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 MOHAMET SELON LES EXEGETES MUSULMANS

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SPIRITANGEL
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MessageSujet: MOHAMET SELON LES EXEGETES MUSULMANS   Mar 12 Nov 2013, 5:57 pm

La Succession du Prophète



Les évènements qui se sont déroulés durant les premières heures qui ont suivit la disparition du Prophète furent décisifs pour l’avenir de la communauté musulmane. De très fortes tensions intertribales ressurgirent, engendrant, ainsi, une scission inéluctable qui déchira la oumma. Le conflit se transforma en une guerre fratricide qui fit plusieurs centaines de milliers de morts et qui, aujourd’hui, continue encore à faire de nombreuses victimes de par le monde. Mahomet avait réussi à tempérer ces innombrables querelles bédouines en focalisant les membres de sa secte sur un objectif commun : le butin, mais lorsqu’il rendit son dernier souffle, les alliances qu’il avait formées autour de lui volèrent en éclat et une lutte sans merci pour le pouvoir s’engagea et dévora son héritage. La rivalité millénaire entre sunnites et chiites est d’abord politique avant d’être doctrinale. Les sources chiites foisonnent de détails sur ce qui se serait passé après la mort de l’Envoyé de Dieu, tandis que les témoignages sunnites sont eux beaucoup moins nombreux, néanmoins, ils existent…

Un jour sombre
Le Prophète, dit-on, s’est éteint un lundi, aux alentours de midi, dans les appartements de sa jeune femme ‘Aicha, le 2 ou le 12 du mois de rabî’ al-awwal dans la onzième année de l’hégire. At-Tirmidhi (m. 892) et d’autres ont rapporté que ce jour-là, à Médine, « tout est devenu sombre »1. Ces traditions sont inspirées du récit des évangélistes Matthieu, Marc et Luc, qui affirment que les ténèbres recouvrirent en plein jour toute la terre - ou toute la Judée - pendant trois heures au moment de la crucifixion du Christ (Matthieu 27.45, Marc 15.33, Luc 23.44-45). Cela aurait été prédit par le prophète Amos huit siècles auparavant : « en ce jour-là, dit le Seigneur, l’Éternel, je ferai coucher le soleil à midi, et j’obscurcirai la terre en plein jour » (Amos 8.9). Plusieurs écrivains ont fait mention de ce phénomène dans leurs ouvrages, parmi eux : Eusèbe de Césarée (m. 340) et Origène (m. 253) qui évoquent un passage des Olympiades dont l’auteur est le chroniqueur grec Phlégon (IIe siècle), Julien l’Africain (IIIe siècle) citant l’historien Thallus qui écrivit vers l’an 52, et aussi Tertullien (m. ~220 ou 240) qui fait remarquer aux romains que ce fait extraordinaire se trouve consigné dans leurs archives. On peut imaginer que les chrétiens se seraient servi de ces rapports lors de débats interreligieux afin de prouver la crucifixion du Messie que le Coran nie farouchement (4.157). Les traditionnalistes musulmans auraient alors repris ce miracle à leur compte et l’auraient introduit dans leurs récits légendaires.

Un verset ressuscité
‘Omar bin al-Khattâb était présent lorsque le Prophète expira, alors que son compagnon Abou Bakr était confortablement installé dans sa demeure à as-Sounh près de Médine. La nouvelle de la mort de Mahomet se répandit rapidement chez les musulmans, ‘Omar refusait d’y croire et haranguait la foule en menaçant de mort quiconque oserait propager cette rumeur. Abou Bakr se pointa trois heures après et fila donner un dernier baiser au Prophète accompagné de quelques respectueuses paroles avant de proclamer publiquement : « vous adoriez Mohammad et Mohammad est mort, vous adorez Dieu et Dieu est vivant et ne meurt pas. Dieu le Tout-puissant a dit : Muhammad n’est qu’un messager, des messagers avant lui sont passés… jusqu’à les reconnaissants » (3.144). « Par Dieu, dit Ibn ‘Abbâs, c’était comme si les gens n’avaient jamais su que Dieu avait révélé ce verset avant qu’Abou Bakr ne le récite, et ensuite, ceux qui l’avaient entendu ont commencé à le réciter »2. À ces mots, ‘Omar réalisa que l’impensable était arrivé, ou plutôt, que ses prières avaient été exhaussées. Le verset déclamé par Abou Bakr n’était connu de personne, il l’a probablement inventé sur le coup, et voyant que cela ne suscitait aucune réaction d’hostilité, il entreprit plus tard de falsifier le Coran. D’après d’autres traditions, l’aya est descendu durant la bataille de Ohod lorsque le Prophète était salement amoché et saignait abondamment après avoir frôlé la mort. Al-Bayhaqi (m. 1066) écrit qu’Ibn Abi Najîh a rapporté de son père :


Un homme parmi les émigrés est passé devant un homme des Ansars qui était en train de saigner. Il lui a dit : « Ô homme ! Sais-tu que Mohammad a été tué ? » L’ansâri a répondu : « même si Mohammad a été tué, il a transmis le message, combattez pour votre religion ! » Puis est descendu : « Muhammad n’est qu’un messager, des messagers avant lui sont passés » (3.144).3

La parole de ce médinois semble avoir directement inspiré Mahomet : « Mohammad n’est qu'un messager, des messagers avant lui sont passés. S’il mourait, donc, ou s’il était tué, retourneriez-vous sur vos talons ?... »

Rituels funéraires
‘Ali, al-‘Abbâs, al-Fadl, Qoutham, Osama bin Zayd, et Chouqrân ont procédé à la lotion funéraire, de même qu’Aws bin Khawalli, le seul ansar convié au rituel. Quand il fallu laver le corps du Prophète en-dessous de la taille, les compagnons ont dû se bander les yeux car il leur était interdit de regarder ses parties intimes4, bien que Mahomet les avait déjà volontairement exhibé jadis pour la bonne cause en aidant à la reconstruction de la Ka’ba :


Le Messager de Dieu portait avec eux (les mecquois) des pierres pour la Ka’ba et il avait son izâr. Son oncle al-‘Abbâs lui a dit : « Ô fils de mon frère ! Et si tu enlevais ton izâr et le mettais sur tes épaules en-dessous des pierres ? » Alors il l’a enlevé et l’a mis sur ses épaules. Il est tombé inconscient et après cela, on ne l’a plus jamais vu nu.5

