paix, chercher à harmoniser les religions, retenir de chacune seulement ce avec quoi tout le monde peut être d’accord ? Le souci d’harmonie n’est pas étranger à la Bible : « Ayez à cœur ce qui est bien devant tous les hommes » (Romains 12,17). Le dialogue interreligieux contribue à cette recherche du bien commun. Quand il y a une confiance entre des responsables de différentes religions, ils peuvent s’opposer ensemble à la violence, aux injustices.

Mais le dialogue ne serait pas sincère s’il obligeait les partenaires à renoncer à l’absolu qui caractérise les religions en tant que telles. Pour ce qui est des chrétiens, nous ne pouvons pas renier qu’au cœur de notre foi se trouve le Christ JESUS, « unique médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Timothée 2,5). Mais loin de nous interdire un vrai dialogue, cet absolu nous y engage, car si JESUS est unique, c’est par son humilité. Il s’est fait le serviteur de tous. Il a pris la dernière place. C’est pourquoi nous ne pourrons jamais, en son nom, prendre les autres de haut, mais seulement les accueillir et nous laisser accueillir par eux.

Lettre de Taizé : 2005/3




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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Mer 19 Aoû 2015, 8:09 pm




L’Eucharistie


Qu’est-ce que JESUS a voulu exprimer en nous laissant ?

Le cœur du message chrétien est l’annonce de la communion, une vie partagée avec Dieu qui a comme conséquence une solidarité entre les humains, tous fils et filles d’un même Père. Dans sa vie sur la terre, vécue comme l’un de nous, JESUS a non seulement invité les humains à s’ouvrir à ce message, il l’a concrétisé dans sa propre existence : « Je suis descendu du ciel pour faire non ma volonté mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or la volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné mais que je le ressuscite au dernier jour » (Jean 6,38-39). Si toute l’existence de JESUS manifeste une vie pour Dieu et pour les autres, c’est avant tout la fin de sa vie terrestre, sa mort sur la croix, qui témoigne en plénitude de son don de soi jusqu’à l’extrême. Transfigurée par la puissance de l’Esprit lors de la résurrection, cette existence donnée est devenue le fondement d’une vie de communion pour tous.

À la veille de mourir, JESUS a accompli un geste pour exprimer le sens de sa vie et de sa mort. Lors d’un repas de fête, il prend du pain et le bénit en ajoutant ces mots : « Ceci est mon corps, donné pour vous. » Puis à la fin du repas, il bénit une coupe de vin en disant : « Ceci est mon sang, versé pour vous. » Les disciples ont pris ce que JESUS leur a donné et l’ont consommé.

Ce geste de JESUS rend présent, avec une densité inimaginable, le foyer brûlant de notre foi. Dans la Bible, manger le pain avec quelqu’un, c’est exprimer un partage de vie. Les invités assis autour de la même table forment comme une famille, se reconnaissent comme des frères et des sœurs. Mais ici, ce qui crée l’unité entre les convives, c’est JESUS lui-même. Non seulement il invite à sa table et préside au repas, mais il se donne comme l’aliment qui communique à tous une même Vie. « Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. » (Jean 6,55-56.)

En donnant sa vie pour nous, JESUS nous offre ainsi la possibilité d’entrer dans une communion avec lui et, par conséquent, entre nous. Si, au plan humain, la nourriture et la boisson sont assimilées par celui qui mange et boit, par la communion au corps et au sang du Christ c’est lui qui nous assimile à lui : nous devenons ce que nous consommons, le Corps du Christ (voir 1 Corinthiens 10,17), prolongation de la présence agissante du Christ dans le monde. L’Eucharistie manifeste au plan sacramentel le sens profond de la mort et de la résurrection du Christ : une communication de cette Vie qui consiste dans une communion avec la Source de toute vie et qui fait de nous une seule famille, un seul corps.

L’Eucharistie est-elle plus que la répétition d’un acte du passé ?

À ses disciples réunis pour la dernière cène, JESUS dit : « Faites ceci en tant que mon mémorial » (Luc 22,19). En obéissance à sa suggestion, depuis deux mille ans les chrétiens continuent à se rappeler, dans leur liturgie, le don de la vie qu’a fait JESUS. La célébration de l’Eucharistie regarde vers le passé et le maintient présent comme une source au sein de la communauté chrétienne.

Mais cette célébration est bien davantage qu’un simple rappel de choses révolues. Le mot « mémorial », en hébreu zikkaron, n’indique pas un acte de la mémoire humaine pour sauver de l’oubli un événement du passé. C’est plutôt Dieu qui, dans le culte, conserve dans l’aujourd’hui du peuple ses « merveilles » passées, en d’autres termes ses puissants actes de miséricorde et de salut. Ainsi, chaque fois qu’Israël célèbre la fête de la Pâque, l’événement de la libération de l’Égypte lui devient contemporain : le Dieu libérateur est encore présent et agissant parmi les fidèles.

À plus forte raison, puisque JESUS est ressuscité des morts et donc vivant à jamais, sa présence ne fait jamais défaut au sein de la communauté de ses disciples. Il est présent en tant que le Crucifié qui est également le Ressuscité, réalité merveilleusement exprimée dans le livre de l’Apocalypse par l’image de « l’agneau égorgé et debout » (voir Apocalypse 5,6). Cette présence trouve son point culminant dans l’Eucharistie, où les croyants entrent en communion avec le Christ dans son passage de la mort à la vie.

Et comme le mystère pascal débouche sur le don de l’Esprit « sans mesure » (voir Jean 3,34), l’Eucharistie est également la présence du Ressuscité qui nous rassemble aujourd’hui autour de sa table pour nous envoyer comme ses témoins sur les chemins du monde. Dans les Actes des Apôtres, la vie des premiers chrétiens connaît deux dimensions qui expriment comme le battement de son cœur : tantôt ils sont appelés dans l’unité, tantôt ils sont envoyés à leur tour vers les autres pour exprimer et pour inviter à une communion plus large. La célébration de l’Eucharistie inclut ces deux volets d’appel et d’envoi, de rassemblement et de mission.

Enfin, l’Eucharistie est une anticipation du grand banquet céleste où tous les peuples ne formeront qu’une seule famille en Dieu (voir Isaïe 25,6-9). Lors de son dernier repas, JESUS n’a-t-il pas dit : « Jamais plus je ne mangerai [cette pâque] jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse dans le Royaume de Dieu » (Luc 22,16) ? En signifiant cet avenir absolu, la liturgie, « mémoire d’avenir », est là pour nous donner un avant-goût sur la terre de la joie de Dieu. Ainsi la célébration de l’Eucharistie unit passé, présent et avenir dans un geste d’une simplicité désarmante qui alimente notre pèlerinage à la suite du Christ, tout comme la manne céleste pour le peuple d’Israël jadis dans le désert (voir Jean 6,30ss).

Lettre de Taizé : 2005/2



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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Ven 28 Aoû 2015, 6:00 pm





L’Eucharistie chez un chrétien du IIe siècle


Un bon connaisseur des écrits des premiers chrétiens a fait remarquer qu’il fallait attendre le IXe siècle pour trouver un ouvrage sur l’Eucharistie. Avant cette période, si les références à l’Eucharistie sont fréquentes et de première importance, celle-ci ne fait pas l’objet d’un traité. C’est que, pour les premiers chrétiens, l’Eucharistie n’est jamais prise isolément. Elle est toujours reliée à l’ensemble du mystère de la foi dont elle est la synthèse. Un point essentiel de la foi est-il contesté, c’est l’Eucharistie qui servira de repère pour montrer ce qui tient ou ne tient pas la route. Ainsi, au IIe siècle, Irénée de Lyon dira : « Notre façon de penser s’accorde avec l’Eucharistie, et l’Eucharistie en retour confirme notre façon de penser. » Suivre Irénée sur cette piste, c’est être conduit au cœur de la foi.

La bonté de la création

Aux prises avec des courants spirituels qui méprisaient le monde visible, qui le considéraient comme issu d’une déchéance, le grand évêque de Lyon voyait dans l’Eucharistie une confirmation de la bonté de la création. En effet, comment douter de cette bonté, puisque, écrit Irénée, « le pain, qui provient de la création, JESUS le prit et rendit grâces, en disant : Ceci est mon corps. Et la coupe pareillement, qui provient de la création dont nous sommes, il la déclara son sang… » (AH Livre IV, 17, 5). L’Eucharistie ne vient pas confirmer une pensée qui méprise la création. Elle dit, au contraire, la noblesse de cette dernière.

La résurrection du corps

Irénée faisait appel à l’Eucharistie pour soutenir la foi en la résurrection du corps. Dans l’Antiquité, les chrétiens étaient objet de moqueries à cause de cette foi. Ceux qui les regardaient de haut se prétendaient de vrais spirituels. Avec ce débat, nous sommes au cœur de la foi au Christ et de la vision chrétienne de Dieu, mais aussi de l’être humain et de la vie que nous sommes appelés à partager avec Dieu.

Pour saisir le véritable enjeu de ce débat, il faut comprendre que le corps de résurrection n’est pas une affaire de molécules. Saint Paul, qui affirme fortement la résurrection des corps, sait que tout sera transformé : « Ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain » (1 Corinthiens 15, 37). Il y a donc un nouveau corps, un corps de gloire, et il y a en ce sens discontinuité, mais il faut également parler de continuité, car la plante ou le blé viennent bien de la semence.

En Dieu une place pour la différence

Le corps, c’est la personne dans son histoire personnelle. Animés par la foi au Christ ressuscité, qui à l’Ascension est entré pour toujours en Dieu avec son corps de gloire (la vie humaine n’a pas été pour lui une parenthèse), les premiers chrétiens ont été amenés à comprendre qu’en Dieu l’histoire de chacun est accueillie : il y a une place pour le plus personnel, pour ce que chaque être humain a d’unique, pour tout ce qui est compatible avec l’amour. Cette foi dit que la vie d’éternité avec Dieu n’évacue pas ce qui est humain. L’union avec Dieu la plus complète qui se puisse imaginer n’est pas au prix de la différence. Si Dieu appelle chacun par son nom, c’est que, dans la vie avec lui, nous pourrons aussi le faire. Nous retrouverons ceux que nous avons aimés. Nourri de la foi des premiers chrétiens, Dostoïevski pouvait écrire à la fin des Frères Karamazov : « Nous ressusciterons, et nous nous reverrons, nous nous raconterons joyeusement ce qui s’est passé. » Refuser la résurrection du corps reviendrait à défigurer le Dieu de l’Évangile et son projet pour les humains, car ce Dieu-là ne tolère pas seulement la différence, il la désire, il la promeut et il lui donne un avenir.

De tout cela, Irénée était persuadé : « Comment peuvent-ils prétendre que la chair est incapable de recevoir le don de Dieu consistant dans la vie éternelle, alors qu’elle est nourrie du sang et du corps du Christ ? » (Voir AH Livre IV, 18, 4.) Par l’Eucharistie, la vie du Ressuscité ne touche pas seulement notre esprit, elle n’entre pas seulement en nous par nos oreilles comme une idée. C’est véritablement notre corps que cette nourriture atteint. Irénée soulignait que les chrétiens proclamaient « d’une façon harmonieuse la communion et l’union de la chair et de l’Esprit. Car, de même que le pain qui vient de la terre, après avoir reçu l’invocation de Dieu, n’est plus pain ordinaire, mais Eucharistie, constituée de deux choses, l’une terrestre et l’autre céleste, de même nos corps qui participent à l’Eucharistie ne sont plus corruptibles, puisqu’ils ont l’espérance de la résurrection » (AH, Livre IV, 18, 5).

Discerner la vocation du créé

La participation à l’Eucharistie devient ainsi une manière de proclamer que le monde a un sens. Le croyant y discerne la vocation de toute la création qui n’est pas un destin de mort, mais de transformation, car l’Eucharistie chante la victoire de la vie. Il y a bien passage par la mort : c’est là qu’aura lieu la transformation. Mais un germe a été semé dans le chrétien, qu’un devancier d’Irénée, Ignace d’Antioche, se référant à l’Eucharistie, avait appelé « un remède d’immortalité ». Recevoir le corps eucharistique du Christ, sa vie de Ressuscité, c’est se laisser accueillir dans cet espace où la mort n’existe plus et où l’Esprit suggère « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, et ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Corinthiens 2, 9).

