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 HISTOIRE : LES PRÉCURSEURS DE LA REFORME

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Sophiea37
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Date d'inscription : 17/08/2010
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R E L I G I O N : Pas de religion : chrétienne convertie et née de nouveau

MessageSujet: HISTOIRE : LES PRÉCURSEURS DE LA REFORME    Ven 27 Aoû 2010, 10:11 pm

1.4   Les Précurseurs de la Réformation

Comme nous l’avons vu, la main impitoyable de l’Église de Rome — cette sainte Mère, comme elle se nommait — s’appesantissait partout et sur tous ceux qui ne pliaient pas le genou devant elle, et qui rejetaient sa suprématie et ses doctrines antichrétiennes. « Hors d’elle, point de salut », affirmait-elle ; et ce salut n’était pas le salut par grâce, mais un salut acheté par des œuvres, dispensé par les prêtres, intermédiaires soi-disant entre Dieu et les hommes, dominant les consciences et assumant, pour maintenir leur prestige et leur autorité, la prétention blasphématoire de transformer, par des paroles consacrées, le pain et le vin de la Cène dans la personne de Christ, chair, sang, âme et divinité ! À la tête de ce système d’iniquité, qui enlaçait les âmes et les maintenait dans les ténèbres, le pape étendait sa domination non seulement sur le clergé, archevêques, évêques et prêtres, et sur les laïques, mais prétendait régenter les princes, les rois et les empereurs. La prison, le fer et le feu, avaient bientôt raison de ceux qui ne pliaient pas sous ce pouvoir redoutable, les hérétiques, comme Rome les nommait, et nomme tous ceux qui, s’attachant à la parole de Dieu, rejettent ses erreurs.
Toutefois, en dépit de toutes les rigueurs, de toutes les persécutions, il y eut toujours, comme nous l’avons vu, un témoignage pour la vérité, une lumière plus ou moins brillante au milieu des ténèbres, plus ou moins pure au sein de la corruption, des témoins fidèles, bravant tout pour Christ, et souffrant et mourant pour maintenir ce qu’ils avaient appris de cette parole de Dieu que le clergé cachait au peuple. C’était le petit résidu de Thyatire, protestant contre les abominations de Jésabel (Apocalypse 2:24).
Mais Dieu ne voulait pas que les ténèbres continuassent à peser sur le monde. Il allait susciter des hommes, ses serviteurs, qu’il soutiendrait par sa puissance contre Rome et les grands de la terre, qui remettraient en lumière pour tous sa Parole, la Bible, sur laquelle ils s’appuieraient, et qui annonceraient l’Évangile du salut par la foi en Jésus.
C’est le temps de cette œuvre puissante de l’Esprit de Dieu que l’on nomme la Réformation. Mais comme l’aube précède et annonce le jour, il y eut avant les grands réformateurs que Dieu suscita, tels que Luther, Calvin, et autres, les précurseurs qui préparèrent la voie. Parmi eux se trouvent surtout Wiclef en Angleterre et Jean Huss en Bohême. Nous dirons quelques mots de ce que Dieu opéra par leur moyen.
 
1.4.1        Wiclef

Nous avons vu comment l’Église de Rome réussit à se soumettre peu à peu l’Angleterre. Elle y domina longtemps, non sans qu’il y eût des protestations contre sa suprématie, et des efforts faits contre l’autorité qu’elle s’attribuait même sur les rois. Plus d’un conflit eut lieu entre le pouvoir royal et la papauté ; le premier résistant à la prétention du pape d’être le suzerain du roi qui n’aurait été que son vassal ; mais l’Église n’avait rien perdu de son ascendant sur le peuple.
Avant que Wiclef parût sur la scène, il y avait eu en Angleterre des évêques même qui s’élevèrent contre la tyrannie de Rome. Parmi eux un des plus remarquables fut un évêque de la ville de Lincoln, Robert Grosse-Teste, qui vivait dans la première moitié du 13° siècle. Il était un homme pieux et énergique ; mais en même temps très humble. Il était savant et lisait les Écritures dans les langues originales. Il reconnaissait leur souveraine autorité et la mettait au-dessus de celle du pape. C’était dans le temps où le pape Innocent III venait de se proclamer « vicaire de Dieu sur la terre », que Grosse-Teste écrivait : « Suivre un pape rebelle à la volonté de Christ, c’est se séparer de Christ et de son corps, et s’il vient un temps où tous suivent un pontife égaré, ce sera la grande apostasie. Les vrais chrétiens refuseront alors d’obéir, et Rome sera la cause d’un grand schisme ». Ne semble-t-il pas annoncer la Réformation près de trois siècles à l’avance ?
Grosse-Teste désirait sérieusement la réforme des abus qu’il voyait dans l’Église, mais la tâche était trop grande ; pour réformer il aurait fallu se séparer, et le temps n’était pas venu. Deux grands ordres de moines mendiants venaient de se former, les Dominicains et les Franciscains. D’abord Grosse-Teste les avait favorisés, mais il vit bientôt quels abus il y avait parmi eux, et le besoin qu’ils avaient aussi de réformes. Il s’en occupa et les serra de près. Alors ils en appelèrent au pape. Celui-ci qui était alors à Lyon, obligea l’évêque à se présenter devant lui. Mais le pape, gagné par l’argent que les moines lui avaient donné, décida en leur faveur contre Grosse-Teste. En vain l’évêque rappela-t-il au pape ses lettres et ses promesses ; Innocent IV lui répondit : « Nous sommes disposés à les favoriser : ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » (*). Combien cette citation profane de l’Écriture dut choquer le pieux évêque ! « Ô argent », dit-il en soupirant, « combien ton pouvoir est grand, surtout à la cour de Rome ! » N’est-il pas étrange que cette scène n’ait pas ouvert complètement les yeux de l’évêque sur l’apostasie de Rome ?
 