Alors qu’il rentrait d’expédition avec la tête ensanglantée d’Oumm Qirfa dans les mains, Zayd bin Hâritha eut également la surprise de voir Mahomet en tenue d’Adam, lorsque ce dernier lui ouvrit sa porte : « ‘Aicha a rapporté : Zayd bin Hâritha est arrivé à Médine et le Messager de Dieu était dans ma maison. Il est allé frapper à la porte. Le Messager de Dieu s’est levé nu en traînant ses vêtements. Par Dieu, je ne l’avais jamais vu nu avant ou après cela. Il l’a étreint et embrassé »6. En réalité, si ‘Ali et ses semblables jetaient un regard sur le sexe en décomposition de Mahomet, ils seraient frappés d’aveuglement, c’est pour cette raison qu’ils se bandèrent les yeux.

Les compagnons se sont demandé s’ils devaient ôter le qamis de l’Envoyé de Dieu. Un profond sommeil vint alors à les gagner et une voix se fit entendre dans un coin de la pièce et exigea de laver le corps avec ses vêtements7. Tandis qu’ils s’employaient à cette tâche, « les Ansars s’étaient réunis à la saqîfa des Bani Sa’da pour prêter allégeance à Sa’d bin ‘Obâda. Abou Bakr eut vent de la nouvelle, il partit alors à leur rencontre avec ‘Omar et Abou ‘Obayda bin al-Jarrâh »8. Les historiens musulmans appelleront cet épisode « l’histoire de la saqîfa ». Une fois que les fidèles compagnons eurent terminé de laver la dépouille du Prophète, ‘Ali, al-‘Abbâs ainsi que d’autres, se réunirent dans la maison de Fatima, la fille de Mahomet.


1 Sunan at-Tirmidhi 3618. Abou ‘Isa a dit : « cet hadith est gharîb sahih ». Rapporté également dans Sunan Ibn Mâjah 1631 et Mosnad Ahmad 13418.

2 Sahih al-Boukhâri 1185

3 Dalâ’il an-Noubouwwa 1135, al-Bayhaqi

4 At-Tabaqât al-Kobra, Ibn Sa’d, volume 2, p.278, Dâr as-Sâdir, 1968

5 Sahih al-Boukhâri 357

6 Sunan at-Tirmidhi 2732. Abou ‘Isa a dit : « cet hadith est hassan gharîb et nous ne le connaissons que d’az-Zouhri, seulement sous cet aspect ».

7 Al-Moustadrak ‘ala as-Sahihayn, al-Hâkim an-Naysabouri, volume 1, p.689, Dâr al-Ma’arif, 1998. Le mouhaddith a dit : « ce hadith est sahih selon les conditions des deux cheikhs et ils ne l’ont pas rapporté ».

8 The History of al-Tabari, Mohammed ibn Jarir at-Tabari, volume 9, p.186, translated and annotated by Ismail K. Poonawala, State University of New York Press, 1988. La saqîfa est une sorte de préau et le lieu de rassemblement du clan.


( A SUIVRE )




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MessageSujet: Re: MOHAMET SELON LES EXEGETES MUSULMANS   Jeu 14 Nov 2013, 5:46 pm







---- L’élection controversée du premier calife : SUNNITES CONTRE CHIITES



Abou Bakr et ‘Omar n’entendaient pas se faire ravir le pouvoir aussi facilement. Ils se précipitèrent avec les émigrés mecquois au lieu où s’étaient rassemblés les Ansars. Arrivé sur place, ils trouvèrent Sa’d bin ‘Obâda en bien mauvais état, celui-ci était malade. On dit : « pour commencer, nous sommes les auxiliaires de Dieu et nous formons la majorité de l’armée musulmane, alors que, vous, les émigrés, êtes un petit groupe et certaines personnes parmi vous sont venues avec l’intention de nous empêcher de traiter de cette question (du califat) et de nous en priver »9. Les musulmans étaient, certes, tout à fait conscients de la convoitise que nourrissaient les deux lascars pour le pouvoir. ‘Omar s’était préparé à prononcer un discours mais Abou Bakr l’en empêcha et s’adressa lui-même à la multitude : « Ô Ansars ! Vous méritez tous (les qualités) que vous vous attribuez, mais cette question ne concerne que les Qoraychites comme ils sont les meilleurs des Arabes en ce qui concerne leurs origines, et je vous suggère de choisir entre l’un de ces deux hommes, alors prêtez serment d’allégeance à celui que vous voulez parmi ces deux-là »10. Ensuite, il se saisit de la main d’Omar et d’Abou ‘Obayda, mais un médinois se leva et proposa de choisir deux dirigeants, l’un issu des Qoraychites, l’autre des Ansars. Aussitôt, des hués et des cris se sont élevés, les gens gesticulaient, et la foule commençait sérieusement à s’agiter. Quand ‘Omar s’aperçu de la gravité de la situation, il se jeta aux pieds d’Abou Bakr et demanda à son comparse d’étendre la main, puis, aux yeux de tous, il fit serment d’allégeance. Les mecquois lui emboîtèrent le pas en piétinant Sa’d bin ‘Obâda, suivi des Ansars. Dans la bousculade, Sa’d, à bout de force, rendit l’âme, « vous avez tué Sa’d bin ‘Obâda », lança un médinois. - « Dieu a tué Sa’d bin ‘Obâda », répondit Ibn al-Khattâb d’un ton empreint d’ironie11. On prétend également selon l’historien al-Mas’oudi (m. 956) que « Saad, fils d’Obadah, n’ayant pas été élu, se retira en Syrie, où il fut tué, l’an quinze de l’hégire »12. ‘Omar a confié :


Par Dieu, à part la grande tragédie qui nous avait frappés, il n’y eut pas de plus grand problème que le serment d’allégeance à Abou Bakr car nous craignions qu’ils prêtent, si nous les quittions, allégeance à l’un d’entre eux, en quel cas nous aurions dû donner notre consentement contre ce que nous souhaitions, ou nous nous saurions opposés à eux et aurions causé de grands troubles.13