Eucharistie et responsabilité sociale

Sans être totalement absent chez Irénée, un autre aspect de l’Eucharistie sera abondamment commenté par les Pères des IIIe et IVe siècles : célébrer l’Eucharistie c’est prendre conscience de notre responsabilité sociale. Si nous devenons le Corps du Christ en participant à l’Eucharistie, si nous sommes réellement membres les uns des autres, alors nous ne pouvons plus nous comporter comme si nous n’étions pas concernés par ceux qui sont dans le besoin. Ainsi, chez les premiers chrétiens, naît la tradition d’aller à l’Eucharistie en apportant une offrande pour les pauvres (ce qui est devenu la collecte), tant il est vrai qu’en christianisme toute vraie mystique conduit à poser des actes.

Dernière mise à jour : 4 juillet 2005



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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Jeu 03 Sep 2015, 6:42 pm




L’annonce de la foi

Que veut dire « évangéliser » ?


À l’heure du marketing, nous avons appris à nous méfier de ceux qui nous promettent des bonnes choses. Dans ce contexte, le mot du Nouveau Testament « évangéliser » peut faire peur. On est gêné de proposer sa foi à quelqu’un d’autre, comme s’il s’agissait d’un produit de vente. Et nous avons un sens si affiné du respect de l’autre que nous ne voulons pas donner l’impression d’imposer nos idées ou de chercher à convaincre. Surtout quand il s’agit d’un thème aussi intime que la confiance en Dieu.

Mais savons-nous vraiment ce que le Nouveau Testament entend par « évangéliser » ?
En grec, le verbe est utilisé pour résumer l’expression « annoncer une bonne nouvelle » : quelqu’un « d’évangélisé » est, en somme, quelqu’un qui a été « mis au courant ». Le verbe peut être employé pour l’annonce d’une naissance, d’un armistice ou pour l’avènement d’un nouveau dirigeant, il n’a donc au départ rien de religieux. C’est pourtant ce mot-là, presque trop banal, que les chrétiens ont choisi pour décrire le plus précieux de leur foi : l’annonce de la résurrection du Christ. Ce qui est intéressant, c’est que le verbe a peu à peu perdu son complément. On n’a plus dit : « mettre au courant quelqu’un de la résurrection du Christ », mais simplement : « évangéliser quelqu’un ». C’était bien sûr pour aller plus vite, mais ce manque de complément a aussi un sens plus profond.

Annoncer la Bonne Nouvelle de la résurrection n’est pas pour les chrétiens parler d’une doctrine à apprendre par cœur ou du contenu d’une sagesse à méditer. Évangéliser est avant tout témoigner d’une transformation à l’intérieur même de l’être humain : par la résurrection du Christ, c’est notre propre résurrection qui a déjà commencé. Par son infini respect vis-à-vis de ceux qu’il rencontrait (visible à travers les guérisons rapportées dans les Évangiles), par son abaissement pour ne laisser personne plus bas que lui (c’est le sens de son baptême), le Christ JESUS a redonné valeur et dignité à chacun. Encore plus : JESUS a été avec nous dans la mort, pour que nous puissions être près de lui dans sa communion avec le Père. Par cet « admirable échange » (Liturgie de Pâques), nous découvrons que nous sommes pleinement acceptés en Dieu, pleinement assumés par lui tels que nous sommes. Les chrétiens des premiers siècles ont résumé tout ceci en disant : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu ! »

Évangéliser n’est donc pas avant tout parler de JESUS à quelqu’un mais, bien plus profondément, le rendre attentif à la valeur qu’il a aux yeux de Dieu. Évangéliser, c’est lui transmettre ces mots de Dieu qui retentissent cinq siècles avant le Christ : « Tu as du prix à mes yeux, et je t’aime » (Isaïe 43, 4). Depuis le matin de Pâques, nous savons que Dieu n’a pas hésité à tout donner pour que jamais nous n’oubliions ce que nous valons.

Peut-on « évangéliser » tout en respectant la liberté de son interlocuteur ?

Faire prendre conscience aux gens de la valeur qu’ils ont aux yeux de Dieu n’a rien d’optionnel. Paul va même jusqu’à dire : « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! » (1 Corinthiens 9, 16). Pour lui, l’évangélisation est la conséquence même de son attachement au Christ. Par sa résurrection, le Christ nous unit d’une manière inaliénable à Dieu. Plus personne ne peut se sentir exclu de cette union. Et du même coup, l’humanité n’est plus fragmentée : depuis la résurrection, nous appartenons les uns aux autres.

Pour autant la question demeure : comment communiquer cette nouvelle à des gens qui ne connaissent rien de Dieu et qui semblent ne rien attendre de lui ?
Tout d’abord, par notre attachement personnel au Christ. Paul dit : « Vous avez revêtu le Christ » (Galates 3, 27). L’évangélisation demande avant tout de commencer en soi-même. C’est d’abord par notre vie, et non par des paroles, que nous témoignons de la réalité de la résurrection : « Le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts » (Philippiens 3, 10-11). C’est par notre assurance, par notre joie légère de nous savoir aimés de toute éternité que le Christ devient crédible aux yeux de ceux qui ne le connaissent pas.

Il est des situations où les mots sont pourtant nécessaires. Pierre le dit bien : « Soyez prêts à répondre à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous ». (1 Pierre 3, 16). Bien sûr, parler d’un amour intime demande beaucoup de délicatesse. Et les mots manquent parfois, surtout dans les situations où la foi est remise en cause brutalement. JESUS le savait bien, lui qui disait à ses disciples : « Lorsqu’on vous conduira devant (...) les autorités, ne cherchez pas avec inquiétude comment vous défendre ou que dire, car le Saint Esprit vous enseignera à cette heure même ce qu’il faut dire » (Luc 12:11-12).

Puisque le Christ s’est revêtu de notre humanité et que nous avons revêtu le Christ, nous ne devrions plus avoir peur de ne pas savoir parler. Dans la vocation des chrétiens à ne pas choisir ceux qu’ils aiment, mais à recevoir chacun sans faire un tri, il y a une gratuité qui touche, et même plus, qui drape autrui de la vie même du Christ. Dans notre capacité à servir, nous partageons notre vêtement avec ceux que nous servons, un peu comme JESUS qui, au lavement des pieds, « déposa ses vêtements » (Jean 13, 4). C’est avant tout la gratuité de nos gestes qui parlera pour nous, c’est le désintéressement qui donnera crédit aux paroles que nous prononcerons.




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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Sam 12 Sep 2015, 7:07 pm




La foi


Pourquoi faut-il croire pour être sauvé ?

L’évangile est une force de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient » (Romains 1,16). Le salut, c’est la délivrance de ce qui défigure, diminue, détruit la vie. Et la force dont Dieu se sert pour sauver, c’est « l’évangile de son Fils » (Romains 1,9). Cet évangile, bonne nouvelle, révèle Dieu donnant tout : son pardon, sa vie, sa joie. C’est pourquoi le salut n’est pas réservé à ceux qui rempliraient certains critères. Il est pour les bons et les méchants, les sages et les fous. Dieu sauve « tous ceux qui croient ».

La foi serait-elle alors la condition pour recevoir ce don de Dieu ? S’il en était ainsi, ma vie, mon bonheur, mon salut dépendraient en fin de compte de moi-même. Ce qui déciderait de tout, ce serait mon acceptation ou mon refus. Cette idée ne correspond pas à ce que la Bible entend par la foi. La foi n’est pas un moyen dont on se sert pour obtenir quelque chose. Elle est une réalité bien plus humble, une simple confiance toujours étonnée : sans que j’aie rempli aucune condition, Dieu me rétablit dans son amitié.

La foi est presque rien, à peine discernable – petite comme un grain de moutarde, dit JESUS (Luc 17,6). En même temps, elle est « plus précieuse que l’or » (1 Pierre 1,7), « très sainte » (Jude 20). Avec l’espérance et la charité, elle demeure à jamais (1 Corinthiens 13,13). Au 7e siècle, Maxime le Confesseur identifie foi et royaume de Dieu : « La foi c’est le royaume de Dieu sans forme visible, le royaume c’est la foi ayant pris forme selon Dieu. » Et il ajoute que la foi réalise « l’union immédiate et parfaite du croyant avec Dieu en qui il croit ». La foi n’est pas un billet d’entrée pour le royaume de Dieu. Dans la foi elle-même, Dieu est présent. Qui croit et fait confiance à l’évangile est déjà uni à Dieu.

Avant la venue du Christ, la foi n’était pas l’attitude habituelle pour s’attacher à Dieu. Il y eut des croyants exceptionnels comme Abraham, et, au moment décisif de la traversée de la Mer Rouge, « le peuple crut dans le Seigneur et en Moïse son serviteur » (Exode 14,31). Mais, dans le quotidien, la fidélité comptait plus que la foi. La communauté de la première alliance n’était pas formée par « les croyants », mais par « les humbles », « les justes », « les saints » (Psaume 34). C’est avec l’évangile du Christ que la foi, d’exceptionnelle qu’elle était, devient normale, au point que les disciples de JESUS peuvent s’appeler tout simplement « les croyants » (Actes 2,44).

Car, depuis que l’évangile révèle le don de Dieu sans mesure ni retenue, le salut est offert gratuitement. Il n’y a plus de conditions à remplir, il suffit de le croire. Personne n’est exclu de l’amour de Dieu, selon les mots de l’apôtre Paul : « Nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant, le Sauveur de tous les hommes, des croyants surtout » (1 Timothée 4,10).

Que faire quand je ne peux pas croire ?

Le Nouveau Testament parle presque autant du doute que de la foi. Les apôtres n’étaient pas trop surpris par la difficulté de croire, car ils la savaient prédite par les prophètes. Paul et Jean citent la parole d’Isaïe : « Seigneur, qui a cru à notre message ? » (Jean 12,38 et Romains 10,16). Jean ajoute : « Aussi bien ne pouvaient-ils croire, car Isaïe a dit encore : Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur coeur, pour que leurs yeux ne voient pas, que leur coeur ne comprenne pas » (Jean 12,39-40). Chacun des quatre évangiles fait référence à ce passage d’Isaïe 6. La foi ne va pas de soi.

L’évangile de Jean montre la foi sur l’arrière-fond de son contraire. Dès le commencement, le Christ est ignoré : « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jean 1,10-11). Il est vrai qu’à un moment donné, beaucoup ont suivi JESUS. Mais très vite, la plupart cessent de croire en lui : « Beaucoup de ses disciples se retirèrent, et n’allaient plus avec lui » (Jean 6,66). JESUS n’essaie pas de les retenir. Il constate : « Voilà pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père » (Jean 6,65).

Le Christ n’a pas cherché à susciter l’adhésion par la persuasion, car la foi a une profondeur qui dépasse l’intelligence et les émotions. Elle s’enracine dans ces profondeurs où « l’abîme appelle l’abîme » (Psaume 42,7), là où l’abîme de notre condition humaine touche à l’abîme de Dieu. « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jean 6,44). La foi naît inséparablement de l’agir de Dieu et du vouloir humain. Personne ne croit contre son gré. Personne, non plus, ne croit sans que Dieu lui donne de croire.

Si la foi est un don de Dieu et que tous ne croient pas, serait-ce que Dieu écarte certains ? Dans le passage où Jean cite Isaïe sur l’impossibilité de croire, il transmet aussi une parole d’espérance de JESUS : « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12,31). Elevé sur la croix et élevé dans la gloire de Dieu, le Christ « attire » comme le Père « attire ». Comment fait-il pour atteindre tout être humain ? C’est impossible à dire. Mais pourquoi ne pas lui faire confiance concernant ce qui nous dépasse ?