(*) Le pape s’appliquait le passage de Matthieu 20:15.

Peu de temps après, le pape envoya en Angleterre, pour remplir des places vacantes, des prêtres italiens qui ne savaient pas un mot d’anglais. En même temps il commanda à Grosse-Teste de donner à un jeune garçon, son neveu, un riche canonicat à la cathédrale de Lincoln. L’évêque refusa énergiquement, en disant : « Après le péché du diable, il n’y en a pas de plus opposé à l’Écriture que celui qui perd les âmes en leur donnant un ministère infidèle. Ce sont les mauvais pasteurs qui sont la cause de l’incrédulité, des hérésies et des désordres. Quand le premier des anges m’ordonnerait un tel péché, je devrais m’y refuser. Mon obéissance me défend d’obéir, c’est pourquoi je me rebelle ». Son obéissance à la parole de Dieu lui défendait d’obéir au pape. Ce fut le grand principe de la Réformation ; c’est celui qui doit nous guider — obéir à la parole de Dieu.
Le pape fut indigné. « Quel est ce vieux radoteur », dit-il, « qui ose juger mes actions ? Par saint Pierre et saint Paul, si ma générosité ne me retenait pas, je ferais de lui un exemple et un spectacle à toute l’humanité. Le roi d’Angleterre n’est-il pas mon vassal et mon esclave ? Et si je lui disais un mot, ne le jetterait-il pas en prison, chargé de honte et d’infamie ? ». Les cardinaux cherchèrent à l’apaiser. Ils lui firent remarquer que l’évêque était un saint homme et que sa lettre était vraie, et que le persécuter ferait appeler le mépris sur lui-même. Innocent ne les écouta pas, excommunia l’évêque et en nomma un autre à sa place. Mais comme les cardinaux le lui avaient dit, on ne tint nul compte de ses actes, et Grosse-Teste conserva son siège épiscopal jusqu’à sa mort en 1253.
Innocent voulut se venger sur les restes du pieux évêque et pensait à le faire exhumer, lorsqu’une nuit, raconte le chroniqueur Matthieu Pâris, Grosse-Teste lui apparut, s’approcha de son lit, le frappa de sa crosse, et lui dit d’une voix terrible et avec un regard menaçant : « Misérable ! le Seigneur ne permet pas que tu aies quelque pouvoir sur moi. Malheur à toi ! ». Le pape poussa un cri et resta à demi mort. Dès lors il n’eut plus une nuit tranquille, et mourut un an après Grosse-Teste, en faisant retentir son palais de ses gémissements.
Quelle manière d’agir, en vérité ! Traiter le roi d’Angleterre comme étant son vassal et son esclave ! Mais c’était depuis Grégoire VII la prétention des chefs de l’Église de Rome de dominer sur le pouvoir temporel. Quant à Grosse-Teste, sur son lit de mort, il déclarait encore qu’une « hérésie était une opinion conçue par des motifs charnels et contraire à l’Écriture, ouvertement enseignée et obstinément défendue », tandis que Rome traite d’hérésie tout ce qui est contraire à ses enseignements, quand bien même ceux-ci sont en opposition avec la parole de Dieu. Grosse-Teste fut une lumière dans ce temps de ténèbres. Son attachement à la parole de Dieu et son opposition à l’erreur furent remarquables ; il était capable de montrer à d’autres le chemin du salut, et bien que nous ignorions jusqu’où s’étendit son influence, sa trace ne fut certainement pas perdue pour les siècles suivants.
Dans la première moitié du 14° siècle vécut en Angleterre un autre pieux prélat, nommé Bradwardine. C’était un homme savant dans les sciences, particulièrement dans les mathématiques, mais il était aussi versé dans les Écritures. Il avait d’abord enseigné comme docteur à l’université d’Oxford, puis avait accompagné comme chapelain le roi d’Angleterre Édouard III, dans les guerres de celui-ci contre la France. Très humble et simple dans ses manières et dans sa vie, il avait d’abord été orgueilleux de sa science, et par elle éloigné de la croix de Christ. Il se confiait dans sa raison pour connaître la vérité, et pensait que l’homme, par sa propre force, pouvait faire quelque chose pour son salut. C’est ce que Pélage (*) autrefois avait enseigné, et sa doctrine, d’abord combattue, s’était glissée et prévalait dans l’Église romaine. Un jour qu’à genoux dans l’église, il écoutait la lecture des saintes Écritures, il fut frappé par ce passage : « Ce n’est pas de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Romains 9:16). Le salut ne vient ni de la volonté, ni des efforts de l’homme, mais de la miséricorde de Dieu, de sa pure et souveraine grâce. Il ne voulut pas d’abord se soumettre à cette vérité qui humilie l’orgueil de l’homme en lui montrant qu’il ne peut rien et qu’il n’est rien. Mais il ne put pas résister à la puissance de la parole de Dieu, et il fut converti à la grande et précieuse doctrine de la grâce qui seule sauve le pécheur. Il se mit aussitôt à enseigner ce qu’il avait reçu. Il s’occupait peu des traditions des hommes, mais il était pénétré de l’Écriture et s’affligeait de voir l’Église romaine mettre à la place de la pure grâce de Dieu pour le salut les efforts et les œuvres de l’homme.
(*) Nous avons parlé de Pélage à propos d’Augustin. Il vivait à la fin du 4° et au commencement du 5° siècle.