Le feu de la guerre civile qui couvait avait été étouffé de justesse, mais les braises étaient encore fumantes. Tous les clans avaient reconnu le nouveau calife, excepté les Bani Hâchim, le clan du Prophète…

La fitna
Avant de considérer les sources sunnites au sujet de « l’attaque de la maison de Fatima », penchons-nous en premier lieu sur les écrits chiites au demeurant bien plus explicites. Le Kitab Soulaym bin Qays al-Hilâli est le plus ancien ouvrage imamite et fut rédigé par un disciple de l’Imam ‘Ali décédé en 696. On a l’habitude par conséquent de dater la rédaction de ce livre au premier siècle de l’hégire, cependant, de sérieux doutes ont été émis quant à son authenticité, et ce, au sein même du clergé chiite (l’existence même de l’auteur a été remise en cause). Il est plus vraisemblable que l’œuvre soit apparue au IXe siècle, en même temps ou peu après les corpus de traditions sunnites, puisque les points fondamentaux et principaux dogmes de la secte, comme sa dénomination « islam » ou le rôle joué par l’ange Gabriel dans la transmission du Coran, ne furent fixés que dans la seconde moitié du VIIIe siècle. Ce qui est important ici n’est pas de savoir si l’ouvrage possède un caractère authentique ou non, car, de toute manière, le hadith n’a aucune valeur historique, mais de comprendre ce qui a scindé la communauté musulmane en deux. La majorité des théologiens imamites voit en cet écrit un compte-rendu des faits digne de foi, par ailleurs, on fait dire à l’imam Ja’far bin Mohammed as-Sâddiq (m. 765) : « celui qui, parmi nos chiites et ceux qui nous aiment, ne détient pas le livre de Soulaym bin Qays al-Hilâli, celui-ci ne possède rien de notre doctrine et ne connait pas notre cause. C’est l’alphabet du chiisme et le secret des secrets de la famille de Mohammad »14. Voici donc quelques extraits de ce livre polémique selon un rapport des évènements établi par les deux compagnons du Prophète al-Barrâ’ bin ‘Âzib et Salmân al-Fârisi :