Jusqu’à la dernière page, l’évangile de Jean montre la fragilité de la foi. Le doute de Thomas est devenu proverbial. Mais ce qui est décisif, c’est que, sans croire, il reste dans la communauté des croyants – et, bien sûr, ceux-ci ne le mettent pas dehors ! Thomas attend, le Ressuscité se montre à lui, et il croit. Puis JESUS dit : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jean 20,29). La foi n’est pas une performance. Elle vient inopinément, nul ne sait comment. Elle est une confiance qui s’étonne d’elle-même.

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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Jeu 24 Sep 2015, 7:17 pm




La foi

Comment le Nouveau Testament parle-t-il de la foi ?


Dans le Nouveau Testament, la foi prend d’abord la forme d’un mouvement. Elle consiste en une démarche, celle de « venir à JESUS ». Peut-être devrait-on même dire qu’avant d’être un « mouvement vers », elle est plus fondamentalement une soif, un désir : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi. » (Jean 7, 37). Si, dans ce texte, saint Jean met en parallèle « venir à » et « croire en » (voir 6, 35), il sait en même temps que ce « venir à JESUS » dépend dans le fond d’une secrète attraction que le Père a déjà exercée sur le cœur (6, 44).

En premier lieu, la foi ne concerne donc pas certaines vérités ou des promesses pour l’avenir, ni même des lumières sur l’existence d’un Dieu transcendant. Elle commence par un « aller vers » en direction de la personne de JESUS, et cet « aller » provient souvent d’une soif. Secrètement le cœur a déjà été travaillé. Déjà il est attiré vers. Avec l’incarnation, avec la présence de JESUS en tant qu’être humain, la foi prend d’abord une forme extrêmement simple : un désir peut contenir en lui-même le commencement de la foi ; un mouvement signifie déjà le début du chemin.

Quand JESUS ne se trouve plus physiquement au milieu des siens, le mouvement vers lui ne s’exprime plus par un déplacement – un aller vers et un suivre –, comme c’était le cas avant la résurrection. Celui qui croit en lui fait encore une démarche, mais celle-ci consiste à s’abandonner à lui, à se livrer et à lui laisser la place. Le paradoxe de la foi devient alors plus évident : elle n’est presque rien et elle est ce qui compte plus que tout. Elle consiste à lui ouvrir constamment la porte de notre cœur, tout en sachant que lui se trouve déjà à l’intérieur. Y a-t-il quelque chose de plus pauvre, de plus gratuit que cela : ouvrir à quelqu’un qui est déjà là ? Le Christ m’habite non pas comme un étranger qui voudrait me déloger. Il est là comme celui qui m’aime, qui s’est mis à ma place, qui dans son amour est au fond de moi plus moi que moi. Cependant, c’est à moi de lui ouvrir sans cesse, car entre lui et moi tout reste personnel, rien ne se fait sans moi, automatiquement. Tout est de l’ordre d’une relation vivante.

Saint Paul, d’ailleurs, utilise une expression curieuse : « la foi du Christ » (par exemple Philippiens 3, 9). Il ne s’agit donc pas seulement d’une foi au Christ ou d’une foi en lui. Il y a plus : la foi vient de lui, comme un don, elle est la foi du Christ et je la reçois comme ce par quoi il m’unit à lui et me fait vivre comme lui. De nouveau, ma part dans la foi ne paraît presque rien. Et pourtant, ce « presque rien » détermine toute ma façon d’être.

frère François


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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Mar 29 Sep 2015, 7:00 pm





La foi

Quelle est la spécificité de la foi chrétienne ?


Bien qu’on regarde la foi en général comme une religion, parce qu’il s’agit du rapport avec cet Absolu qu’on appelle Dieu, cette notion ne s’avère pas très utile pour la saisir dans son caractère unique. Serait-elle alors une spiritualité ? Oui, dans le sens où elle offre un chemin personnel et vécu d’approfondissement du sens de l’existence. Toutefois, ce chemin n’est pas laissé à la seule discrétion de l’individu, il n’est pas fait d’éléments à prendre ou à laisser au gré de ses propres caprices. C’est un pèlerinage sur les traces du Christ, et il met forcément le pèlerin en rapport avec tous ceux qui sont sur le même chemin.

La foi chrétienne est-elle alors une vie commune ? Cette définition a le grand mérite de correspondre à la vie des premiers chrétiens selon le Nouveau Testament. Encore faut-il ajouter que cette vie partagée est loin d’être une simple convivialité humaine mais qu’elle plonge ses racines en Dieu, car elle est essentiellement participation à sa Vie à lui, une Vie qui est Amour et donc Vie pour les autres. Cette vie commune est par nature inclusive, universelle, son rayonnement atteint virtuellement tout être humain. En ce sens, les frontières de la communauté chrétienne ne sont pas tracées une fois pour toutes ; elles finissent par se confondre avec l’ensemble de la famille humaine, voire de toute la création.

En son essence, la foi en JESUS Christ peut se définir comme l’offre en acte d’une communion universelle en Dieu. D’abord, loin d’être une œuvre humaine, elle est essentiellement une offre ou une invitation venant de la part de Dieu. C’était déjà le cas dans l’Israël ancien : ce peuple tirait son identité non pas de critères géographiques ou généalogiques, mais du choix gratuit d’un Dieu mystérieux et transcendant. Avec la venue du Christ JESUS, cela s’amplifie encore. En lui, pour impensable que cela puisse paraître, c’est la Source même de la vie qui vient à notre rencontre.

Si la foi chrétienne est une offre venant du côté de l’Absolu, le rôle des humains est essentiellement d’accueillir cette invitation et d’y répondre. Ce n’est pas à eux d’en définir les contours. Et si Dieu appelle par le Christ à un partage de vie, à une communion, cette invitation s’adresse alors à la dimension la plus personnelle de l’être humain, elle cherche à éveiller en lui une liberté. Autant de raisons pour lesquelles une telle offre est aux antipodes de la contrainte. Toute tentative de l’imposer par des moyens coercitifs, ouverts ou subtils, est absolument étrangère à sa nature.

Ensuite, le message chrétien est une offre en acte, c’est-à-dire une invitation réelle et non pas théorique. Tout comme JESUS a transmis l’essentiel de son message par sa vie donnée jusqu’à la mort sur une croix, le disciple fait de son existence le message à transmettre. Dans le christianisme il n’y a pas de dichotomie possible entre la doctrine et la pratique, au risque de se vider de sa substance. Au contraire, la doctrine est identique à la pratique, car il s’agit dans les deux cas d’une communion avec Dieu et entre les humains. Si les chrétiens ne pratiquent pas l’amour fraternel, si les Églises vivent dans l’indifférence ou la concurrence mutuelles, leur prédication reste forcément lettre morte.

frère John, « Cahiers de Taizé/3 »



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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Jeu 15 Oct 2015, 6:42 pm




La crainte de Dieu


Quelle relation avec Dieu expriment les mots craindre Dieu ?

Des mots divers expriment notre relation à Dieu, nous pouvons croire en lui, l’aimer, le servir. Parfois on dit aussi craindre Dieu. Cette expression est difficile à comprendre, mais comme elle n’est pas rare dans la Bible, il vaut la peine de faire l’effort d’une lecture attentive de quelques textes pour essayer de mieux en saisir le sens.

Il y a d’abord la crainte comme arrière-fond de toutes les religions. Les manifestations du divin produisent des émotions fortes, allant jusqu’à la panique et l’effroi. La divinité fascine et effraie en même temps. Pas de rencontre avec l’inconnu et l’inattendu de Dieu sans un moment de saisissement. Il en est ainsi depuis l’apparition de Dieu au Sinaï jusqu’au matin de Pâques : les femmes venues au tombeau vide « avaient peur » (Marc 16,8). Mais, dans la Bible, il n’est presque jamais question de l’émoi suscité par une manifestation divine sans que retentisse aussitôt la parole : « Ne craignez pas. » La crainte religieuse n’est pas une valeur en soi. Elle ne doit pas durer mais laisser place à la confiance.

Dans d’autres contextes, la crainte de Dieu est une réalité durable et non pas passagère. « La crainte du Seigneur est pure, immuable à jamais. » (Psaume 19,10) L’explication de cette crainte immuable n’est pas à chercher dans l’émotion religieuse, mais dans le langage politique de l’époque. Les traités de protection stipulaient que les protégés craindraient et serviraient fidèlement leur protecteur. Dans l’alliance de Dieu avec Israël, les mêmes mots expriment l’engagement de fidélité envers Dieu : « Que te demande le Seigneur ton Dieu, sinon de craindre le Seigneur ton Dieu, de suivre toutes ses voies, de l’aimer, de servir le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur et de toute ton âme ? » (Deutéronome 10,12) Craindre, aimer et servir Dieu sont ici synonymes. La crainte de Dieu n’est plus une émotion mais une attitude stable de fidélité à l’alliance.

Dans les psaumes, craindre le Seigneur, c’est « garder son alliance et se souvenir d’accomplir ses volontés. » (Psaume 103,18) « Ceux qui craignent le Seigneur » forment « la grande assemblée » des fidèles réunis au Temple pour prier et adorer (Psaume 22,26). Dans ce contexte, la crainte du Seigneur correspond à peu près à ce que nous appelons la pratique religieuse. C’est pourquoi elle s’enseigne : « Venez, fils, écoutez-moi, la crainte du Seigneur, je vous l’enseigne. » (Psaume 34,12) « Enseigner la crainte du Seigneur », ce n’est pas du tout susciter la peur, mais c’est enseigner les prières et les commandements, initier à une vie de confiance en Dieu. « Vous qui craignez le Seigneur, ayez confiance en lui. » (Ecclésiastique 2,8)

Tenant compte de l’usage que la Bible fait du mot craindre, on peut, à bien des endroits, le traduire par adorer ou aimer, et traduire la crainte de Dieu par la fidélité.

La crainte de Dieu a-t-elle encore quelque chose à nous dire ?

La réticence actuelle à parler de la crainte de Dieu est sans doute justifiée, tant le langage de la peur a pu rendre méconnaissable le fait que Dieu est amour. Pour éviter ce danger, on se sert, partout où c’est possible, d’un autre vocabulaire. Mais il reste, dans les deux Testaments, des passages où la crainte de Dieu est le mot clef difficilement remplaçable.

Selon le prophète Isaïe, la crainte de Dieu guérit des craintes des hommes. « Oui, ainsi m’a parlé le Seigneur lorsque sa main m’a saisi et qu’il m’a appris à ne pas suivre le chemin de ce peuple. Il m’a dit : Vous n’appellerez pas complot tout ce que ce peuple appelle complot, vous ne partagerez pas ses craintes et vous n’en serez pas terrifiés. C’est le Seigneur que vous proclamerez saint, c’est lui qui sera l’objet de votre crainte et de votre terreur. » (8,11-13) De toute évidence, Isaïe appelle au courage et à la confiance, mais cette confiance, il l’appelle crainte et terreur ! C’est une expression rhétorique, mais plus que cela. Isaïe sait que la peur est incontrôlable. Alors c’est comme s’il disait : « Vous ne pouvez pas ne pas craindre : alors craignez Dieu ! Dirigez donc vers Dieu toute cette énergie qui anime votre peur. » Cette crainte de Dieu qui absorbe les autres craintes n’est pas facile à définir, mais elle est certainement la source d’une grande liberté intérieure.

Un peu plus loin dans le livre d’Isaïe, la crainte de Dieu est un charisme du Messie : « Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. » (Isaïe 11,2) Tout autant que la sagesse et la force, la crainte du Seigneur est un don de l’Esprit saint ! Ce même don s’appelle aussi humilité. Craindre le Seigneur, c’est reconnaître en lui la source de tout bien. Cette transparence était au cœur de la vie de JESUS : « Je ne fais rien de moi-même … mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. » (Jean 8,28 et 14,10)

L’apôtre Paul écrit : « Travaillez avec crainte et tremblement à accomplir votre salut, car c’est Dieu qui opère en vous et le vouloir et l’opération même. » (Philippiens 2,12-13) Puisque Paul affirme que le salut vient par la foi, « travailler avec crainte et tremblement à son salut » doit ici exprimer un aspect de la foi. La foi n’est pas une assurance à la légère, mais une confiance toute tremblante : confiance vive, étonnée, vigilante. Notre salut est un miracle que Dieu « opère en nous », c’est pourquoi il demande toute notre attention. « Travailler avec crainte et tremblement » c’est prendre conscience que chaque instant est une rencontre avec Dieu, car à tout moment, Dieu est à l’œuvre en nous.