« Comme autrefois quatre cent cinquante prophètes de Baal s’élevaient contre un seul prophète de Dieu », disait-il, « qu’ils sont nombreux ceux qui, aujourd’hui, combattent avec Pélage contre ta grâce gratuite ! Ils prétendent non recevoir gratuitement la grâce, mais l’acheter. La volonté de l’homme doit précéder, disent-ils, et la tienne doit suivre. La leur est la maîtresse, et la tienne la servante. Le monde presque entier marche dans l’erreur de Pélage. Lève-toi donc, Seigneur, et juge enfin ta cause ! » On voit que Bradwardine avait compris les paroles de l’apôtre Paul : « Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Éphésiens 2:8) et encore : « Étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus » (Romains 3:24). Le Seigneur devait se lever, en suscitant d’abord Wiclef et ses disciples, et plus tard Luther et les autres réformateurs, dont la doctrine fondamentale serait, d’après les Écritures, le salut gratuit par la grâce et non acheté par des œuvres. Quant au pieux Bradwardine, qui avait combattu pour cette précieuse vérité, il venait d’être nommé archevêque de Canterbury, lorsqu’il mourut en 1349.
Occupons-nous maintenant de Wiclef. Il était né en 1324, dans un village du comté d’York, nommé Wycliffe. C’est de là qu’il tira son nom. Il était Jean de Wycliffe. Il étudia à Oxford au collège de Merton, et avait pu y entendre les enseignements de Bradwardine et en profiter. Pendant qu’il était encore étudiant en 1345, une peste terrible ravagea l’Asie, l’Europe, et sévit aussi fortement en Angleterre. Ce jugement de Dieu saisit profondément Wiclef. Effrayé à la pensée de l’éternité, troublé dans son âme à la vue de ses péchés et dans l’attente du jugement, il demandait à Dieu ce qu’il fallait faire, et Dieu lui répondit par sa sainte Parole. Il trouva la paix, et ce qu’il avait appris, il résolut de le faire connaître à d’autres, mais il commença avec prudence.
En 1361, ayant été choisi comme chef ou directeur du collège de Balliol, il se mit à exposer plus énergiquement la parole de Dieu et les doctrines de la foi. Dans la semaine, il les expliquait et les démontrait aux étudiants, et le dimanche il les prêchait au peuple dans un langage simple. Sa piété et sa droiture, aussi bien que sa science, donnaient un grand poids à sa parole. Il accusait le clergé d’avoir mis de côté les saintes Écritures, et demandait que l’autorité de la parole de Dieu fût rétablie dans l’Église.
À cette époque aussi, Wiclef s’élevait avec force contre les différents ordres de moines mendiants (*) et surtout contre les franciscains, tout dévoués au pape. Il les représente s’efforçant, par des fraudes pieuses, d’accaparer les richesses du pays en dépouillant riches et pauvres. « Chaque année », disaient-ils, « saint François descend du ciel au purgatoire, et délivre les âmes de tous ceux qui ont été ensevelis sous l’habit de son ordre ». Évidemment pour obtenir une si grande faveur, il fallait payer. Nous avons là un exemple des mensonges qui se débitaient pour abuser de la crédulité du peuple. Ces moines, franciscains et autres, enlevaient les enfants à leurs parents et les enfermaient dans leurs cloîtres. Ils faisaient semblant d’être pauvres, et, la besace sur l’épaule, s’en allaient mendiant d’un air piteux, auprès des grands et des petits. Mais, en même temps, ils vivaient dans des demeures somptueuses où ils amassaient des richesses, se vêtant d’habits précieux, et passant leur temps dans des festins. Remplis d’orgueil, les moindres d’entre eux se tenaient pour des seigneurs et, s’il y en avait de plus instruits, ils s’estimaient autant que des rois. Tandis qu’ils se divertissaient et s’enivraient à leurs tables richement servies, ils envoyaient n’importe qui prêcher à leur place des fables et des légendes pour amuser et dépouiller le peuple. Si quelque seigneur parlait de donner ses aumônes aux pauvres et non aux moines, ceux-ci poussaient des cris contre une telle impiété et menaçaient le pays de toutes sortes de calamités. C’est Wiclef qui trace ainsi le tableau de la vie de ces moines mendiants et de la tyrannie qu’ils exerçaient sur la nation. Quoi d’étonnant à ce qu’il les stigmatisât et déclarât hautement leurs vices et les abus qu’ils se permettaient ! Ils entraînaient à leur perte les âmes que lui, éclairé par la parole de Dieu, désirait sauver.
 