Soulaym a dit : j’ai entendu al-Barrâ’ bin ‘Âzib dire :
J’étais vraiment attaché au Banou Hâchim, autant durant le vivant du Messager de Dieu qu’après sa mort. Au moment de sa mort, le Messager de Dieu a dit à ‘Ali qu’à part lui, personne ne devra lui donner le bain rituel et que personne sauf ‘Ali n’était autorisé à regarder ses parties intimes. Quiconque – excepté ‘Ali – regarderait ses parties intimes perdrait la vue. ‘Ali a demandé : « Ô Messager de Dieu ! Qui m’aidera à te donner le bain rituel ? » Le Messager de Dieu a répondu: « Gabriel ainsi qu’une armée d’anges ». ‘Ali a donné le bain rituel au Messager de Dieu et Fadl bin ‘Abbâs aidait en versant de l’eau et ses yeux étaient couverts d’un bandage. Les anges tournaient son corps lorsque cela était nécessaire. ‘Ali voulu enlever la chemise du Messager de Dieu mais il a entendu une voix dire : « Ô ‘Ali ! N’enlève pas la chemise de ton Prophète ! ». (…) Peu de temps après, j’ai vu Abi Bakr, ‘Omar et Abi ‘Obayda, qui portaient des vêtements de Sanaa, en compagnie des gens de la Saqifa. Ils rabattaient toute personne qu’ils rencontraient sur leur chemin et quand il s’agissant d’une connaissance, ils prenaient sa main et la frottait à celle d’Abi Bakr, qu’elle le veuille ou non. (…)
Soulaym bin Qays a dit : j’ai entendu Salmân al-Fârisi dire :
(…) J’ai raconté à ‘Ali, lorsqu’il était en train de donner le bain du Messager de Dieu, ce que la communauté avait fait et je lui ai dit qu’Abou Bakr était en ce moment au pupitre du Messager de Dieu (…). ‘Ali a répondu : « Ô Salmân, sais-tu qui fut le premier à lui prêter allégeance au pupitre du Prophète ? » (…) Salmân a dit : « non, mais j’ai vu un homme très vieux qui s’appuyait sur un bâton et qui avait une marque entre les deux yeux ; la marque était sèche. Il s’est avancé vers le pupitre avant tout le monde et s’est incliné, il pleurait et il a dit : « loué soit Dieu qui ne m’a pas fait mourir avant que je ne te vois en ce lieu. Étends ta main ». Abou Bakr a alors étendu sa main et dit à l’homme de prêter allégeance. Ensuite, l’homme a dit : « cette religion est comme la religion d’Adam ». Puis il est descendu du pupitre et il est sorti de la mosquée. (…)
‘Ali a répondu : « c’était Iblis, que Dieu le maudisse. Le Messager de Dieu m’a informé qu’Iblis et ses compagnons étaient présents quand, sur ordre de Dieu, le Messager de Dieu m’a déclaré calife le jour de Ghadîr Khoum. (…) Le Messager de Dieu m’en a informé quand il a dit : « les gens prêteront allégeance à Abou Bakr au pavillon des Bani Sa’da quand ils se querelleront au sujet de mon droit et de mon autorité. Après cela, ils iront à la mosquée et la première personne qui lui prêtera allégeance à mon pupitre sera Iblis qui viendra sous la forme d’un vieil homme et dira telle et telle chose (…) ».
La nuit tombée, ‘Ali fit monter Fâtima sur un âne et prit la main de ses fils al-Hasan et al-Husein, puis il est passé dans chacune des maisons des émigrés et des Ansars qui avaient participé à Badr, et il leur rappela ses droits et les exhortait à le soutenir. Seulement quarante quatre personnes ont promis leur aide. Il leur a demandé de se raser la tête et de l’accompagner au matin avec leurs armes prêt à le soutenir et de prêter allégeance jusqu’à la mort. Au matin, à part quatre personnes, personne n’a tenu sa promesse. J’ai (Soulaym) alors demandé : « qui étaient-ils ? » Salmân a répondu : « moi-même, Abou Dharr, al-Miqdâd, et az-Zoubayr bin al-‘Awwâm ». (…) Quand ‘Ali s’est aperçu de leur traitrise, il est resté dans sa maison et a commencé à compiler le Coran et il n’est pas sorti de sa maison jusqu’à avoir compilé le Coran dans sa totalité. À cette époque, les versets étaient écrits sur des feuillets, des morceaux de bois et de peaux, et divers fragments. Lorsqu’il était en train de rassembler tout le Coran et qu’il copiait de sa main son ordre de révélation, son interprétation, ses abrogeants et ses abrogés, Abou Bakr lui envoya quelqu’un afin qu’il sorte et vienne lui prêter allégeance. Il lui a répondu avec le message suivant : « je suis occupé et j’ai fais serment que, à part pour la prière, je ne prendrai pas mes vêtements tant que je n’aurai pas collecté la totalité du Coran ». Ils l’ont donc laissé tranquille quelques jours. ‘Ali compila la totalité du Coran qu’il mit dans une pièce de tissu. (…)
Puis ‘Ali leur a dit : « le jour du jugement, vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas appelé à me soutenir et que je ne vous ai pas rappelé mon droit et que je ne vous ai pas apporté le livre de Dieu du début à la fin ». ‘Omar a répondu : « ce que nous possédons du Coran nous suffit, ce que tu proposes nous est inutile ». Ensuite, ‘Ali est rentré chez lui. (…)
Puis ‘Omar a dit aux gens qui étaient autour de lui de ramasser du bois. Ils en ont tous ramassé et ‘Omar lui-même en a pris et il est allé à la maison d’Ali et de Fatima et de leurs deux enfants. Il a disposé du bois tout autour de la maison, ensuite il dit d’une voix suffisamment forte pour qu’Ali et Fatima entendent : « par Dieu, Ô ‘Ali, sors d’ici et va prêter allégeance au calife du Messager de Dieu, sinon je brûle ta maison ». Fatima a répondu : « Ô ‘Omar, qu’avons-nous à faire avec toi ? » « Ouvre la porte, dit-il, ou nous incendierons ta maison ! » Fatima a répondu : « Ô ‘Omar, n’as-tu aucune crainte de Dieu en entrant ainsi chez moi ? » ‘Omar a refusé de partir. Il a demandé à ce qu’on lui apporte du feu, puis il a mis le feu à la porte, ensuite il l’a poussée et il est entré. Fatima est venue au devant de lui et a crié : « Ô Père, Ô Messager de Dieu ! » ‘Omar a levé son sabre qui était dans son fourreau et l’a frappée avec dans les côtes. Elle a hurlé : « Ô Père ! » Il s’est ensuite saisi de son fouet et l’a fouettée sur la main et elle a crié : « Ô Messager de Dieu ! Abou Bakr et ‘Omar se comportent vraiment mal après toi ». ‘Ali a surgi, l’a attrapé par le collet et l’a poussée en faisant tomber ‘Omar par terre. Il l’a frappé au cou et au visage et tenta de le tuer. Il s’est souvenu des dires du Messager de Dieu et il a dit : « par celui qui a donné à Mahomet le statut de Prophète, Ô fils de Sahhak, si le Livre de Dieu n’avait pas été révélé et si je n’avais pas fait de promesse au Messager de Dieu, tu aurais su que tu n’aurais jamais dû entrer dans ma maison ! » (…)
Abou Bakr a dit à Qounfoudh : « retourne à la maison d’Ali, s’il en sort, cela est bien, sinon entre dans sa maison. S’il refuse, mets le feu à la maison ». Le maudit Qounfoudh y est retourné et il est entré dans la maison sans permission, avec ses compagnons.
‘Ali a voulu se saisir de son sabre mais ces gens qui étaient venus en nombre l’ont attrapé, ont levé leurs sabres, et l’ont arrêté et attaché une corde à son cou. Fatima s’est interposée entre ‘Ali et les gens près de la porte de la maison, alors Qounfoudh l’a fouettée. Quand elle est décédée, la marque de sa blessure était toujours visible sur son épaule. Que Dieu maudisse Qoufoudh et celui qui l’a envoyé. (…)
Le maudit Qounfoudh avait fouetté Fatima quand elle s’était interposée entre ‘Ali et les gens car ‘Omar l’avait envoyé en disant : « si Fatima s’interpose entre toi et son mari, frappe-la ». Qoufoudh l’a forcée à se retrancher derrière la porte et a ensuite pressé la porte contre elle et lui brisa une côte et elle fit une fausse couche. Depuis ce jour, elle n’a plus quitté son lit jusqu’à ce qu’elle meurt en martyre. (…)
Puis il (‘Omar) a dit : « Ô Ibn Abi Tâlib, lève-toi et prête allégeance ». ‘Ali a demandé : « et si je ne le fais pas ? » Il a répondu : « par Dieu, nous te couperons le cou ! »
‘Ali a répété cela trois fois, ensuite il a étendu sa main sans en ouvrir la paume et Abou Bakr a mis sa main sur la sienne et il était heureux de cela. (…)
On a demandé à az-Zoubayr de prêter allégeance mais il a refusé. ‘Omar, Khâlid bin al-Walîd, et Moughîra bin Cha’aba, ainsi que d’autres gens, ont bondi sur lui, se sont emparés de son sabre, et l’ont jeté à terre et l’ont brisé. Ils le tenaient par le collet. Az-Zoubayr a dit, tandis qu’Omar était sur son thorax : « Ô fils de Sahhak, par Dieu, si mon épée était entre mes mains, tu n’aurais pas pu t’emparer de moi ». Il a alors prêté allégeance.15

On pourrait penser que les érudits sunnites nieraient tout en bloc et qualifieraient cette histoire de mensonge éhonté, et pourtant, il est possible de retrouver quasiment tous les éléments de ce récit dans les livres éparses des grands historiens et traditionalistes sunnites !