« Vous qui craignez le Seigneur, louez-le, toute la race de Jacob, glorifiez-le, redoutez-le, toute la race d’Israël. » (Psaume 22,24) Progression étonnante des verbes : « louez, glorifiez, redoutez le Seigneur » ! La crainte est ici la louange arrivée au point où elle ne sait plus que dire : louange devenue étonnement, silence et amour.

Lettre de Taizé : 2004/4


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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Mer 21 Oct 2015, 8:10 pm




Le Pardon,

Si JESUS savait que Judas allait le trahir, pourquoi l’a-t-il gardé jusqu’au bout dans le cercle de ses plus proches ?


Si JESUS savait que Judas allait le trahir, pourquoi l’a-t-il gardé jusqu’au bout dans le cercle de ses plus proches ?

Parmi les nombreux disciples qui le suivaient, JESUS en désigna douze pour être ses plus proches, pour partager et continuer sa mission. Ce n’est pas à la légère qu’il institua ce groupe des douze apôtres, c’est après avoir prié toute une nuit.

Mais, à un moment donné, JESUS se rendit compte d’un retournement en Judas, un des douze. JESUS comprit qu’il se détachait intérieurement de lui, et même qu’il allait le « livrer », comme disent les évangiles. Selon l’évangile de Jean, déjà en Galilée, bien avant les événements à Jérusalem qui devaient le mener à la croix, JESUS comprit ce qui se passait (Jean 6, 70-71). Pourquoi alors n’a-t-il pas éloigné Judas de son entourage mais l’a-t-il gardé près de lui jusqu’à la fin ?
Un des mots que JESUS utilise pour parler de la création du groupe des douze apôtres met sur une piste : « N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les Douze ? » (Jean 6, 70 ; voir aussi Jean 13, 18). Le verbe choisir ou élire est un mot clé dans l’histoire biblique. Dieu a choisi Abraham, il a élu Israël pour en faire son peuple. C’est donc le choix de Dieu qui constitue le peuple de Dieu, le peuple de l’alliance. Ce qui rend l’alliance inébranlable, c’est que Dieu choisit d’aimer Abraham et ses descendants pour toujours. L’apôtre Paul commentera : « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11, 29).

Parce que JESUS a choisi les douze comme Dieu a choisi son peuple, il ne pouvait pas renvoyer Judas, même quand il comprit qu’il allait le trahir. Il savait qu’il devait aimer jusqu’au bout, pour attester que le choix de Dieu était irrévocable. Les prophètes, en particulier Osée et Jérémie, ont parlé au nom d’un Dieu blessé et humilié par les trahisons de son peuple, et qui pourtant ne cesse de l’aimer d’un amour d’éternité. JESUS ne voulait ni ne pouvait faire moins : humilié par la trahison de l’un de ses intimes, il ne cessa de lui montre son amour. En s’abaissant devant ses disciples pour leur laver les pieds, il se fit le serviteur de tous, de Judas aussi. Et c’est tout particulièrement à Judas qu’il donna un morceau du pain partagé : parcelle d’amour brûlant que celui-ci emporta avec lui dans sa nuit (Jean 13, 21-30).

S’il voulait être fidèle à son Père – au Dieu qui avait fait choix d’Abraham et d’Israël, au Dieu des prophètes – JESUS ne pouvait faire autrement que de garder Judas près de lui jusqu’au bout. Il aimait Judas même quand celui-ci était tout entier pris par les ténèbres. « La lumière luit dans les ténèbres » (Jean 1, 5). L’évangile dit que c’est au moment de donner son amour à Judas, de l’avoir aimé à perte et sans mesure, que JESUS « fut glorifié » (Jean 13, 31). Dans la nuit la plus opaque du ressentiment et de la haine, il manifesta le rayonnement inouï de l’amour de Dieu.

Pourquoi les évangiles sont-ils si discrets sur les motifs de Judas ?

Il est étonnant que les premiers chrétiens n’aient pas passé sous silence le fait qu’un des douze apôtres livra JESUS aux autorités hostiles. Car ce fait jette un doute sur la personne de JESUS lui-même : s’était-il trompé dans le choix de ses compagnons ? Mais il est tout aussi étonnant que les évangiles ne disent à peu près rien sur les motifs de Judas. Fut-il déçu quand il comprit que JESUS n’était pas un messie avec un programme de libération politique ? Pensa-t-il agir dans l’intérêt de son peuple en mettant fin à la carrière de JESUS ? Certains ont supposé qu’il agissait par appât du gain ; d’autres que c’était au contraire par amour, pour aider JESUS à donner sa vie…

Concernant le pourquoi de ce que Judas a fait, il n’y a, dans les évangiles, que deux indications. L’une est l’évocation du diable : c’est lui qui « a mis dans le cœur de Judas le projet de le livrer » (Jean 13, 2). Mais cela ne rend l’énigme que plus épaisse. Le diable, ou le satan, c’est celui qui s’oppose, reproche, calomnie. JESUS perçut le ressentiment qui était né dans le cœur de Judas et qui s’y était enraciné jusqu’au point de non retour. Mais sur le pourquoi, pas un mot, ni même une allusion.

L’autre indication, c’est la référence aux Ecritures saintes. Au sujet de la trahison par Judas, JESUS dit : « afin que l’Ecriture s’accomplisse : Celui qui mange mon pain a levé contre moi son talon » (Psaume 41, 10 cité en Jean 13, 18). Il faut bien comprendre quel est, dans les évangiles, le sens de cette référence aux Ecritures saintes. Elles ne sont pas un scénario qui déterminerait d’avance le rôle de chaque acteur. Tout lecteur attentif de la Bible sait bien à quel point elle propose des choix et met chacun devant ses responsabilités.

Citant le verset du psaume : « Celui qui mange mon pain a levé contre moi son talon » (Psaume 41, 10), JESUS n’affirme pas que Judas ne pouvait pas agir autrement, mais que Dieu reste l’acteur principal de se qui est en train de se jouer. Il y a le drame de la trahison, et en même temps c’est Dieu qui est à l’œuvre. Car si ce que Judas est en train de faire accomplit l’Ecriture, c’est que, d’une manière mystérieuse, le projet de Dieu se réalise, Dieu accomplit sa parole (Isaïe 55, 10-11). La référence à l’Ecriture permet de croire en Dieu même dans la nuit, même quand ce qui arrive est incompréhensible.

Si le ressentiment et la haine de Judas demeurent incompréhensibles, l’amour de JESUS « jusqu’à la fin » est plus encore au-delà de toute compréhension. Les évangiles sont si discrets quant aux motifs de Judas, car ils ne veulent pas satisfaire notre curiosité mais nous conduire à la foi. Ils ne dévoilent pas l’abîme de ténèbres du drame de Judas mais révèlent l’insondable et incompréhensible profondeur de l’amour de Dieu.


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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Jeu 29 Oct 2015, 7:33 pm




Le pardon

Pardonner signifie-t-il oublier ?


Il est des blessures que l’on n’oublie pas. Dans certaines situations tragiques, le chemin vers la guérison semble passer par une prise de conscience de la profondeur du mal plus que par l’oubli. On n’évacue pas le mal – il reste de toutes façons –, mais on peut ne pas s’y dérober pour le laisser peu à peu s’abîmer dans l’amour, puis se transformer. Si l’Ancien Testament parle de la colère de Dieu, c’est que Dieu a mal et que son amour envers Israël est blessé par les infidélités de son peuple.

Or, le plus extraordinaire de l’histoire biblique – c’est la découverte des prophètes – réside dans le fait que, par amour, Dieu va au-delà de sa propre colère : « Mon peuple est cramponné à son infidélité. […] Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent, mais je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère, […] car je suis Dieu et non pas homme […] » (Osée 11, 7-9). Pour celui qui pardonne, le pardon est un combat contre sa propre colère. L’ardeur ne pousse plus à une réaction violente mais à une déchirure intérieure : sacrifier son attente de justice pour faire un pas vers celui qui a péché.

Le prophète Isaïe va plus loin, décrivant un mystérieux personnage sous les traits d’un serviteur souffrant : « Homme de douleur, familier de la souffrance, (..) méprisé nous n’en faisions aucun cas. Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. […] Dans ses blessures nous trouvons la guérison. » (Isaïe 53, 4-5).

Les chrétiens peuvent reconnaître dans ce texte une anticipation de la vie offerte de JESUS. La patience de JESUS vis-à-vis de ses adversaires, sa passion à Jérusalem laissent penser qu’il n’a fui ni la souffrance ni les gens qui essayaient de le piéger. Plutôt que de se blinder face aux attaques, il a accueilli en vérité ce qui se présentait à lui sans prévision ni arrière-pensée. S’il peut dire en croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu’ils font. » (Luc 23, 34), c’est qu’il est allé au bout de l’ouverture de l’amour et a consenti à être blessé de la main même de ceux qu’il aimait.

La Croix, en ce sens, prend une dimension existentielle à laquelle nous sommes tous confrontés, même les non-croyants : nous ne souffrons vraiment que de la part de ceux que nous aimons. Que mon ennemi me fasse souffrir, c’est dans l’ordre des choses, mais comment consentir à souffrir de la main de mon ami (voir Psaume 55, 13-15) ? Chaque relation d’amour laisse une porte ouverte à la vulnérabilité, c’est-à-dire à la possibilité d’être blessé. S’en souvenir, ne pas fuir cette vulnérabilité, c’est déjà se préparer au pardon.




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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Sam 07 Nov 2015, 8:12 pm




La liberté

Suis-je encore libre si j’obéis à un appel du Christ ?


C’est « en passant » (Marc 1,16 et 2,14) que JESUS remarque ses premiers disciples et les appelle. Il y a, dans ce « en passant », un souffle de liberté. JESUS n’a pas de stratégie bien arrêtée ; il voit ses futurs disciples, il les appelle. Il leur dit très peu sur ce qu’il attend d’eux, très peu aussi sur ce qu’ils peuvent attendre de lui. Ils le découvriront peu à peu. JESUS veut qu’ils soient aussi libres que lui. Ou plutôt : libres de la même manière que lui.

« Toi, suis-moi ! » : ce sont les toutes dernières paroles du Christ dans les évangiles (Jean 21, 22). Ressuscité, il continue à appeler à sa suite. Il vient toujours comme « en passant ». Je ne choisis pas le moment. Un jour, une parole de l’Évangile me touche. Une rencontre ou un événement me bouleversent et me conduisent à m’engager avec lui. Un appel, c’est d’abord quelque chose qui m’arrive.

Où est alors ma liberté, puisque ce n’est pas moi qui ai choisi de rencontrer le Christ mais que c’est lui qui m’a trouvé ? Et quand on me demande pourquoi je suis engagé là où je suis, j’ai de la peine à répondre, car, comme pour les disciples, les choses semblent s’être passées en partie par hasard. « En passant, JESUS vit… » et Lévi, sans hésiter une seconde, « se leva et le suivit » (Marc 2,14). N’est-ce pas une démarche un peu rapide pour être un choix conscient, responsable et libre ? Ce qui est sûr, c’est que Lévi, en se levant, devient libre. Jusque-là, il disposait librement de lui-même et de son bureau de collecteur d’impôts. Désormais, son horizon s’élargit.