(*) Les deux principaux ordres de moines mendiants étaient les franciscains et les dominicains. Le premier fut fondé par saint François d’Assise, appelé ainsi du nom de sa ville natale. Après une jeunesse dissipée, il fut saisi un jour en entendant lire ces paroles de Jésus au jeune homme riche : « Va, vends ce que tu as et donne aux pauvres ». François se voua à la pauvreté ; vêtu de haillons, mendiant pour vivre, il se mit à prêcher la pauvreté et la pénitence. Il avait de la piété, mais sans connaissance, et en même temps un esprit bizarre, rempli d’idées étranges. Il saluait les oiseaux et toutes les bêtes de la création comme des frères et des sœurs et leur adressait des discours. Son ascendant sur les foules était très grand, et ce qui l’augmentait encore, c’étaient les stigmates des cinq plaies de Jésus mort que l’on prétendait avoir été imprimées sur son corps par un séraphin. Tels sont les mensonges et les illusions dont Satan se sert pour séduire les âmes. Un grand nombre de disciples se rassemblèrent autour de François, et ils furent constitués en ordre par le pape Honorius III, en 1223. Ils devinrent la milice la plus dévouée aux papes. Mais ils ne gardèrent pas longtemps l’austérité recommandée par leur fondateur.
Nous avons parlé déjà de Dominique et des dominicains, agents principaux de l’inquisition.
 
En l’an 1365, Wiclef fut appelé à s’occuper d’un autre sujet. Le pape Urbain V réclama du roi Édouard III le paiement annuel de 1000 marcs que le roi Jean avait autrefois consenti à payer à Innocent III, comme tribut féodal, en se reconnaissant son vassal. Le pape sommait Édouard de le reconnaître comme souverain légitime de l’Angleterre, et, en cas de refus, le citerait à comparaître devant lui à Rome. Ces prétentions orgueilleuses soulevèrent une grande indignation en Angleterre.
Wiclef s’y opposa avec énergie et fit valoir tous les arguments qui militaient contre les exigences du pape. Il les fit connaître à plusieurs des membres du parlement qui s’était assemblé pour examiner cette affaire. Le parlement refusa de se rendre aux demandes du pape, et déclara qu’aucun prince n’avait le droit d’aliéner la souveraineté du royaume sans le consentement du peuple. Le pape vit qu’il était inutile d’insister, et s’efforça de conserver au moins son autorité spirituelle sur l’Angleterre. Une conférence se réunit à Bruges dans ce but. Wiclef y fut envoyé avec d’autres commissaires. Nous ne nous arrêterons pas sur ce qui fut traité dans cette conférence ; nous dirons seulement que ce séjour à l’étranger fut d’un grand profit à Wiclef. Ses yeux s’ouvrirent davantage à toute l’iniquité du système de la papauté, et il fut confirmé dans le jugement qu’il avait déjà porté sur elle.
À son retour en Angleterre, Wiclef fut nommé recteur de l’église de Lutterworth, et il se mit à prêcher avec hardiesse ses doctrines pour la réformation de l’Église. « L’Évangile », disait-il, « est l’unique source de la religion. Le pontife romain n’est qu’un coupeur de bourses. Loin d’avoir le droit de réprimander le monde entier, il peut être légitimement repris par ses inférieurs, et même par les laïques ». En appelant le pape un coupeur de bourses, il voulait dire qu’il cherchait à s’enrichir par toutes sortes de moyens, au détriment des princes et du peuple.
Le langage et les prédications de Wiclef alarmèrent le clergé et les partisans du pape. L’évêque de Londres, Courtenay, l’accusa d’hérésie, et Wiclef dut comparaître, en 1377, devant une assemblée du clergé, dans l’église de Saint-Paul. Un immense concours de peuple remplissait la cathédrale, foule composée en grande partie de fanatiques dévoués au pape. Wiclef s’avança entre le duc de Lancaster, régent du royaume et ami du réformateur, et Lord Percy, maréchal d’Angleterre. Ils eurent beaucoup de peine à se frayer un passage à travers cette foule animée de sentiments hostiles, et qui, si Wiclef eût été seul, lui aurait fait un mauvais parti. Enfin ils arrivèrent devant le clergé présidé par Courtenay. Celui-ci ne fut pas peu surpris de voir l’accusé se présenter sous la protection des deux plus puissants seigneurs du royaume. Il y eut entre l’évêque et les deux lords un échange de paroles aigres, et le duc de Lancaster, dans un moment d’irritation, dit à quelqu’un de sa suite : « Plutôt que de me soumettre à ce prêtre, je le tirerai par les cheveux à bas de sa chaire ». Mais ce propos fut entendu par d’autres, et un grand tumulte s’ensuivit. Les partisans de l’évêque se jetèrent sur les deux lords que leurs serviteurs et leurs amis défendirent ; à grand’peine purent-ils s’échapper. Wiclef était demeuré calme : on le renvoya en lui défendant de prêcher ses doctrines.
Mais il ne pouvait se taire. Il continua à prêcher et à dénoncer le mal de la papauté. En ce moment il y avait deux papes qui prétendaient chacun être le véritable chef de l’Église. Wiclef disait que les deux formaient un seul Antichrist. Il fut de nouveau cité devant l’évêque ; mais cette fois il vint seul, sans l’appui des grands seigneurs. On s’attendait à le voir dévoré, dit un historien, car il entrait dans la fosse aux lions. Mais comme autrefois Daniel et Paul, il fut délivré de la gueule du lion (*). À peine l’évêque avait-il commencé de procéder contre Wiclef, que sir Clifford entra et, de la part de la reine mère qui aimait Wiclef, défendit de continuer. Le clergé fut confondu ; il n’avait aucun pouvoir pour résister. Wiclef se retira en déposant une protestation : « J’ai le désir et l’intention », disait-il, « par la grâce de Dieu, d’être un vrai chrétien, et, aussi longtemps que je respirerai, de professer et de défendre la loi de Christ ».
 