Dans la première biographie du Prophète, Ibn Ishâq (m. 767) mentionne la réclusion des hachémites dans la maison de Fatima, cependant, aucune référence à l’agression des compagnons n’y est faite, à moins que cela n’ait été censuré dans la recension d’Ibn Hichâm (m. 833) :


Lorsque l’Envoyé d’Allah mourut, le clan des Ansârs s’assembla autour de Sa’d b. ‘Ubadah dans le pavillon de Banû Sâ’idah. ‘Ali ibn Abu Tâlib, al-Zubayr b. al-‘Awwâm et Talha b. ‘Abd Allah s’isolèrent dans la maison de Fâtimah (la fille du Prophète). Le reste des Émigrés s’assembla autour d’Abû Bakr et à eux se joignit ‘Usayd b. Hudayr en compagnie du clan des Banû ‘Abd al-‘Ashhal.16

Ahmad ibn Hanbal (m. 855) a de même consigné dans son Mosnad : « quand le Messager de Dieu est mort, ‘Ali, az-Zoubayr, et ceux qui étaient avec eux, sont restés dans la maison de Fatima »17 ; al-Boukhâri (m. 870), quant à lui, est plus évasif : « ‘Ali, az-Zoubayr, et ceux qui étaient avec eux, dit ‘Omar, se sont opposés à nous, tandis que les émigrés étaient réunis autour d’Abou Bakr »18. Le « maître des maîtres du hadith » Ibn Abi Chayba (m. 849) a répertorié dans Al-Moussanaf une tradition moins avare en détails et authentifiée selon les conditions des deux Cheikhs (al-Boukhâri et Moslim) par le mouhaddith Shâh Waliullah Dahlawi (m. 1762) dans son livre Izâlat al-Khifâ’ :


Mohammed bin Bichr a rapporté d’Obaydallah bin ‘Omar, de Zayd bin Aslam que son père Aslam a dit : « alors que l’allégeance avait été prêtée à Abou Bakr après le Messager de Dieu, ‘Ali et Zoubayr sont entrés chez Fatima, la fille du Messager de Dieu, afin de la consulter et de revoir les directives à appliquer. Quand ‘Omar bin al-Khattâb est sorti pour s’informer de cela, il est entré chez Fatima et lui dit : « Ô fille du Messager de Dieu ! Par Dieu, personne ne nous est plus cher que ton père et personne ne nous est plus cher après ton père que toi. Je jure par Dieu que si ces gens se rassemblent dans ta maison, alors rien ne m’empêcherait d’ordonner de brûler la maison ainsi que ceux qui sont à l’intérieur ». Quand ‘Omar est parti, ils sont arrivés, et elle leur a dit : « savez-vous qu’Omar est venu ici et qu’il a juré par Dieu de brûler la maison si vous vous y rassemblez ? Je jure par Dieu qu’il exécutera son serment ! Alors partez s’il-vous-plait et prenez une décision et ne vous rassemblez plus ici ». Puis, ils sont partis et n’y sont plus revenus jusqu’à ce qu’ils aient prêté allégeance à Abou Bakr.19

Cet incident a donc bel et bien une origine sans être une fable tardive propagée par les chiites pour justifier leur doctrine, même s’il est probable qu’ils aient amplifié ou dramatisé l’affaire. Ceux qui se refusent à y croire font preuve de mauvaise foi ou de malhonnêteté intellectuelle. Le Cheikh wahhabite Hassan Farhân al-Mâliki résume ainsi l’accrochage :


Le parti d’Ali était plus petit lors de l’allégeance à ‘Omar que lors de l’allégeance à Abou Bakr as-Siddiq en raison de la défection à ‘Ali dû à un raid sur la maison de Fatima pendant le règne d’Abou Bakr. Certains compagnons, qui étaient avec ‘Ali, ont été forcés de prêter le serment d’allégeance à Abou Bakr. Ce différend et le raid (rapportés par des chaînes sahih) sont un souvenir douloureux qu’ils n’aiment pas se remémorer.

Et il ajoute en note : « je pensais que le raid était un mensonge jusqu’à ce que je découvre des chaînes fortes dans ce qui est rapporté par Ibn Abi Chayba dans Al-Moussanaf. Ceci n’est pas non plus une exagération à la manière des extrémistes chiites et ne peut être nié comme le font les extrémistes hanbalites »20.

Le polygraphe Ibn Qoutayba (m. 889), ancien cadi de Dînawâr en Iran, a lui aussi jugé bon de parler de cette histoire dans l’ouvrage - qui lui est attribué - Al-Imâma wa-s-Siyâsa. Ibn Qoutayba était de rite hanbalite, il écrit :


Abou Bakr cherchait les gens qui n’avaient pas prêté allégeance et qui étaient avec ‘Ali. Il leur envoya ‘Omar bin al-Khattâb. Il leur a demandé de sortir de la maison d’Ali mais ils ont refusé de sortir. Alors ‘Omar a demandé à ce qu’on apporte du bois, puis il a dit : « je jure par celui qui a l’âme d’Omar dans sa main, si vous ne sortez pas, je mets le feu à la maison avec vous dedans ». Ils lui ont répondu : « Ô Abou Hafs ! Fatima est aussi dedans ! » Il a dit : « et alors ? » Ensuite, ils sont sortis et ont prêté allégeance sauf ‘Ali. On a affirmé qu’il a dit : « je jure que je ne sortirai pas et que je ne mettrai pas mes vêtements sur mes épaules tant que je n’aurai pas collecté le Coran ».21

Le non moins célèbre Abou-l-Fidâ’ (m. 1331), historien, nommé sultan d’Hamâ en Syrie, porte des accusions encore plus graves, puisque, d’après lui, Abou Bakr aurait ordonné à ‘Omar d’assassiner la fille du Prophète ainsi que tous ses proches, y compris ses enfants al-Hassan et al-Husein, qui sont également les deux petits-fils de Mahomet. Cette altercation, rappelons-le, eut lieu seulement quelques heures après la mort du Prophète : « ensuite, Abou Bakr a envoyé ‘Omar bin al-Khattâb vers ‘Ali et ceux qui étaient avec lui pour les faire sortir de la maison de Fatima, et il a dit : « s’ils refusent, combats-les (qâtilhoum) »22. Le verbe « qâtala » en arabe signifie combattre avec l’intention de tuer, il dérive de la racine q.t.l. dont est issu le verbe « qatala » « tuer ». Ibn ‘Abd Rabbih (m. 940), écrivain et poête panégyriste de la dynastie marwanide de Cordoue (929-1031), a rédigé plus ou moins la même chose dans Al-‘Iqd al-Farîd ; il précise que Sa’d bin ‘Obâda, celui qui avait été piétiné, a refusé de prêter allégeance à Abou Bakr23.