Si l’appel du Christ s’impose à Lévi avec une évidence immédiate, il ne fait pourtant pas violence à sa liberté. Car là où est le Christ, là est aussi l’Esprit Saint. L’appel du Christ correspond à quelque chose qui se trouve au plus profond de mon cœur. Il me vient en même temps de l’extérieur – d’une parole lue ou entendue, d’un événement ou d’une rencontre – et de l’intérieur. Il libère, plus qu’il ne commande. En même temps que le Christ m’appelle, l’Esprit Saint délie en moi ce qui est enchaîné, desserre ce qui est angoissé.

JESUS ne détermine pas d’avance le cheminement de ses disciples. Il aime leur poser des questions : « Pour vous, qui suis-je ? » (Marc 8,29), « Voulez-vous partir, vous aussi ? » (Jean 6,67), « M’aimes-tu ? » (Jean 21,15-17). Il tient à notre liberté et à notre engagement créatif. Ce n’est que ma réponse qui rend certain son appel pour moi. Ce sont mes propres pas qui tracent mon chemin à sa suite. « En t’appelant, Dieu ne prescrit pas ce que tu devrais accomplir. Son appel est avant tout une rencontre. » (Lettre à qui voudrait suivre le Christ).



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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Mar 17 Nov 2015, 8:20 pm




La liberté

Tout ce qui arrive est-il décidé d’avance par Dieu ?


Pour beaucoup de nos contemporains, la foi en un Dieu tout-puissant et omniscient se concilie mal avec une vraie liberté de choix donnée aux humains. Si Dieu sait tout ce qui va se passer et s’il a un dessein pour sa création, à quoi bon se casser la tête pour s’efforcer de faire les choix authentiques ?

Tout d’abord, la notion d’un « dessein » ou d’un « plan » de Dieu ne signifie pas qu’il y ait une sorte de livre où tout soit écrit à l’avance. Cela veut simplement dire que l’existence de l’univers et nos propres vies ne sont pas le fruit d’un hasard, que nous existons en vue de quelque chose. Dieu a créé le monde et les humains pour nous faire entrer dans une relation avec lui, pour partager avec nous sa propre vie. Comme un vieil hymne chrétien le dit : « Dans le Christ, Dieu nous a choisis avant la fondation du monde pour être saints dans sa présence, dans l’amour. » (Ephésiens 1,4.) Tous les événements par lesquels Dieu se manifeste à l’extérieur sont commandés par une priorité logique et non chronologique, l’intention de nous donner la vie en plénitude dans une communion avec lui. C’est cela son « dessein », son unique volonté, et il n’est rien d’autre que l’expression de son amour.

Cette volonté d’amour s’exprime dans la grande diversité des personnes et des situations. Elle se manifeste en premier lieu dans les dons accordés par Dieu à ses créatures. En ce qui concerne les êtres humains, un de leurs plus grands dons est la capacité de faire des choix, d’agir librement. Ce don est essentiel, car Dieu désire de notre part une réponse d’amour à son amour. Forcer ou déterminer nos choix serait en contradiction totale avec son dessein, cela rendrait l’amour impossible.

L’erreur de croire que tout est déjà déterminé provient d’une confusion entre Dieu tel qu’il est en lui-même et le temps créé. Dieu n’est pas soumis à notre temps. Il est ni « avant » ni « après », il Est. Dans l’Évangile de Jean, JESUS dit : « Avant qu’Abraham existât, Je Suis. » (Jean 8,58.) Le point de contact entre Dieu et nous ne peut être que le moment présent : quelqu’un a même appelé Dieu « l’éternel maintenant ». Il n’a pas créé l’univers pour se retirer ensuite dans son « splendide isolement ». Au contraire, par son Esprit il vit chaque instant de notre vie avec nous, il nous encourage à la conduire dans la plus grande harmonie possible avec sa volonté d’amour. Loin d’être fixé à l’avance, le dessein de Dieu est ce que nous créons en sa compagnie minute par minute, tout au long de notre existence, en cherchant à répondre pleinement au don de son amour dans une vie de solidarité et de service aux autres.

Que signifie pour un croyant la liberté de choix ?

La liberté se comprend de tant de manières différentes. De nos jours, on souligne volontiers l’aspect de choix : être libre, c’est pouvoir décider par soi-même ce qu’on veut être ou faire. Cela va si loin que, pour certains, Dieu serait même un ennemi de l’homme parce qu’il prétendrait lui dicter son comportement. La foi par conséquent nous enlèverait notre liberté.

Pour avoir une vision intégrale de la liberté, il faut distinguer deux niveaux. Au premier niveau, la liberté comporte des choix qui ne sont pas déterminés par des contraintes extérieures. Dieu, en créant l’être humain à son image, lui a fait don de cette capacité de choisir. En nous, tout n’est pas programmé à l’avance. Pour grandir nous devons faire des pas que personne ne peut faire à notre place. Et, comme on l’a si souvent dit, même ne pas choisir est un choix !

Cette capacité de choisir, bonne en soi et nécessaire, n’est pas suffisante pour accéder à la liberté véritable. On doit faire des choix en fonction de quelque chose, nos démarches sont orientées vers une finalité. Pour nous rendre vraiment libres, cette finalité ne peut être que celle de devenir la personne que nous sommes vraiment, d’épanouir pleinement notre identité.

On voit qu’une conception de la liberté qui nous encouragerait à faire n’importe quoi est défectueuse, même au plan humain. Il y a des choix qui nous rendent moins nous-mêmes. Pour prendre des exemples extrêmes, quelqu’un qui décide « librement » de se droguer, voire de se suicider, scie la branche sur laquelle il est assis et se prive de la possibilité de prendre des décisions ultérieures qui le mèneraient vers le bonheur.

« Seigneur, tu me sondes et me connais », chante le psalmiste (Psaume 139,1). Si le créateur du cœur humain est celui qui le connaît mieux que quiconque (voir Jérémie 17,9-10), avec son aide nous serons capables de faire des choix qui nous conduiront vers notre identité véritable et donc vers notre vrai bonheur. Dieu nous aide d’abord par sa Parole, qui nous indique la façon authentique d’agir, et qui culmine dans la vie de son Fils, le Christ JESUS. Il nous aide ensuite par la présence intérieure de son Esprit, fruit de la mort et de la résurrection du Christ. En faisant confiance à Dieu et en cherchant à suivre ses traces, nous n’abdiquons pas notre liberté ; nous utilisons notre capacité de faire des choix libres pour devenir vraiment nous-mêmes dans une relation avec la Source de notre existence. Nous créons un espace pour le plein épanouissement de la vie humaine en nous et autour de nous.




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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Sam 28 Nov 2015, 8:07 pm




Le bonheur

A-t-on le droit d’être heureux quand d’autres souffrent ?


Le souffle de Dieu en nous est joie profonde. Quand nous sommes heureux, nous sommes en accord avec Dieu. Mais quand d’autres souffrent, notre bonheur est en désaccord avec leur souffrance. C’est pourquoi l’apôtre Paul écrit : oui, « réjouissez-vous avec qui est dans la joie », mais aussi : « Pleurez avec qui pleure » (Romains 12, 15). La joie est certes ce pour quoi nous sommes faits. Mais face à la souffrance des autres, c’est en pleurant que nous sommes dans la vérité.

Le bonheur peut être blessant pour ceux qui en sont exclus. La satisfaction de celui qui a réussi fait mal à ceux qui ont échoué. La jubilation de ceux qui s’aiment peine ceux qui sont délaissés. Quand ceux qui sont heureux me font en plus sentir un malin plaisir de m’avoir supplanté, leur bonheur devient franchement insupportable. Un bonheur peut être blessant sans mauvaise intention : JESUS dépeint dans une parabole le bonheur d’un riche « menant joyeuse et brillante vie » sans même s’apercevoir du pauvre Lazare assis à sa porte (Luc 16, 19-21).

Pleurer vaut mieux qu’un tel bonheur. Mais comment Paul peut-il écrire : « Réjouissez-vous sans cesse » (Philippiens 4, 4) ? S’il y a des bonheurs qui blessent, il y a aussi des tristesses qui font du mal. Quand je suis triste et abattu, je n’attends pas de mes proches qu’ils m’accablent de leur tristesse en ajoutant leur morosité à mon malheur. Que faire alors quand d’autres souffrent ? Rester joyeux, au risque de blesser par notre bonheur ceux qui en sont exclus ? Ou être triste, au risque de faire peser notre tristesse sur un malheur déjà lourd à porter ?

« Réjouissez-vous sans cesse ». Paul enchaîne : « Que votre bonté soit connue de tous » (Philippiens 4, 5). La joie dont il est question rayonne donc la bonté, une douceur. Cette joie est d’abord intérieure. Parfois, elle est presque imperceptible et ne se remarque à aucun signe extérieur. Elle touche délicatement. De même que, dans le froid de l’hiver, il fait bon se tenir près d’un poêle rayonnant de chaleur, il est bon, dans le malheur, d’être proche de quelqu’un dont la joie profonde rayonne la bonté.

Quel est le secret d’un bonheur qui n’offense pas mais relève ceux qui souffrent ? C’est d’être une joie de pauvre, un bonheur non pas possédé mais d’emblée partagé.

S’interdire d’être heureux quand d’autres souffrent pourrait conduire à un commun désespoir. Nous avons mieux à faire pour ceux qui sont dans le malheur. Une des choses les plus précieuses que nous pouvons offrir, c’est notre lutte cachée pour garder la joie de l’Esprit Saint, la joie qui rayonne la bonté et communique force et courage.



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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Mer 09 Déc 2015, 7:14 pm




L’enfer

Un chrétien doit-il croire à l’existence de l’enfer ?


Il fut un temps où la prédication chrétienne comportait une mention obligatoire de l’enfer à l’adresse des croyants tièdes ou réfractaires. De nos jours, par contre, la notion même d’un tel lieu de châtiment scandalise, tant il semble contredire la foi en un Dieu d’amour. Le Christ pourrait-il vraiment consentir à la perte définitive de quelqu’un pour qui il a donné sa vie jusqu’au bout ?

Toute réflexion sur le sens de cette doctrine difficile doit commencer par une constatation surprenante : ce n’est qu’avec l’Évangile qu’apparaît l’enfer proprement dit ! Les Écritures hébraïques, notre Ancien Testament, parlent plutôt du Shéol, séjour des morts situé sous la terre. Lieu sombre, pays de l’oubli dont personne ne remonte (voir Psaume 88,9-13 ; Job 7,9), le Shéol est comme une transcription en termes spatiaux de la réalité de la mort. En ce sens, il est « le rendez-vous de tout vivant » (Job 30,23), bien que le fait que Dieu soit censé en être absent indique une certaine affinité avec le péché.

Si Dieu est le Dieu de la vie, peut-il toutefois se résigner à ce que la mort ait le dernier mot ? Des croyants clamaient une folle certitude : « Tu ne peux abandonner mon âme au Shéol, tu ne peux laisser ton ami voir la Fosse. » (Psaume 16,10) Leur espérance contre toute espérance a porté certains, en Israël, à attendre une résurrection à la fin des temps. Et cette attente de la foi est entrée dans l’histoire par le Christ JESUS, « premier-né d’entre les morts » (Colossiens 1,18) et ainsi « aîné d’une multitude de frères » (Romains 8,29).

La foi dans le Christ ressuscité donne la certitude que la mort n’est pas le sort inéluctable de l’humanité. L’amour de Dieu est plus fort, comme le montre l’icône russe où le Christ descend au Shéol pour en rompre les portes et libérer les captifs. En conséquence, « le lieu de perdition » change radicalement de caractère. Loin d’être l’endroit où Dieu paraît absent, il manifeste désormais la réalité du péché à la lumière du Christ. Il traduit en catégories spatiales « la seconde mort » (Apocalypse 20,6), c’est-à-dire le refus obstiné d’accueillir l’amour que Dieu offre toujours et à tous. La notion d’enfer révèle ainsi deux facettes essentielles de l’amour inconditionnel de Dieu : il respecte pleinement la liberté humaine, et il reste néanmoins présent pour chacun, jusque dans son éventuel refus. Elle exprime, de façon paradoxale, la bonne nouvelle que la lumière brille partout, même pour ceux qui garderaient les yeux fermés par peur ou par dépit.