(*) Daniel 6:20-22 ; 2 Timothée 4:17.

Dès lors Wiclef ne s’occupa plus autant de la politique que devait suivre l’Angleterre à l’égard du pape. Il se livra plus entièrement à l’œuvre de l’évangélisation dont la valeur s’accrut à ses yeux. Il désirait que l’Évangile fût annoncé jusque dans les moindres hameaux. Les moines parcouraient bien le pays en prêchant les absurdes légendes des saints, pourquoi ne répandrait-on pas partout l’Évangile ? Il s’adressa à ses disciples et leur dit : « Allez et prêchez ; c’est l’œuvre la plus sublime. Mais n’imitez pas les prêtres que l’on voit après le sermon assis dans les cabarets, à la table de jeu, ou perdant leur temps à la chasse. Quant à vous, après avoir prêché, visitez les malades, les vieillards, les pauvres, les aveugles et les infirmes, et secourez-les selon votre pouvoir ».
Les évangélistes de Wiclef, les pauvres prêtres, comme on les nommait, s’en allèrent donc, le bâton à la main, pieds nus, vêtus d’une robe d’étoffe grossière, vivant d’aumônes, et prêchant l’Évangile dans les champs, au bord des routes, dans les cimetières, près des villages, partout où ils trouvaient des auditeurs. Wiclef leur avait enseigné que le salut ne vient ni des anges, ni des saints, mais qu’il est en Christ seul. « Un ange », disait-il, « n’aurait pu faire propitiation pour l’homme, car la nature qui a péché n’est pas celle des anges. Le Médiateur devait être un homme ; mais tout homme étant redevable à Dieu de tout ce qu’il est capable de faire, il fallait que le Médiateur eût un mérite infini et fût en même temps Dieu ».
Le clergé régulier s’alarma et obtint une loi qui ordonnait à tout officier du roi de jeter en prison les prédicateurs. Aussi, dès que paraissait un pauvre prêtre pour prêcher, les moines qui se tenaient cachés pour l’épier, allaient chercher main-forte afin de l’arrêter. Mais souvent, aussitôt que les sergents s’approchaient, le peuple se serrait autour du prédicateur et formait une forte barrière pour empêcher qu’il fût molesté. Ainsi, par le moyen de ces prédicateurs dévoués, l’Évangile se répandait de plus en plus et atteignait jusqu’aux endroits les plus reculés du pays. Le jour à venir révélera seul les fruits de ces semailles de la parole de Dieu.
Outre son œuvre d’évangélisation, Wiclef s’acquittait à Oxford de ses fonctions de professeur. Mais il n’était pas d’une forte constitution ; ses travaux et les luttes qu’il avait soutenues l’avaient affaibli, et, en 1379, il tomba dangereusement malade. On ne s’attendait pas à ce qu’il se relevât, et le parti du pape jubilait. Mais pour que son triomphe fût complet, il fallait obtenir de Wiclef la rétractation de ce qu’il avait enseigné. Quatre représentants des quatre ordres religieux accompagnés de quatre aldermen (*), se rendirent auprès du mourant. « Vous avez la mort sur les lèvres », lui dirent-ils, « repentez-vous de vos fautes, et rétractez en notre présence tout ce que vous avez dit contre nous, à notre préjudice ». Wiclef resta calme et serein, et se tut pendant un moment. Les religieux étaient pleins d’espoir et attendaient sa rétractation.
 
(*) Charge qui répond à celle de conseillers municipaux.

