La dérive serait aussi de clôner les membres ou les organes malades et ce serait la course vers l'immortalité...
Ces enfants qui naissent porteurs d'espoir dans des fratries frappées par une maladie familiale grave. Et qui en même temps peuvent aider un aîné à survivre, n'est-ce pas un double cadeau de vie?
Il n'y en a eu que 30 en Belgique depuis 2005. On ne choisit qu'avec une grande prudence cette façon de porter la vie. Mais je ne vois pas pourquoi une famille chrétienne éprouvée n'opterait pas pour cette petite astuce contre le malheur.
La position des moralistes (même ceux qui ne sont pas chrétiens) sur ce sujet est celle d'une grand réticence à envisager que l'on puisse faire un enfant (à l'aide des techniques de PMA : fécondation in vitro, sélection d'un embryon indemme d'une maladie dont est atteint une soeur ou un frère aîné et sélection en plus d'un embryon compatible avec la greffe à l'enfant malade) en vue de soigner un autre être humain.
Bien entendu, le motif général qui aboutit à ces prouesses techniques est altruiste (soigner un enfant malade). Mais le fond du problème est celui de la dignité. Est-ce digne qu'un être humain soit conçu uniquement en vue de traiter son frère ou sa soeur ?
Soit on pense que la dignité d'un être humain est irréductible à son "utilité" (doctrine de l'utilitarisme) ou alors on pense le contraire.
Le problème de l'utilitarisme est qu'on ne sait plus très bien quand çà s'arrête : si l'être humain n'a de valeur que pour ce que quelqu'un veut en faire (fut-ce ce quelqu'un être son père ou sa mère) alors que faire de ces êtres dont personne ne veut, parce que personne n'est capable de leur trouver une "utilité" : handicapés profonds, malades incurables, vieux déments... sans parler du problème effroyablement compliqué des embryons congelés sans projet parental, mais là tout dépend du statut de l'embryon et c'est une autre histoire.
L'éthique (et plus précisément la bioéthique) est une discipline irritante pour les praticiens parce qu'elle prend des problèmes pratiques, concrêts, inventés pour résoudre un problème de soin pour les confronter à un point de vue général (le bien, la dignité, qu'est-ce qu'un être humain ? ...) En général, la plupart des praticiens considèrent qu'à partir du moment où l'on apporte une réponse à une souffrance, on est forcément éthique.