Cette situation est-elle définitive ? Vus du dedans, nos enfers paraissent toujours sans issue. Mais existe-il vraiment une créature qui peut vaincre par son refus la patience de Dieu ? Pauvre de Dieu, le Christ JESUS ne s’impose pas. Mais « il ne fléchira ni ne cédera » tant que sa mission de porter partout la paix n’est pas accomplie (voir Isaïe 42,2-4), et sa faiblesse est plus forte que la force humaine (voir 1 Corinthiens 1,25).

JESUS parle-t-il de l’enfer ?

Loin d’offrir des descriptions littérales et objectives de réalités spirituelles, les paroles de JESUS ont pour but de nous faire entrer dans la vérité sur Dieu et sur nous-mêmes. JESUS ne parle et n’agit que pour transmettre la joyeuse nouvelle de ce que Dieu est en train d’accomplir dans le monde, et pour inviter les humains à y participer par un oui engageant tout leur être à sa suite. En un sens, toutes les déclarations de JESUS ne sont qu’un développement de ses premières paroles dans l’évangile de Marc : « Le temps est accompli et le Règne de Dieu s’est approché : changez vos cœurs et croyez à la Bonne Nouvelle ! » (Marc 1,15.)

En même temps, JESUS adapte ce message à la condition de ses auditeurs. Il ne parle pas le même langage à tous. Pour se faire comprendre, il utilise les catégories et les expressions familières à ses interlocuteurs. Comme saint Paul après lui, il cherche à se faire « tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns » (1 Corinthiens 9,22).

Ainsi, lorsqu’il est confronté à des hommes qui refusent de le prendre au sérieux, notamment les élites de la nation qui estiment qu’elles savent déjà tout sur Dieu et sur ses desseins, JESUS emprunte des formules fracassantes à l’instar des prophètes, pour tenter d’ébranler leur arrogance illusoire. Il lui arrive de menacer les maîtres de la religion, qui se croient irréprochables mais qui, en fait, occultent le chemin de Dieu, avec « la géhenne de feu » (Matthieu 23,33 ; voir 5,22). La géhenne, ou le Val de Hinnom, était un endroit près de Jérusalem où l’on brûlait les ordures. Jadis elle avait été le site d’un culte au dieu Moloch qui comportait des sacrifices humains.
Si JESUS parle ainsi, c’est qu’il veut tout tenter afin de pénétrer la cuirasse endurcie de tel ou tel groupe. Mais jamais il ne joue avec la mauvaise conscience. Au contraire, lorsqu’il se trouve en face de personnes qui se croient loin de Dieu – une femme adultère (Jean 8), un riche compromis (Luc 19) – il n’a que des paroles d’accueil et de compréhension. L’un des griefs contre lui est qu’il est « un ami des pécheurs » (Matthieu 11,19).

C’est le pire des contresens, alors, de s’appuyer sur les paroles sévères de JESUS afin de faire peur et d’utiliser cette peur pour arriver à ses propres fins, fussent-elles spirituelles. Qui agit ainsi propose une caricature de Dieu qui éloigne de la foi véritable, et c’est justement envers ces personnes-là que JESUS a des paroles particulièrement intransigeantes (voir Matthieu 18,6). Le fait que JESUS évoque parfois la possibilité pour l’homme de se perdre s’explique en réalité par sa soif brûlante de communiquer l’eau vive de l’Esprit à chaque être humain, par sa certitude que le bonheur véritable se trouve uniquement dans une communion d’amour avec son Père.

Lettre de Taizé : 2005/6



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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Jeu 17 Déc 2015, 8:06 pm





L’espérance


Quelle est la source de l’espérance chrétienne ?

Dans un temps où l’on a souvent du mal a à trouver des raisons d’espérer, ceux qui mettent leur confiance dans le Dieu de la Bible ont plus que jamais le devoir de « justifier leur espérance devant ceux qui [leur] en demandent compte » (1 Pierre 3,15). À eux de saisir ce que l’espérance de la foi contient de spécifique, pour pouvoir en vivre.

Or, même si, par définition, l’espérance vise l’avenir, pour la Bible elle s’enracine dans l’aujourd’hui de Dieu. Dans la Lettre 2003, frère Roger le rappelle : « [La source de l’espérance] est en Dieu qui ne peut qu’aimer et qui nous cherche inlassablement. »

Dans les Écritures hébraïques, cette Source mystérieuse de la vie que nous appelons Dieu se fait connaître parce qu’il appelle les humains à entrer dans une relation avec lui : il établit une alliance avec eux. La Bible définit les caractéristiques du Dieu de l’alliance par deux mots hébreux : hesed et emet (par ex. Exode 34,6 ; Psaume 25,10 ; 40,11-12 ; 85,11). En général, on les traduit par « amour » et « fidélité ». Ils nous disent, d’abord, que Dieu est bonté et bienveillance débordantes pour prendre soin des siens et, en deuxième lieu, que Dieu n’abandonnera jamais ceux qu’il a appelés à entrer dans sa communion.

Voilà la source de l’espérance biblique. Si Dieu est bon et s’il ne change jamais son attitude ni ne nous délaisse jamais, alors, quelles que soient les difficultés – si le monde tel que nous le voyons est tellement loin de la justice, de la paix, de la solidarité et de la compassion – pour les croyants ce n’est pas une situation définitive. Dans leur foi en Dieu, les croyants puisent l’attente d’un monde selon la volonté de Dieu ou, autrement dit, selon son amour.

Dans la Bible, cette espérance est souvent exprimée par la notion de promesse. Quand Dieu entre en rapport avec les humains, cela va de pair en général avec la promesse d’une vie plus grande. Cela commence déjà avec l’histoire d’Abraham : « Je te bénirai, dit Dieu à Abraham. Et par toi se béniront toutes les familles de la terre » (Genèse 12,2-3).

Une promesse est une réalité dynamique qui ouvre des possibilités nouvelles dans la vie humaine. Cette promesse regarde vers l’avenir, mais elle s’enracine dans une relation avec Dieu qui me parle ici et maintenant, qui m’appelle à faire des choix concrets dans ma vie. Les semences de l’avenir se trouvent dans une relation présente avec Dieu.

Cet enracinement dans le présent devient encore plus fort avec la venue de JESUS le Christ. En lui, dit saint Paul, toutes les promesses de Dieu sont déjà une réalité (2 Corinthiens 1,20). Bien sûr, cela ne se réfère pas uniquement à un homme qui a vécu en Palestine il y a 2000 ans. Pour les chrétiens, JESUS est le Ressuscité qui est avec nous dans notre aujourd’hui. « Je suis avec vous tous le jours, jusqu’à la fin de l’âge » (Matthieu 28,20).

Un autre texte de saint Paul est encore plus clair. « L’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné. » (Romains 5,5) Loin d’être un simple souhait pour l’avenir sans garantie de réalisation, l’espérance chrétienne est la présence de l’amour divin en personne, l’Esprit Saint, courant de vie qui nous porte vers l’océan d’une communion en plénitude.

Comment vivre de l’espérance chrétienne ?

L’espérance biblique et chrétienne ne signifie pas une vie dans les nuages, le rêve d’un monde meilleur. Elle n’est pas une simple projection de ce que nous voudrions être ou faire. Elle nous porte à voir les semences de ce monde nouveau déjà présentes aujourd’hui, à cause de l’identité de notre Dieu, à cause de la vie, la mort et la résurrection de JESUS Christ. Cette espérance est en plus une source d’énergie pour vivre autrement, pour ne pas suivre les valeurs d’une société fondée sur le désir de possession et de compétition.

Dans la Bible, la promesse divine ne nous demande pas de nous asseoir et d’attendre passivement qu’elle se réalise, comme par magie. Avant de parler à Abraham d’une vie en plénitude qui lui est offerte, Dieu lui dit : « Quitte ton pays et ta maison pour la terre que je te ferai voir » (Genèse 12,1). Pour entrer dans la promesse de Dieu, Abraham est appelé à faire de sa vie un pèlerinage, à vivre un nouveau commencement.

De même, la bonne nouvelle de la résurrection n’est pas une manière de nous détourner des tâches d’ici-bas, mais un appel à nous mettre en route. « Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?… Allez par le monde entier, proclamer l’Évangile à toutes les créatures… Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1,11 ; Marc 16,15 ; Actes 1,8).

Sous l’impulsion de l’Esprit du Christ, les croyants vivent une solidarité profonde avec l’humanité coupée de ses racines en Dieu. Écrivant aux Romains, saint Paul évoque les souffrances de la création en attente, les comparant aux douleurs de l’enfantement. Puis il continue : « Nous aussi, qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons intérieurement. » (Romains 8,18-23). Notre foi ne nous met pas dans un état privilégié, hors du monde, nous « gémissons » avec le monde, partageant sa douleur, mais nous vivons cette situation dans l’espérance, sachant que, dans le Christ, « les ténèbres passent et que déjà luit la lumière véritable » (1 Jean 2,8).

Espérer, c’est donc d’abord découvrir aux profondeurs de notre aujourd’hui une Vie qui va de l’avant et que rien ne peut arrêter. C’est encore accueillir cette Vie par un oui de tout notre être. En nous lançant dans cette Vie, nous sommes conduits à poser, ici et maintenant, au milieu des aléas de notre existence en société, des signes d’un autre avenir, des semences d’un monde renouvelé qui, le moment venu, porteront leur fruit.

Pour les premiers chrétiens, le signe le plus clair de ce monde nouveau était l’existence des communautés composées de gens d’origines et de langues diverses. À cause du Christ, ces petites communautés surgissaient partout dans le monde méditerranéen. Dépassant les divisions de toutes sortes qui les tenaient loin les uns des autres, ces hommes et femmes vivaient comme des frères et des sœurs, comme la famille de Dieu, priant ensemble et partageant leurs biens selon les besoins de chacun (cf. Actes 2,42-47). Ils s’efforçaient d’avoir « un même amour, une seule âme, un seul sentiment » (Philippiens 2,2). Ainsi ils brillaient dans le monde comme des foyers de lumière (cf. Philippiens 2,15). Dès ses débuts, l’espérance chrétienne a allumé un feu sur la terre.

Lettre de Taizé : 2003/3




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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Mer 30 Déc 2015, 7:46 pm




Le jugement

Pourquoi JESUS dit-il à ses disciples de ne pas juger ?


« Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis » (Luc 6, 37). Est-il possible de mettre cette parole de l’Évangile en pratique ? N’est-il pas nécessaire de juger, si l’on ne veut pas baisser les bras face à ce qui ne va pas ? Mais cet appel de JESUS s’est profondément gravé dans les cœurs. Les apôtres Jacques et Paul, par ailleurs si différents, y font écho presque avec les mêmes mots. Jacques écrit : « Qui es-tu pour juger le prochain ? » (Jacques 4, 12). Et Paul : « Qui es-tu pour juger un serviteur d’autrui ? » (Romains 14, 4).

Ni JESUS ni les apôtres n’ont cherché à abolir les tribunaux. Leur appel concerne la vie quotidienne. Si les disciples du Christ choisissent d’aimer, ils continuent cependant à commettre des fautes aux conséquences plus ou moins graves. La réaction spontanée est alors de juger celui qui – par sa négligence, ses faiblesses ou ses oublis – cause des torts ou des échecs. Nous avons bien sûr d’excellentes raisons de juger notre prochain : c’est pour son bien, pour qu’il apprenne et qu’il progresse…

JESUS, qui connaît le cœur humain, n’est pas dupe des motivations plus cachées. Il dit : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! » (Luc 6, 41). Je peux me servir des fautes des autres pour me rassurer sur mes propres qualités. Les raisons pour juger mon prochain flattent mon amour-propre (voir Luc 18, 9-14). Mais si je guette la moindre faute de mon prochain, n’est-ce pas pour me dispenser de faire face à mes propres problèmes ? Les mille défauts que je lui trouve ne prouvent pas encore que je vaux mieux que lui. La sévérité de mon jugement ne fait peut-être que cacher ma propre insécurité et ma peur d’être jugé.