L’illustre Tabari (m. 923) a bien évidemment fait état de cet assaut, qui a dégénéré en affrontement entre le parti d’Abou Bakr et az-Zoubayr, le fidèle lieutenant d’Ali, qui finira par le trahir en s’alliant à ‘Aicha et Talha lors de la bataille du chameau en 656 à Basra.


Ibn Houmayd a rapporté de Jarir, de Moughirah, que Ziyad bin Koulayb a dit : « ‘Omar bin al-Khattâb s’est dirigé vers la maison d’Ali. Talha, az-Zoubayr et quelques-uns parmi les émigrés étaient aussi dans la maison. ‘Omar a hurlé : « par Dieu ! Soit vous sortez prêter le serment d’allégeance, soit je mets le feu à la maison ! » Az-Zoubayr est sorti avec son sabre tiré, mais il a trébuché et le sabre est tombé de sa main, alors ils ont bondi sur lui et l’ont saisi » (…)
Ils ont demandé la confirmation du serment, mais ‘Ali et az-Zoubayr étaient restés à l’écart. Az-Zoubayr a tiré son sabre et a dit : « je ne le poserai pas tant que le serment d’allégeance n’aura pas été prêté à ‘Ali ». Quand Abou Bakr et ‘Omar en furent informés, ce dernier dit : « frappez-le avec une pierre et emparez-vous de l’épée ». On dit qu’Omar est intervenu et les a amenés de force en leur disant qu’ils devront prêter le serment d’allégeance bon gré mal gré. Ils ont donc prêté le serment d’allégeance.24

Le brillant historien Ya’qoubi (m. 897) propose une version légèrement différente en faisant combattre ‘Ali contre ‘Omar. Ce dernier prendra le dessus malgré la supériorité et la réputation d’excellent guerrier d’Ali dont les prouesses sont légendaires. C’est le reflet altéré de la confrontation physique entre les deux frères ennemis rapporté dans le Kitâb Soulaym bin Qays :


Lorsqu’Abou Bakr et ‘Omar ont entendu qu’un groupe d’émigrés et d’Ansar était réuni avec ‘Ali bin Abi Tâlib dans la maison de Fatima, la fille du Messager de Dieu, ils sont sortis avec un groupe de gens et ont attaqué la maison. ‘Ali est sorti avec une épée, ‘Omar est allé à sa rencontre et a lutté avec lui et l’a battu, puis il a brisé son épée. Ensuite, ils sont entrés dans la maison et Fatima est sorti en disant : « par Dieu ! Ou bien vous sortez ou bien je découvre mes cheveux et crierai à Dieu ». Tout le monde est alors sorti de la maison.25

‘Ali bin Houssâm ad-Dîn al-Mouttaqi al-Hindi (m. 1567) est connu pour avoir composé Kanz al-‘Oummâl dans lequel est évoqué l’embrasement de la porte : « je le jure devant Dieu, dit ‘Omar, dorénavant, tout ceux qui viendront te demander conseil, je ferais brûler la porte sur eux »26. L’éminent historien al-Balâdhouri (m. 892), qui exerçait une grande influence à la cour du calife abbasside al-Moutawakkil (m. 861), ne pouvait pas non plus ignorer cette offensive outrageante à l’égard de la fille du Prophète : « Abou Bakr a fait savoir à ‘Ali qu’il souhaitait l’allégeance mais il n’a pas prêté serment. ‘Omar est arrivé avec une torche allumée. Fatima l’a vu au pied de la porte et lui a dit : « Ô Ibn al-Khattâb ! Oseras-tu mettre le feu à ma porte ? » Il a répondu : « oui, et cela est plus fort que ce pourquoi ton père est venu ! »27. Citons enfin un dernier historiographe, al-Mas’oudi qui, dans Ithbât al-Wasiyya li-l-Imâm ‘Ali bin Abi Tâlib, aborde en plus le sujet ultra-sensible des violences faites à Fatima :


Ils sont allés à sa maison et s’en sont pris à lui (‘Ali). Ils ont brûlé sa porte et l’ont fait sortir de force. Ils ont écrasé la reine des femmes contre la porte jusqu’à ce qu’elle fasse une fausse couche de Mohsin. Ils l’ont emmené pour qu’il prête serment mais il a refusé. Il a dit : « et si je ne le fais pas ? » Ils ont répondu : « nous te tuerons ».28

Adh-Dhahabi (m. 1348) et Ibn Hajar al-‘Asqalâni (m. 1448) ont tous deux rapporté les propos du « rafidite » Ibn Abi Dârim (m. 968) qu’ils considèrent, sans surprise, comme un menteur, et qui prêchait à qui voulait l’entendre « qu’Omar a frappé Fatima à coup de pied jusqu’à ce qu’elle fasse une fausse couche de Mohsin »29. Il se trouve que le mutazilite an-Nazzâm (m. 845), tel que l’a enregistré as-Safadi (m. 1363) dans Al-Wâfi bi-l-Wafayât, a lui aussi fait mention des coups portés par ‘Omar dans le ventre de Fatima le jour de l’allégeance, et son confrère Ibn Abi-l-Hadîd (m. 1258) a signalé « qu’Omar a frappé Fatima avec le fouet et il a frappé az-Zoubayr avec le sabre »30. Le mutazilisme étant indépendant du sunnisme et du chiisme, on ne peut soupçonner ces auteurs de partialité, et leurs témoignages ajoutent foi aux sources chiites. L’incursion dans la maison de Fatima et l’échauffourée qui s’ensuivit, et qui aura des conséquences fatales pour la fille de Mahomet, figurent en bonne et due forme parmi les œuvres des grands savants sunnites dont nous avons dressé une liste non exhaustive.
9 Sahih al-Boukhâri 6442

10 Ibid.

11 Ibid.

12 Les Prairies d’Or, Maçoudi, tome quatrième, p.183, texte et traduction par C. Barbier De Meynard, Imprimerie Impériale, 1865

13 Sahih al-Boukhâri 6442

14 Adh-Dharî’a ila Tasânif ach-Chî’a, at-Tihrâni, volume 2, p.152, Matba’at al-Ghari, 1353-1398

15 Kitâb Soulaym bin Qays al-Hilâli, p.138 à 158, al-Hâdi, Qom – Iran, 2000

16 La vie de Muhammad, Ibn Ishâq, tome II, p.581, traduction française avec introduction et notes par ‘Abdurrahmân Badawi, Albouraq, 2001