Il demanda à son serviteur de le soulever sur son lit. Alors, rassemblant ses forces et fixant sur ses ennemis un regard perçant, il dit : « Je ne mourrai pas, mais je vivrai, et je déclarerai encore les turpitudes des moines ». Désappointés et confus, ses adversaires se retirèrent. Wiclef se rétablit, et vécut pour accomplir une œuvre plus grande que tout ce qu’il avait fait jusqu’alors.
L’œuvre que Wiclef avait à cœur d’accomplir, c’était de donner aux Anglais la Bible dans leur propre langue. Il y avait bien eu, avant lui, quelques traductions, en langue vulgaire, de diverses portions des Écritures, mais ces volumes restaient cachés dans les bibliothèques des couvents. Il s’ensuivait que, sauf le clergé et peut-être quelques personnes qui pouvaient lire le latin, personne ne possédait une Bible et ne savait de son contenu que ce que les prêtres en disaient. Et cependant depuis des siècles l’Angleterre professait le christianisme. Il est vrai, comme nous l’avons vu, que défense était faite au peuple d’avoir et de lire les saints écrits en langue vulgaire. Mais le temps était venu où, malgré cette défense, la Bible allait être répandue parmi tous, savants et ignorants.
Wiclef ignorait le grec et l’hébreu ; il fut donc obligé de faire sa traduction sur la version latine appelée la Vulgate, mais cela valait mieux que de n’avoir pas la Bible du tout. Il travailla laborieusement à cette œuvre durant dix années, aidé par quelques amis, et un an après la maladie dont nous avons parlé, en 1380, l’ouvrage fut terminé et publié sans notes, ni commentaires.
Quand nous disons publié, il faut comprendre que l’on en fit des copies pour les vendre. L’imprimerie n’avait pas encore été inventée, et l’on n’avait d’autre moyen d’avoir des exemplaires d’un ouvrage que le long et coûteux procédé de les écrire à la main. Les copistes se mirent diligemment à l’œuvre, et bientôt des portions du saint volume furent mises en vente. Elles furent rapidement écoulées, ainsi que des copies du volume entier. L’accueil que reçut l’œuvre de Wiclef dépassa son attente. C’était avec joie que nombre de personnes achetaient la parole de Dieu. Elles n’avaient jamais connu cette source de toute vérité, et maintenant elles pouvaient lire dans leur langue maternelle les merveilles de la révélation de Dieu donnée à l’homme. Une grande lumière, la lumière de Dieu, s’était levée dans les ténèbres de superstitions et d’erreurs qui couvraient le monde, et depuis lors, malgré les efforts de Satan et de ses agents pour l’éteindre, elle n’a pas cessé de briller dans ces contrées.
L’ennemi se montra bientôt. Dès que Wiclef eut publié sa traduction de la Bible, il fut assailli de tous côtés par les amis du pape. « C’est une hérésie », disaient les uns, « de faire parler la Sainte Écriture en anglais ». D’autres disaient : « Maître Wiclef, en traduisant l’Évangile en anglais, l’a rendu plus accessible et plus compréhensible aux laïques et même aux femmes qu’il ne l’avait été jusqu’ici aux clercs intelligents et lettrés » ; à quoi d’autres ajoutaient, en affectant de craindre que l’Évangile ne fût ainsi rendu méprisable : « La perle évangélique est foulée aux pieds par les pourceaux ». Quelques-uns se plaçaient sur un autre terrain et prétendaient mettre l’Église au-dessus des Écritures. « Puisque l’Église », disaient-ils, « a approuvé quatre évangiles, elle aurait pu tout aussi bien les rejeter et en admettre d’autres. L’Église sanctionne ou condamne ce qu’elle veut. Croyez l’Église plus que l’Évangile ». C’était là le grand point. L’Église de Rome voulait être l’autorité suprême. Mais ce n’est pas elle qui a donné les Écritures. C’est Dieu lui-même, et ce sont elles que nous devons croire.
Wiclef ne se laissait point émouvoir par les clameurs des prêtres et des moines. « Quand même le pape et tous les clercs disparaîtraient de la face de la terre », disait-il, « notre foi ne défaudrait pas, car elle est fondée sur Jésus seul, notre Maître et notre Dieu ». D’ailleurs il n’était pas sans encouragements. Une copie des évangiles avait pénétré jusque dans le palais, et Anne de Luxembourg, femme du roi Richard II, s’était mise à les lire diligemment. Elle les communiqua à Arondel, archevêque d’York, qui, frappé de voir une étrangère, une reine, lire des « livres aussi vertueux », il voulait dire excellents, se mit à les étudier, et blâma les prélats qui en négligeaient la lecture. À la Chambre des lords, une motion fut faite par les partisans des prêtres de saisir tous les exemplaires des Écritures et de les détruire. Mais le duc de Lancaster s’écria : « Sommes-nous donc la lie du genre humain que nous ne puissions pas posséder la loi de notre religion dans notre propre langue ? »
Cependant l’œuvre progressait. Wiclef lui-même fut amené à étudier plus profondément la Bible qu’il avait donnée au peuple. La doctrine de la messe, ce point fondamental de l’Église de Rome, attira son attention. C’était une des sources de gain pour le clergé et la base de son autorité sur le peuple. Faire descendre à sa parole Dieu du ciel dans l’hostie consacrée, à quelle hauteur cela élevait le prêtre ! Wiclef éclairé par la parole de Dieu, ne pouvait admettre qu’un homme eût le pouvoir de transformer un morceau de pain dans la chair, le sang et la divinité de Christ. « L’hostie consacrée que nous voyons sur l’autel », disait-il, « n’est pas Christ, ni une partie de Christ, mais elle est son signe efficace ». — « Comment peux-tu, ô prêtre, qui n’es qu’un homme, créer ton Créateur ? » ajoutait Wiclef. « Quoi ! la plante qui croît dans les champs, cet épi que tu cueilles aujourd’hui, demain sera Dieu ! Ne pouvant faire les œuvres de Jésus, tu veux faire Celui qui a accompli les œuvres ! »
L’attaque de Wiclef contre la doctrine de la transsubstantiation effraya ses amis. Le duc de Lancaster qui jusqu’alors l’avait soutenu, cessa de le défendre, après l’avoir exhorté, supplié, et même lui avoir ordonné de se taire sur ce sujet. Mais Wiclef ne pouvait cacher la lumière qu’il avait reçue de Dieu. Ses ennemis trouvèrent là une bonne occasion pour chercher à le perdre.
Courtenay avait été promu à l’archevêché de Canterbury. Il se hâta de convoquer un synode dans le but de condamner Wiclef. On se réunit en mai 1382, et l’on allait procéder à la condamnation de celui qu’on tenait pour hérétique, lorsqu’un violent tremblement de terre se fit sentir à Londres et dans une partie de l’Angleterre. Les prélats effrayés crurent voir dans ce phénomène une marque de la désapprobation de Dieu, et hésitaient à prononcer la sentence. Mais l’habile archevêque sut se faire de l’événement une arme en sa faveur. « Ne savez-vous pas », dit-il, « que les vapeurs nuisibles qui prennent feu dans le sein de la terre et produisent ces phénomènes qui vous effrayent, perdent leur force lorsqu’elles s’échappent ? De la même manière, en rejetant l’hérétique de notre communion, nous mettrons fin aux convulsions de l’Église ». Rassurés, les évêques prononcèrent la condamnation de Wiclef, après avoir entendu la lecture de dix propositions qu’on disait être de lui et qui furent déclarées hérétiques.
L’archevêque pressa le roi d’approuver la décision du synode. « Si nous permettons à cet hérétique de faire continuellement appel aux passions du peuple » (*), dit-il au roi, « notre destruction est inévitable. Il faut réduire au silence ces Lollards (**), ces chanteurs de psaumes ». Le roi donna des ordres pour que l’on jetât dans les prisons de l’état ceux qui soutiendraient les propositions condamnées. Un à un, ses amis les plus dévoués abandonnaient Wiclef mais il ne perdit pas courage. Il se consola en disant : « La doctrine de l’Évangile ne périra jamais ». Wiclef aurait dû en rester là, et continuer paisiblement son œuvre, mais il crut devoir en appeler à la Chambre des communes et présenta une pétition où il disait entre autres : « Puisque Jésus Christ a répandu son sang pour affranchir l’Église, je demande son affranchissement. Je demande que chacun puisse sortir de ces sombres murailles, où règne une loi tyrannique, et embrasser une vie simple et paisible sous la voûte du ciel. Je demande que les pauvres habitants de nos villes et de nos campagnes ne soient pas contraints de fournir à un prêtre mondain, souvent vicieux et hérétique, de quoi satisfaire son ostentation, sa gourmandise et son impudicité ; de quoi acheter un beau cheval, des selles magnifiques, des brides avec des clochettes retentissantes, de riches vêtements, des fourrures précieuses, tandis que le pauvre peuple voit ses veuves, ses femmes et ses enfants mourir de faim ». Nous voyons par ces lignes quels abus criants étaient tolérés et quel joug pesait alors sur le peuple. La Chambre des Communes vit que son autorité avait été méconnue, puisque les ordres du roi n’avaient pas reçu son assentiment, et elle ordonna le rappel.
 
