Voici ce récit mon amie

et si tu lisais histoire d'une âme je suis sûre et certaine que tu trouverais grand réconfort et aide/
Enfin, l'aurore du jour éternel se leva ! C'était le jeudi, 30 septembre. Le matin, notre douce victime, parlant de sa dernière nuit d'exil, regarda la statue de Marie en disant :
« Oh ! je l'ai priée avec une ferveur !... mais c'est l'agonie toute pure, sans aucun mélange de consolation...
« L'air de la terre me manque, quand est-ce que j'aurai l’air du Ciel ? »
A deux heures et demie, elle se redressa sur son lit, ce qu'elle n'avait pu faire depuis plusieurs semaines, et s'écria :
« Ma Mère, le calice est plein jusqu'au bord! Non., je n'aurais jamais cru qu'il fût possible de tant souffrir... Je ne puis m'expliquer cela que par mon désir extrême de sauver des âmes... »
Et quelque temps après :
« Tout ce que j'ai écrit sur mes désirs de la souffrance, oh ! c'est bien vrai ! Je ne me repens pas de m'être livrée à l'amour. »
Elle répéta plusieurs fois ces derniers mots.
Et un peu plus tard :
« Ma Mère, préparez-moi à bien mourir. »
Sa vénérée Prieure l'encouragea par ces paroles
« Mon enfant, vous êtes toute prête à paraître devant Dieu, parce que vous avez toujours compris la vertu d'humilité. »
Elle se rendit alors ce beau témoignage :
« Oui, je le sens, mon âme n'a jamais recherché que la vérité... oui, j'ai compris l'humilité du coeur ! »
A quatre heures et demie, les symptômes de la dernière agonie se manifestèrent. Dès que la sainte mourante vit entrer la communauté, elle la remercia par le plus gracieux sourire; puis, serrant le crucifix dans ses mains défaillantes, elle se recueillit pour le combat suprême. Une soeur abondante couvrait son visage; elle tremblait... Mais, comme au sein d'une furieuse tempête le pilote à deux doigts du port ne perd pas courage, ainsi cette âme de foi, apercevant tout près le phare lumineux du rivage éternel, donnait vaillamment les derniers coups de rame pour atteindre le port.
Quand la cloche du monastère tinta l'Angelus du soir, elle fixa sur l'Etoile des mers, la Vierge immaculée, un inexprimable regard. N'était-ce pas le moment de chanter
Toi, qui vins me sourire au matin de ma vie, Viens me sourire encor, Mère, voici le soir!
A sept heures et quelques minutes, se tournant vers sa Mère Prieuré, elle lui dit :
« Ma Mère, n'est-ce pas l'agonie?... Ne vais-je pas mourir?...
— Oui, mon enfant, c'est l'agonie, mais Jésus veut peut-être la prolonger de quelques heures. »
Alors, d'un ton résigné :
« Eh bien... allons... allons... oh ! je ne voudrais pas moins souffrir ! »
Puis, regardant son crucifix :
« OH !... JE L'AIME !... MON DIEU, JE... VOUS... AIME !!! »
Ce furent ses dernières paroles. Elle venait à peine de les prononcer qu'à notre grande surprise elle s'affaissa tout à coup, la tête penchée à droite, dans l'attitude de ces vierges martyres s'offrant d'elles-mêmes au tranchant du glaive; ou plutôt, comme une victime d'amour, attendant de l'Archer divin la flèche embrasée dont elle veut mourir...
Soudain elle se relève, comme appelée par une voix mystérieuse, elle ouvre les yeux et les fixe, brillants de paix céleste et d'un bonheur indicible, un peu au-dessus de l'image de Marie.
Ce regard se prolongea l'espace d'un Credo, et son âme séraphique devenue la proie de l'Aigle divin s'envola dans les cieux . . . . . . .
La Servante de Dieu avait dit quelques jours avant de quitter ce monde : « La mort d'amour que je souhaite, c’est celle de Jésus sur la croix. » Son désir fut pleinement exaucé : les ténèbres, l'angoisse accompagnèrent son agonie. Cependant, ne pouvons-nous pas lui appliquer aussi la prophétie sublime de saint Jean de la Croix, touchant les âmes consommées dans la divine charité :
« Elles meurent dans des transports admirables et des assauts délicieux que leur livre l'amour, comme le cygne dont le chant est plus mélodieux quand il est sur le point de mourir. C'est ce qui faisait dire à David que « la mort des justes est précieuse devant Dieu »; car c'est alors que les fleuves de l'amour s'échappent de l'âme, et s'en vont se perdre dans l'océan de l'amour divin. »
Aussitôt sa bienheureuse mort, la joie du dernier instant s'imprima sur son front, un ineffable sourire animait son visage. Nous lui mîmes une palme à la main, cette palme que, treize ans plus tard, on devait retrouver intacte dans le cercueil, lors de sa première exhumation.
En même temps, il commença à se produire dans la communauté certains faits extraordinaires dont voici quelques exemples : le premier, déjà raconté plus haut, est celui de la religieuse converse qui, baisant les pieds de l'angélique vierge, y appuya son front avec confiance et fut instantanément guérie d'une anémie cérébrale.
Une autre religieuse jouit d'un parfum de violettes très accentué, dans sa cellule où ne se trouvait aucune fleur. Une autre eut l'impression suave et fraîche d'un baiser donné par un être invisible. Deux soeurs encore aperçurent, l'une un rayon dans le ciel, l'autre une couronne lumineuse qui s'élevait de terre et se perdait dans les hauteurs du firmament.
Le samedi et le dimanche une foule nombreuse et recueillie ne cessa d'affluer devant la grille du choeur contemplant dans la majesté de la mort « la petite reine » toujours gracieuse, et lui faisant toucher par centaines : chapelets, médailles, et jusqu'à des bijoux.
Dans cette foule, un enfant de dix ans respira un très fort parfum de lis, parfum inexplicable, puisque toutes les fleurs ornant le cercueil étaient artificielles.
Le 4 octobre, jour de l'inhumation, la dépouille mortelle de la Bienheureuse fut entourée d'une belle couronne de prêtres ; cet honneur lui était dû : elle avait tant prié pour les âmes sacerdotales!
Enfin, après avoir été solennellement bénit, le précieux grain de froment fut jeté dans le sillon par les mains maternelles de la sainte Eglise...
Et depuis, elle s'est réalisée magnifiquement la parole du divin Moissonneur : « Si le grain de blé étant tombé à terre ne vient à mourir, il demeure seul; mais s'il meurt, IL PORTE BEAUCOUP DE FRUITS. »
Le plus souvent, ici-bas, ces fruits demeurent cachés, mais le Seigneur, cette fois, devançant l'heure des révélations éternelles, veut que nous contemplions la moisson splendide qui blanchit de tous côtés sur la face de la terre...
Que la divine miséricorde en soit louée à jamais ! Elle, l'Auteur adorable de toutes ces merveilles.