17 Mosnad Ahmad 393

18 Sahih al-Boukhâri 6442

19 Al-Moussanaf, Ibn Abi Chayba, volume 8, p.572, Dâr al-Fikr, 1994

20 Qirâ’a fi-l-Kotob al-‘Aqâ’id, Hassan Farhân al-Mâliki, p.52, Markaz ad-Dirâsât at-Târîkhiyya, at-tab’a ath-thâniyya, 2001

21 Al-Imâma wa-s-Siyâsa, Ibn Qoutayba, volume 1, p.19-20, Taha az-Zayni – al-Halabi, 1967

22 Al-Moukhtasar fi Akhbâr al-Bachar, Abou-l-Fidâ’, volume 1, p.195, Dâr al-Ma’ârif, 1998

23 Al-‘Iqd al-Farîd, Ibn ‘Abd Rabbih, volume 3, p.273, Dâr al-Andalous, 1996

24 The History of al-Tabari, volume 9, p.186-187 et 188-189

25 Târîkh Ya’qoubi, volume 2, p.116, al-Maktaba al-Haydariyya, 1964

26 Kanz al-‘Oummâl fi Sunan al-Aqwâl wa-l-Af’âl, ‘Ali bin Houssâm ad-Dîn al-Mouttaqi al-Hindi, volume 5, p.861, n°14138, Moussassa ar-Rissâla, 1989

27 Ansâb al-Achrâf, al-Balâdhouri, volume 1, p.586, Dâr al-Ma’arif, 1959

28 Ithbât al-Wasiyya li-l-Imâm ‘Ali bin Abi Tâlib, Al-Mas’oudi, p.154-155, Dâr al-Ousoul, at-tab’a ath-thâniyya, 1988

29 Siyar A’lâm an-Noubalâ’, adh-Dhahabi, volume 15, p.578, Moussassa ar-Rissâla, 2001, et Lisân al-Mîzân, Ibn Hajar al-‘Asqalâni, volume 1, p.824, Moussassa al-A’lami lil-Mataba’ât, 1986

30 Charh Nahj al-Balâgha, Ibn Abi-l-Hadîd, volume 16, p.271, Dâr Ihyâ’ al-Kotob al-‘Arabiyya, 1959


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MessageSujet: Re: MOHAMET SELON LES EXEGETES MUSULMANS   Sam 16 Nov 2013, 8:43 pm






L’enterrement du Messager de Dieu



Les musulmans ont prêté allégeance à Abou Bakr, le lundi, « le jour même où le Prophète est mort »31. Le lendemain, on fit les préparatifs pour l’enterrement du défunt et les fidèles se disputaient au sujet de l’endroit où la mise en terre devait avoir lieu. Certains disaient qu’il devait être inhumé à la mosquée, d’autres à côté de ses compagnons, mais de l’avis d’Abou Bakr, comme un ultime affront au chef déchu, l’Envoyé de Dieu devait reposer dans les appartements de sa fille : « tout prophète est enterré là où il meurt »32, on poussa alors le lit et on commença à creuser sa tombe. D’après la majorité des ‘oulemâ’, il fut enterré dans la nuit de mardi à mercredi, plus de trente-six heures après sa mort33. Le calife et son bras droit n’ont même pas daigné prendre part à l’ensevelissement, peut-être s’étaient-ils joints à quelques festivités organisées par les hypocrites de Médine : « Abou Bakr et ‘Omar n’ont pas été témoin de l’enterrement du Prophète. Ils étaient chez les Ansars et il a été enterré avant qu’ils ne soient revenus »34. Si l’inhumation du Prophète avait pris du retard, c’est parce que « les gens ne pouvaient pas l’enterrer à cause de la jeunesse des Ansars. Il n’a donc pas été enterré avant le premier tiers de la nuit »35. En effet, les Ansars avaient beaucoup d’enfants, conformément à la politique démographique menée par Mahomet qui avait pour but d’alimenter les cohortes de djihadistes :
Un homme est allé voir le Prophète et a dit : « j’ai rencontré une femme noble et belle mais elle ne peut pas faire d’enfant. Dois-je me marier avec elle ? » Il a répondu : « non ». L’homme est revenu une seconde fois mais il le lui a interdit. Il est revenu une troisième fois et le Prophète a dit : « marries-toi à une femme aimante qui peut te donner des enfants, car je submergerai avec toi les nations ».36
Les petits groupes se succédaient dans la pièce exiguë et la prière funéraire était récitée à chaque fois. Le rituel ne prit fin que tard dans la nuit.





L’héritage et la mort de Fatima



Les obsèques achevées, la fille du Prophète envoya son mari réclamer à Abou Bakr sa part d’héritage du butin de Médine, de Fadak, et de Khaybar, laissé par son père. Le calife  refusa en prétextant que « le Messager de Dieu a dit : on n’héritera pas de nos biens, ce que nous laissons est pour la charité »37. Aux yeux d’Ali et d’al-‘Abbâs, Abou Bakr était devenu « un menteur, un pécheur, un traître et un perfide »38. Furieuse et spoliée, Fatima décida de ne plus adresser la parole à Abou Bakr jusqu’à sa mort qui survint seulement six mois après celle de Mahomet39. Deux ans après s’être emparé du pouvoir, ‘Omar accepta de remettre les biens de Médine entre les mains d’Ali et d’al-‘Abbâs à condition que ceux-ci soient gérés comme du vivant de Mahomet. Ce patrimoine resta dans la famille d’Ali de génération en génération jusqu’à Zayd bin Hassan, son arrière petit-fils40. Quant aux legs de Fadak et de Khaybar, leur gestion fut confiée au commandant des croyants : « on les gère toujours comme ça de nos jours », dit Ibn Chihâb az-Zouhri (m. 742)41.
Fatima est décédée à l’âge de vingt-neuf ans. Asmâ bint Omays procéda à la lotion funéraire et « son époux ‘Ali l’enterra pendant la nuit sans en informer Abou Bakr et il récita la prière funèbre lui-même »42. Al-‘Abbâs et al-Fadhl étaient présents à ses funérailles. Le silence des savants sunnites concernant les causes de sa mort est lourd de sens. Il parait évident que les complications qui ont résulté de sa côte brisée et de sa fausse couche furent à l’origine de son décès. Abou Bakr a une part de responsabilité dans cette tragédie puisque c’est lui qui a commandité l’assassinat de Fatima dans le cas où elle refuserait de sortir. Il exprima toutefois des regrets sur son lit de mort au sujet du traitement injuste qu’il lui fit subir : « je ne regrette rien sauf trois choses que j’ai faites et que j’aurai souhaité de ne pas faire (…) : j’aurai souhaité de pas avoir violé la maison de Fatima et dilapidé son héritage dans le but d’empêcher la guerre… »43.