(*) Il y avait eu à cette époque un soulèvement des paysans, et on l’attribuait à tort aux prédications de Wiclef.

(**) Probablement de lollen, chanter. On donnait ce nom à ceux qui s’opposaient à Rome, et plus spécialement aux disciples de Wiclef.

Courtenay fut déconcerté, mais, déterminé à ne pas laisser échapper Wiclef, il se rendit à Oxford, rassembla les chefs de l’église, et somma Wiclef de paraître devant lui, en ayant soin de laisser les portes ouvertes aux laïques et aux étudiants, afin que l’humiliation du vieux champion de la vérité fût complète et publique. Wiclef était affaibli par l’âge et ses nombreux travaux ; mais il avait une âme forte dans un corps chétif, et n’avait jamais craint de paraître devant un homme. Il se rendit à la sommation. Mais l’affaire se termina d’une manière à laquelle Courtenay était loin de s’attendre. Arrêtant sur l’archevêque ce regard perçant et assuré qui avait autrefois fait fuir les moines, il accusa le clergé catholique romain d’être semblable aux prêtres de Baal et lui reprocha de répandre l’erreur et de fermer les yeux au mal, afin de vendre ses messes et de remplir sa bourse. Puis en terminant, il s’écria : « La vérité vaincra », et il se retira sans qu’aucun de ses ennemis osât dire un mot ou l’arrêter. Il se retira à Lutterworth.
Wiclef n’était pas encore à l’abri des attaques de ses ennemis. Il vivait paisiblement au milieu de ses paroissiens et de ses livres, étudiant la vérité et l’annonçant autour de lui, lorsqu’il reçut du pape un bref (*) le sommant de paraître devant lui à Rome. Cette sommation lui serait sans doute arrivée plus tôt s’il n’y avait eu en ce temps-là deux papes rivaux, trop occupés à s’insulter et à se maudire l’un l’autre, pour avoir le temps de penser à un aussi chétif personnage que Wiclef. L’Écosse, la France et d’autres pays, reconnaissaient le pape Clément VII, tandis que l’Angleterre, l’Italie et d’autres États, tenaient pour le pape Urbain VI. Comme celui-ci avait en Angleterre un grand nombre de chauds partisans, ils insistaient, auprès de lui sur le danger que les doctrines de Wiclef faisaient courir à la cause de l’Église romaine, de là le bref du pape.
 
(*) Nom donné aux communications papales.