À deux reprises, JESUS a parlé de l’œil « malade » ou « mauvais » (Matthieu 6, 23 et 20,15). Il nomme ainsi le regard troublé par la jalousie. L’œil malade admire, envie et juge le prochain tout en même temps. Quand j’admire mon prochain pour ses qualités mais qu’en même temps, il me rend jaloux, mon œil devient mauvais. Je ne vois plus la réalité telle qu’elle est, et il peut même m’arriver de juger un autre pour un mal imaginaire qu’il n’a jamais fait.

C’est encore un désir de domination qui peut inciter à juger. C’est pourquoi, dans le passage déjà cité, Paul écrit : « Toi, qui es-tu pour juger un serviteur d’autrui ? ». Qui juge son prochain s’érige en maître, et il usurpe, de fait, la place de Dieu. Or nous sommes appelés à « regarder les autres comme nos supérieurs » (Philippiens 2, 3). Il ne s’agit pas de se déconsidérer soi-même, mais de se mettre au service des autres au lieu de les juger.

Est-ce que renoncer à juger conduit à l’indifférence et à la passivité ?

En une même phrase, l’apôtre Paul utilise le mot juger dans deux sens différents : « Cessons de nous juger les uns les autres : jugez plutôt qu’il ne faut rien mettre devant votre frère qui le fasse buter ou tomber » (Romains 14, 13). L’arrêt des jugements mutuels ne conduit pas à la passivité, mais elle est une condition pour une activité et des comportements justes.

JESUS n’invite pas à fermer les yeux et à laisser les choses aller. Car aussitôt après avoir dit de ne pas juger, il continue : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? » (Luc 6, 39). JESUS souhaite que les aveugles soient aidés à trouver le chemin. Mais il dénonce les guides incapables. Ces guides un peu ridicules sont, selon le contexte, ceux qui jugent et condamnent. Sans renoncer à juger, il est impossible de voir clair pour entraîner d’autres sur le bon chemin.

Voici un exemple tiré de la correspondance de Barsanuphe et Jean, deux moines de Gaza du VIe siècle. Après avoir blâmé un frère pour sa négligence, Jean est peiné de le voir triste. Il est encore blessé quand, à son tour, il se sent jugé par ses frères. Pour trouver le calme, il décide alors de ne plus faire de remarques à personne, et de ne s’occuper que de ce dont il serait seul responsable. Mais Barsanuphe lui fait comprendre que la paix du Christ n’est pas dans le repli sur soi-même. Il lui cite à plusieurs reprises une parole de l’apôtre Paul : « Reprends, réprimande, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire » (2 Timothée 4, 2).

Laisser les autres tranquilles, cela peut encore être une forme subtile de les juger. Si je ne veux m’occuper que de moi-même, serait-ce peut-être que je ne considère pas les autres comme dignes de mon attention et de mes efforts ? Jean de Gaza décide de ne plus reprendre aucun de ses frères, mais Barsanuphe comprend qu’en fait, il continue à les juger dans son cœur. Il lui écrit : « Ne juge ni ne condamne personne, mais avertis-les comme de véritables frères » (Lettre 21). C’est en renonçant aux jugements que Jean deviendra capable d’un vrai souci des autres.

« Ne portez pas de jugement prématuré, laissez venir le Seigneur » (1 Corinthiens 4, 5) : Paul recommande la plus grande retenue dans le jugement. En même temps, il demande avec insistance de se soucier des autres : « Reprenez les désordonnés, encouragez les craintifs, soutenez les faibles, ayez de la patience envers tous » (1 Thessaloniciens 5,14). Par expérience, il savait ce que reprendre sans juger pouvait coûter : « Trois années durant, nuit et jour, je n’ai cessé de reprendre avec larmes chacun d’entre vous » (Actes 20, 31). Seule la charité est capable d’un tel service.



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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Sam 09 Jan 2016, 9:25 pm





L’amour des ennemis


Pourquoi l’amour des ennemis se trouve-t-il au cœur de l’Évangile ?

Dans le chapitre 6 de l’Évangile de Luc, à la suite des Béatitudes, JESUS exhorte longuement ses disciples à répondre à la haine par l’amour (Luc 6,27-35 ; cf. Matthieu 5,43-48). Placé à cet endroit, ce texte fait comprendre que Luc voit dans l’amour des adversaires le trait spécifique des disciples du Christ.

Les paroles de JESUS indiquent deux façons de vivre. La première est celle des « pécheurs », autrement dit, de ceux qui se comportent sans référence à Dieu et à sa Parole. Eux agissent envers les autres en fonction de la manière dont ceux-ci les traitent, leur action est en fait une ré-action. Ils divisent le monde en deux groupes, leurs amis et ceux qui ne le sont pas, et font preuve de bonté uniquement à l’égard de ceux qui sont bons envers eux. L’autre façon de vivre ne désigne pas en premier lieu un groupe d’humains, elle se réfère à Dieu lui-même. Dieu, pour sa part, ne réagit pas selon la manière dont on le traite : au contraire, « il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants » (Luc 6,5).

JESUS met ainsi le doigt sur la caractéristique essentielle du Dieu de la Bible. Source débordante de bonté, Dieu ne se laisse pas conditionner par la méchanceté de son vis-à-vis. Même oublié, même bafoué, Dieu continue à être fidèle à lui-même, il ne peut qu’aimer. Cela est vrai depuis la première heure. Des siècles avant la venue du Christ JESUS, un prophète explique que, à la différence des hommes, Dieu est toujours prêt à pardonner : « Vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes voies ne sont pas vos voies » (Isaïe 55,7-8). Le prophète Osée, de son côté, entend le Seigneur lui dire : « Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère… car je suis Dieu et non pas homme » (Osée 11,9). En un mot, notre Dieu est miséricordieux (Exode 34,6 ; Psaume 86,15 ; 116,5 etc.), « il ne nous traite pas selon nos péchés, ne nous rend pas selon nos fautes » (Psaume 103,10).

La grande nouveauté de l’Évangile n’est pas tant que Dieu est Source de bonté, mais que les humains peuvent et doivent agir à l’image de leur Créateur : « Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux ! » (Luc 6,36). Par la venue parmi nous de son Fils, cette Source de bonté nous est désormais accessible. Nous devenons à notre tour des « fils du Très Haut » (Luc 6,35), des êtres capables de répondre au mal par le bien, à la haine par l’amour. En vivant une compassion universelle, en pardonnant à ceux qui nous font du mal, nous témoignons que le Dieu de miséricorde est là au cœur d’un monde marqué par le rejet de l’autre, par le mépris de celui qui est différent.

Impossible pour les humains livrés à leurs propres forces, l’amour des ennemis témoigne de l’activité de Dieu lui-même au milieu de nous. Aucun commandement extérieur ne le rend possible. Seul la présence dans nos cœurs de l’amour divin en personne, l’Esprit Saint, nous permet de le faire. Cet amour est une conséquence directe de la Pentecôte. Ce n’est pas pour rien que le récit du premier martyr chrétien, Étienne, « rempli d’Esprit Saint » (Actes 7,55), se termine par ces paroles : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché » (Actes 7,60). À l’instar de JESUS lui-même (cf. Luc 23,34), le disciple fait rayonner dans le sombre pays de la violence la lumière de l’amour divin.

Pourquoi saint Jean ne parle-t-il pas de l’amour des ennemis ?

Tandis que les Évangiles de Matthieu et de Luc mettent l’accent sur la nécessité d’un amour qui dépasse le cercle de ceux qui sont du même bord pour englober même les opposants, les écrits de saint Jean parlent uniquement de l’amour entre les disciples. Faudrait-il conclure que la visée de Jean est plus limitée ?

Pour Jean comme pour l’ensemble du Nouveau Testament, la mission de JESUS est universelle. Il est le Verbe de Dieu « qui, en venant dans le monde, illumine tout homme » (Jean 1,9). Il est venu pour pardonner les péchés du monde entier (cf. 1 Jean 2,2). Nul n’est exclu de son amour : « Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et celui qui vient à moi, je ne le rejetterai pas » (Jean 6,37). « Sauveur du monde » (Jean 4,42), JESUS offre à chaque être humain l’eau vive qui donne la vie en plénitude.

Mais la vie que donne le Christ est « éternelle », c’est-à-dire qu’elle est la Vie même de Dieu. Elle consiste dans une existence partagée avec Dieu qui a pour nom la communion. Cette communion est en premier lieu une réalité en Dieu, le courant de vie entre le Père et le Fils, et elle s’exprime sur la terre par une communion entre les humains qui accueillent l’Évangile (cf. 1 Jean 1,3). Ceux qui entrent dans cette communion laissent loin derrière eux une existence inauthentique parce que prétendument autosuffisante ; en termes johanniques, ils sont nés de Dieu (cf. Jean 1,13 ; 3,3-8) et ne sont plus « du monde » (cf. Jean 17,16).

C’est dans ce contexte que se situe l’enseignement johannique sur l’amour. Pour Jean, l’amour est une traduction, « en actes et en vérité » (1 Jean 3,18), de cette communion en Dieu. Il est donc par essence réciproque, celui à qui il est offert doit l’accueillir pour le donner à son tour. Cela est vrai d’abord en Dieu, ensuite en nous : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés : demeurez dans mon amour » (Jean 15,10). Nous demeurons dans cet amour en vivant le « commandement nouveau » : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13,34 ; cf. 15,10.17). De cette façon, l’amour entre les disciples du Christ devient le signe par excellence de la présence de Dieu au cœur du monde (cf. Jean 13,35).

Si Jean insiste tant sur l’amour réciproque des disciples, ce n’est donc aucunement pour restreindre l’amour à un petit groupe de ceux qui pensent de la même façon. La visée de cet amour reste universelle, « pour que le monde croie » (Jean 17,21 et 23), pour que les humains s’ouvrent à la présence de Dieu et entrent dans sa communion. Mais le seul signe vraiment convaincant de cette présence, de cette communion, est un amour donné et accueilli, un amour « accompli » (1 Jean 4,12 ; cf. 2,5 ; 4,17 et 18). Cet amour, loin d’être un simple sentiment, réconcilie les oppositions et crée une communauté fraternelle à partir d’hommes et de femmes les plus divers ; de la vie de cette communauté sort une force d’attraction qui peut bouleverser les cœurs. Pour saint Jean, c’est ainsi que Dieu aime le monde de façon efficace (cf. Jean 3,16), non pas directement, car Dieu ne peut forcer les cœurs et il y a une incompatibilité foncière entre le monde fermé à Dieu et son amour (cf. 1 Jean 2,15), mais en plaçant au cœur du monde un ferment de communion, l’amour fraternel, capable de pénétrer et de faire lever toute la pâte.

Lettre de Taizé : 2003/4







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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Ven 22 Jan 2016, 8:37 pm




La miséricorde


« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Matthieu 5, 7). Aux miséricordieux, JESUS ne promet rien d’autre que ce qu’ils vivent déjà : la miséricorde. Dans toutes les autres béatitudes, la promesse contient un plus, mène plus loin : ceux qui pleurent seront consolés, les cœurs limpides verront Dieu. Mais qu’est-ce que Dieu pourrait donner de plus aux miséricordieux ? La miséricorde est plénitude de Dieu et des humains. Les miséricordieux vivent déjà de la vie même de Dieu.

« Miséricorde » est un vieux mot. Au cours de sa longue histoire, il a pris un sens très riche. En grec, langue du Nouveau Testament, miséricorde se dit éléos. Ce mot nous est familier dans la prière Kyrie eleison, qui est un appel à la miséricorde du Seigneur. Éléos est la traduction habituelle, dans la version grecque de l’Ancien Testament, du mot hébreu hésèd. C’est un des plus beaux mots bibliques. Souvent, on le traduit tout simplement par amour.