Wiclef crut que ses infirmités croissantes suffisaient pour le justifier de ne pas se rendre à l’appel du pape, mais il résolut de lui écrire et de lui faire connaître quel est le véritable Chef de l’Église. Dans sa lettre, en premier lieu, il exalte l’Évangile, puis il déclare que le pape lui-même est tenu d’y obéir : « Je crois », dit-il, « que l’Évangile de Christ est le corps complet de la révélation de Dieu. Je crois que Christ qui nous l’a donné est Lui-même vrai Dieu et vrai homme, et qu’ainsi cette révélation est au dessus de tout. Je crois que l’évêque de Rome est obligé plus que tout autre à s’y soumettre, car la grandeur parmi les disciples de Christ ne consiste pas en dignités et en honneurs mondains, mais à suivre de près et fidèlement le Christ dans sa vie et dans ses actes. De là je conclus que nul homme fidèle ne doit suivre le pape ni aucun des hommes saints, si ce n’est quand ils suivent Jésus Christ. Il faut qu’à l’exemple de Christ, le pape remette à l’État ses pouvoirs temporels, et engage son clergé à faire de même ».
Urbain VI était trop occupé de sa lutte avec Clément pour se mettre davantage en peine de Wiclef, de sorte que celui-ci put continuer ses travaux sans être molesté. C’est alors qu’il écrivit son « trialogue ». Ce sont des entretiens entre trois personnages symboliques, la vérité, le mensonge et l’intelligence. Le premier propose des questions, le second fait des objections et le troisième établit la saine doctrine. Une des grandes vérités que Wiclef affirme est l’autorité suprême des Écritures. « L’Église est tombée », dit l’un des interlocuteurs, « parce qu’elle a abandonné l’Évangile et lui a préféré les lois du pape. Quand il y aurait cent papes à la fois dans le monde, et que tous les moines de la terre fussent transformés en autant de cardinaux, il ne faudrait leur accorder aucune confiance en matière de foi, s’ils ne s’appuient pas sur les saintes Écritures ».
Voici encore quelques-unes des conclusions de Wiclef : « L’autorité des saintes Écritures, qui sont la loi du Christ, surpasse infiniment celle de toute autre écriture ».
« L’Écriture est la règle de la vérité, et doit être la règle de la réforme. Il faut rejeter toute doctrine et tout précepte qui ne reposent pas sur cette base ».
« Croire que l’homme peut quelque chose dans l’œuvre de la régénération est la grande hérésie de Rome, et de cette erreur est venue la ruine de l’Église ».
« La conversion procède de la grâce de Dieu seule ; le système qui l’attribue en partie à l’homme et en partie à Dieu est pire que celui de Pélage ».
« Christ est tout dans le christianisme ; quiconque abandonne cette source toujours prête à communiquer la vie, et se tourne vers les eaux troubles et croupissantes, est un insensé ».
« La foi est un don de Dieu ; elle exclut tout mérite, et doit bannir de l’âme toute crainte ».
« La seule chose nécessaire dans la vie chrétienne et dans la cène, n’est pas un vain formalisme et des rites superstitieux, mais la communion avec Christ selon la puissance de la vie spirituelle ».
« Le peuple chrétien doit se soumettre non à la parole d’un prêtre, mais à la parole de Dieu ».
« La vraie Église est l’Assemblée des justes, pour lesquels Christ a répandu son sang ».
« Tant que Christ est dans le ciel, l’Église a en Lui le meilleur pape. Il est possible qu’un pape soit condamné au dernier jour pour ses péchés ».
Telles sont les vérités que Wiclef, enseigné par le Saint Esprit, tira des Écritures. Il n’eut pas d’autre maître. Il passa tranquillement ses derniers jours. Menacé comme il l’était de toutes parts, il pouvait bien s’attendre à mourir comme martyr. « Annoncez », disait-il, « la parole de Christ à d’orgueilleux prélats, et le martyre ne vous manquera pas. Quoi ! vivre et me taire ? Jamais ! Que le coup tombe, je l’attends ». Mais Dieu lui donna de mourir en paix. Le 29 décembre 1384, il était dans la chapelle de Lutterworth debout devant l’autel, au milieu de ses paroissiens. Au moment où il élevait le pain de la cène, il tomba frappé de paralysie. Transporté dans sa demeure, il vécut encore quarante-huit heures et rendit l’esprit le dernier jour de l’année.
Ainsi passa celui à qui Dieu avait permis d’accomplir une grande œuvre en Angleterre, celle de donner la Bible au peuple, d’envoyer prêcher l’Évangile et de dénoncer les erreurs de Rome. Depuis ce moment la lumière divine ne s’éteignit plus dans ce pays, et elle se répandit dans d’autres contrées. Ceux qui suivirent sa doctrine furent nommés Wiclefites, ou plus communément Lollards. Rome les poursuivait de sa haine, et plusieurs subirent le martyre. Etre un disciple de Wiclef, adhérer à ses enseignements, suffisait pour être déclaré hérétique et poursuivi comme tel par l’Église de Rome. Celle-ci manifesta combien elle avait senti l’attaque dirigée contre elle par l’œuvre de Wiclef. N’ayant pu atteindre le réformateur durant sa vie, elle se vengea sur lui après sa mort. Le concile de Constance tenu en 1415, ordonna que ses restes fussent brûlés. La sentence fut exécutée en 1428, et les cendres furent jetées dans un ruisseau voisin. Mais la vérité que Wiclef avait mise en lumière ne pouvait être brûlée. Elle était semée dans les cœurs et portait du fruit pour la vie éternelle.
Peu avant sa fin, Wiclef prononça ces paroles remarquables : « Quelques frères (des moines) que Dieu daignera enseigner, ayant abandonné leur infidélité, reviendront librement à la primitive religion du Christ, et alors édifieront l’Église comme Paul ». Ne semble-t-il pas avoir annoncé d’avance le réformateur Luther ?
 
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http://www.bibliquest.org/
Sujet : L’ÉGLISE : UNE ESQUISSE DE SON HISTOIRE PENDANT VINGT SIÈCLES
 
Adrien Ladrierre
 
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HISTOIRE : LES PRÉCURSEURS DE LA REFORME

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