Hésèd, miséricorde ou amour, fait partie du vocabulaire de l’alliance. Du côté de Dieu, il désigne un amour inébranlable, capable de maintenir une communion pour toujours, quoi qu’il arrive : « Mon amour ne s’écartera pas de toi » (Isaïe 54, 10). Mais comme l’alliance de Dieu avec son peuple est une histoire de ruptures et de recommencements dès le départ (Exode 32 – 34), il est évident qu’un tel amour inconditionnel suppose le pardon, il ne peut être que miséricorde.

Éléos traduit encore un autre mot hébreu, celui de rahamîm. Ce mot va souvent de pair avec hésèd mais est plus chargé d’émotions. Littéralement, il signifie les entrailles, c’est une forme plurielle de réhèm, le sein maternel. La miséricorde, ou la compassion, est ici l’amour ressenti, l’affection d’une mère pour son petit enfant (Isaïe 49, 15), la tendresse d’un père pour ses fils (Psaume 103, 13), un amour fraternel intense (Genèse 43, 30).

La miséricorde, au sens biblique, est bien plus qu’un aspect de l’amour de Dieu. La miséricorde est comme l’être même de Dieu. Par trois fois devant Moïse, Dieu prononce son nom. La première fois, il dit : « Je suis qui je suis » (Exode 3, 14). La deuxième fois : « Je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséricorde » (Exode 33, 19). Le rythme de la phrase est le même mais la grâce et la miséricorde se substituent à l’être. Pour Dieu, être qui il est, c’est faire grâce et miséricorde. Ce que confirme la troisième proclamation du nom de Dieu : « Le Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en miséricorde et en fidélité » (Exode 34, 6).

Cette dernière formule a été reprise dans les prophètes et dans les psaumes, en particulier dans le psaume 103 (verset 8). Dans sa partie centrale, (versets 11 à 13), ce psaume s’émerveille de l’envergure inouïe de la miséricorde de Dieu. « Comme est la hauteur des cieux sur la terre, sa miséricorde… » : elle est la hauteur de Dieu, sa transcendance. Mais elle est aussi son humanité, si l’on ose dire : « Comme est la tendresse d’un père pour ses fils… ». Si transcendante et si proche à la fois, elle est capable d’enlever tout mal : « Comme est loin l’orient de l’occident, il éloigne de nous nos péchés. »

La miséricorde est ce qu’il y a de plus divin en Dieu, elle est aussi ce qu’il y a de plus accompli en l’homme. « Il te couronne de miséricorde et de tendresse », dit encore le psaume 103. Il faut lire ce verset à la lumière d’un autre verset du psaume 8 où il est dit que Dieu couronne l’être humain « de gloire et de beauté ». Créés à son image, les humains sont appelés à partager la gloire et la beauté de Dieu. Mais c’est la miséricorde et la tendresse qui nous font réellement participer à la vie même de Dieu.

La parole de JESUS : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6, 36) fait écho à l’ancien commandement : « Soyez saints comme moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lévitique 19, 2). À la sainteté, JESUS a donné le visage de la miséricorde. C’est la miséricorde qui est le plus pur reflet de Dieu dans une vie humaine. « Par la miséricorde envers le prochain tu ressembles à Dieu » (Basile le Grand). La miséricorde est l’humanité de Dieu. Elle est aussi l’avenir divin de l’homme.



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RAMOSI
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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Mar 02 Fév 2016, 8:29 pm




La miséricorde

Si Dieu est miséricordieux, pourquoi la Bible contient-elle des menaces ?


La Bible nous dessine le portrait d’un Dieu qui est Amour et qui veut pour les humains une vie surabondante. Si cette certitude vient à nous grâce au Christ JESUS, elle se trouve déjà en filigrane dans les Écritures d’Israël. La Bible commence par le récit de la création, mettant en scène un Dieu qui, loin de garder ses biens jalousement pour lui, désire tout partager avec les autres êtres qu’il appelle à l’existence. Nous trouvons par la suite le cœur de la foi d’Israël, l’épopée de Dieu qui libère un groupe d’esclaves et en fait son peuple à lui, appelé à être, par la qualité de leur vie ensemble, un signe de sa présence et de sa compassion au milieu de sa création.

Même plus : Dieu ne renonce jamais à son projet d’amour. Quand son peuple s’éloigne de lui, il continue à chercher le moyen de le remettre sur le bon chemin. Toujours prêt à pardonner, à la différence des humains (voir Isaïe 55, 6-9), il se révèle comme « le Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (Psaume 86, 15).
Si l’on décrit Dieu comme « lent à la colère », peut-il se mettre quand même en colère ? Lors de la traversée du désert, nous lisons à plusieurs reprises que « la colère du Seigneur s’enflamma contre son peuple » désobéissant (Nombres 11,33 ; cf. 11, 1 ; 12, 9). En outre, dans les livres prophétiques, nous voyons parfois les hommes de Dieu s’insurger contre les fautes du peuple avec verve et même un certain emportement. Or, de nos jours, on voit mal comment les menaces et la colère pourraient aller de pair avec un Dieu de tendresse et de pardon.

Il ne faut pas, cependant, voir « la colère de Dieu » et son pardon comme diamétralement opposés, mais plutôt comme les deux faces d’une seule et même réalité. La notion de « colère », appliquée à Dieu, veut souligner le fait que son amour ne saurait rien tolérer qui fasse obstacle à la vie ou la détruise, en bref ce qu’on appelle le mal. Si Dieu aime véritablement, il ne peut rester indifférent en voyant cet amour bafoué, rejeté, car ce serait alors se résigner au fait que va échouer le dessein de donner la vie en plénitude.

Quand la Bible nous présente des paroles apparemment dures, elles sont à interpréter comme le cri du cœur – de Dieu ou de son porte-parole – indiquant les conséquences du rejet d’un amour toujours offert. Loin de contredire l’amour, ce qu’on appelle « la colère de Dieu » est paradoxalement une expression de cet amour, mis provisoirement en échec par la liberté humaine. Mais alors la question se pose : si Dieu est Amour, cet amour ne doit-il pas à la fin vaincre toutes les résistances ? Le vrai problème n’est pas tant de savoir s’il y a de la colère en Dieu, mais comment cette colère peut être efficace, éliminant le mal sans faire violence à la liberté de son vis-à-vis.

L’Évangile permet-il de résoudre le dilemme d’un amour refusé ?

La vision biblique de Dieu semble nous placer devant un dilemme : d’un côté Dieu ne peut qu’aimer, de l’autre il ne peut tolérer le mal. Dans le langage de la Bible, l’amour divin semble voué à se dédoubler en miséricorde et en colère, sans que l’une ne puisse jamais recouvrir totalement l’autre.

C’est l’expérience des prophètes qui indique une issue à ce dilemme. D’abord celle d’Osée, lui qui est obligé d’épouser une femme infidèle. Blessé par l’infidélité de son épouse, le prophète la menace, mais il se rend vite compte qu’à cause de son amour pour elle, en lui faisant mal il se ferait autant – si ce n’est plus – de mal à lui-même. Il saisit ainsi que ce que les humains éprouvent comme la colère divine n’est en fait que la face extérieure de la souffrance qu’a Dieu de voir son amour rejeté.

Le prophète Jérémie poursuit dans cette ligne. Face au refus du peuple d’écouter les mises en garde qu’il doit proclamer au nom de Dieu, Jérémie est écartelé en sa propre chair par l’opposition entre les deux : « Que mes yeux versent des larmes, jour et nuit sans tarir, car d’une grande blessure est blessée la vierge fille de mon peuple » (14, 17). Il devient, par sa douleur intérieure, le trait d’union entre ses compatriotes et son Dieu.
Encore un pas, et nous arrivons à la figure mystérieuse du Serviteur du Seigneur (Isaïe 53). Tout comme Jérémie, cet homme innocent, l’envoyé de Dieu, prend sur lui la souffrance inavouée des coupables, mais en plus, cette souffrance assumée permet leur guérison. C’est comme si le pardon pouvait seulement arriver à son but s’il ne tombe pas d’en haut mais passe par le bas, s’il s’exprime par une solidarité vécue avec les faiseurs de mal, jusqu’au bout.

Cette évolution nous donne la clef pour comprendre le sort de JESUS : « Le Christ a souffert pour vous […] lui qui n’a pas commis de faute ; lui qui insulté ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice ; lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris » (1 Pierre 2,21-24).

Dans le don de la vie du Christ, nous entrevoyons ainsi ce que saint Jean, dans un raccourci saisissant, appelle « la colère de l’Agneau » (Apocalypse 6, 16). Si la « colère divine » est un autre nom pour la passion d’un amour refusé, cet amour peut être efficace uniquement s’il assume pleinement les conséquences d’un tel refus. La colère doit donc se muer en souffrance par solidarité, s’identifiant ainsi à l’extrême de la miséricorde. N’offrant aucune résistance au mal, le Christ l’engouffre dans un abîme de bonté. La mort perd son aiguillon (voir 1 Corinthiens 15, 54-57) pour devenir un chemin vers la Vie.


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MessageSujet: Re: Questions sur la Foi et la Bible   Sam 13 Fév 2016, 8:16 pm




La présence de Dieu

Si Dieu est présent en chacun, qu’est-ce que la foi apporte de plus ?

Face au miracle de la vie, de notre corps si complexe et si bien « tissé » (Ps 139), beaucoup de gens se disent qu’en l’être humain se trouve une sorte d’étincelle divine pour le faire vivre. C’est étonnant que notre mentalité moderne si marquée par la science retombe sur les mêmes conclusions que la « médecine » de l’Ancien Testament. Oui, selon la Bible, Dieu donne un Souffle à l’être humain, et dans ce Souffle de vie Dieu peut se rendre présent. (voir Genèse 2). Souffle et Esprit sont un seul et même mot dans l’hébreu biblique. Le désir du croyant, c’est que Dieu nous habite par son Esprit « qui se joint au nôtre » (Romains 8,16) pour « l’unir au Seigneur et ne faire avec lui qu’un seul esprit » (1 Corinthiens 6,17).
Si donc nous avons Dieu en nous et que tout semble déjà donné, à quoi cela peut-il bien servir d’avoir la foi ?
Lors de la rencontre européenne de Bruxelles, le Cardinal Danneels s’est adressé aux participants dans ces termes : « Je rends grâces à Dieu parce que tous les soirs, à deux pas de l’Atomium, qui est le symbole des hommes qui scrutent la matière jusqu’en ses profondeurs, 40 000 jeunes sont venus ici pour scruter les choses de Dieu. Dans les moments de silence au cœur des célébrations, l’Esprit Saint crée en nous un creux, une sorte de petite crèche où l’Enfant JESUS peut naître. »
Il est si facile de remplir les « creux » par des besoins artificiels. C’est peut-être justement en cela que la foi est essentielle : c’est elle qui débouche les désirs de l’âme. La foi est attente, « elle est la garantie des biens que l’on espère, la réalité des choses qu’on ne voit pas » (Hébreux 11,1), et en cela, elle enseigne à l’âme à désirer. Et comme dit saint Augustin : « Dieu, en faisant attendre, étend le désir ; en faisant désirer, il étend l’âme ; en étendant l’âme, il la rend capable de recevoir. » (Commentaire d’I Jean, 4, 6)
La présence de Dieu en nous est aussi appel. Dieu nous appelle, non pas seulement à le recevoir, mais à « devenir semblables à lui » (1 Jean 3,2). Dès le IIe siècle, saint Irénée de Lyon ose affirmer : « Le Fils de Dieu s’est fait homme pour quel l’homme devienne Fils de Dieu. » (Contre les hérésies, III, 10, 2). Par le Fils, l’Esprit s’est préparé à habiter tout être humain : « L’Esprit est aussi descendu sur le Fils de Dieu devenu fils de l’homme, s’habituant avec lui à habiter dans le genre humain, à se reposer parmi les hommes. » (III, 17, 1). La foi est la participation active de notre désir à cette transfiguration. Elle est désir de devenir fils dans le Fils, de participer activement à l’œuvre de Dieu.



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Questions sur la Foi et la Bible

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