Le codex d’Ali


Suite à la terrible attaque de la maison de Fatima, le gendre du Prophète s’est isolé dans sa maison afin de recueillir la totalité des paroles d’Allah en un seul livre, car il craignait – à juste titre – que ceux qui lui avaient usurpé le pouvoir ne falsifiassent le Coran. As-Souyouti (m. 1505) transcrit dans Al-Itqân fi ‘Ouloum al-Qor’ân « qu’Ali a rapporté qu’il a rassemblé le Coran dans l’ordre de la révélation après la mort du Prophète »44. Selon la théologie imamite, ce Coran a voyagé à travers la lignée des douze imams infaillibles jusqu’à Abou-l-Qâsim Mohammed bin al-Hassan al-Mahdi, le dernier imam en « occultation », qui réapparaitra sur ordre de Dieu à la fin des temps et révélera le véritable Coran. De nombreuses traditions, aussi bien chiites que sunnites, font référence à la falsification du livre saint. Plusieurs centaines de pages ne suffiraient pas à couvrir ce sujet en détails, contentons-nous simplement d’en tracer une ébauche.
Le codex d’Ali contiendrait la révélation complète d’Allah à son prophète, les abrogeants et les abrogés y seraient tous inscrits, de même que leurs interprétations. Ce manuscrit serait trois fois plus gros que le Coran actuel. Mohammed bin Ya’qoub al-Koulayni (m. 941) a archivé dans son Kitâb al-Kâfi la tradition suivante : « nous avons le mushaf de Fatima et sais-tu ce qu’est le mushaf de Fatima ? » J’ai dit : « qu’est-ce que le mushaf de Fatima ? » Il a répondu : « le mushaf de Fatima contient trois fois plus que ce que contient votre Coran et, par Dieu, il ne contient pas une seule lettre de votre Coran »45. Mushaf en arabe se traduit habituellement par « Coran » ou « exemplaire du Coran », l’imam Abou Bakr Ibn Abi Dâwoud as-Sijistâni (m. 928) s’est en outre attelé à la rédaction d’un ouvrage intitulé « Kitâb al-Masâhif », « le livre des exemplaires du Coran ». Les imamites ont divergé quant à l’interprétation de ce hadith, certains disent que le mushaf de Fatima est le codex d’Ali, d’autres suggèrent qu’il s’agisse d’un livre autre que le Coran. Quoiqu’il en soit, les chiites reprochent aux premiers califes d’avoir amputé des pans entiers de la révélation divine lors de leur recension coranique connu sous le nom de « vulgate othmanienne ». Les mollahs niant la falsification du Coran pratiquent la « taqiyya » (litt. circonspection) afin d’échapper aux persécutions sunnites et de maintenir une unité illusoire entre musulmans. Parmi ces falsifications, on attribue à Abou Bakr et ses comparses la suppression de soixante-dix noms d’hypocrites qui se trouvait être à l’origine dans la sourate Al-Bayyina :
‘Ali bin Mohammed a rapporté de certains de ses compagnons, d’Ahmad bin Mohammed bin Abi Nasr qui a dit : « un jour, Abou-l-Hassan m’a donné un exemplaire du Coran et a dit : « ne le regarde pas ». Je l’ai ouvert et j’ai lu : « ceux qui ont mécru… » (lam yakouni adh-dhîna kafarou : sourate 98), et j’ai trouvé les noms de soixante-dix hommes de Qoraych ainsi que les noms de leurs pères. On m’a fait envoyer un message disant : « renvoie-moi la copie du Coran ».46
‘Ali lui-même aurait dénoncé cette censure, nous lisons dans le chapitre 21 du Kitâb al-Ghayba d’an-Nou’mâni (m. 970) :
Abou Soulaymân Ahmad bin Houdha nous a rapporté : Ibrâhîm bin Ishâq an-Nahâwandi nous a rapporté : ‘Abdullah bin Hammâd al-Ansâri nous a rapporté de Sabâh al-Mouzni, d’al-Hârith ibn Hasîra, d’al-Asbough bin Nabâta qui a dit :
J’ai entendu ‘Ali dire : « c’est comme si je voyais les non-Arabes dans leurs grandes tentes dans la mosquée de Koufa enseignant aux gens le Coran comme il a été révélé ». J’ai dit : « Ô commandant des croyants ! N’a-t-il pas été révélé comme cela ? » Il a répondu : « non. On y a effacé les noms de soixante-dix qoraychites, ainsi que les noms de leurs pères et on n’y a laissé que le nom d’Abou Lahab afin d’humilier le Messager de Dieu parce qu’il était son oncle ».47
Seul le nom de Zayd, le fils adoptif de Mahomet, subsiste dans la vulgate othmanienne (33.37). Il est effectivement étrange qu’aucun nom parmi les compagnons du Prophète n’y figure alors qu’un nombre important de versets fut révélé à cause d’eux. Les sunnites ont élaboré une contre-tradition afin d’expliquer la disparition de ce long passage, Ibn ‘Abbâs a dit : « Dieu Tout-puissant a mentionné les noms de soixante-dix hypocrites ainsi que les noms de leurs pères, puis il a abrogé les noms par miséricorde pour les croyants afin qu’ils ne se moquent pas les uns des autres, car leurs enfants étaient des croyants »48. Diffusée plus tardivement par les partisans de la doctrine adverse, une contre-tradition est aisément reconnaissable par son caractère contradictoire. C’était une pratique courante chez les traditionalistes, née de la rivalité sunnites/chiites. Les diverses écoles de pensée au sein d’un même courant de l’islam y ont aussi eut largement recours.
‘Ali n’avait pas les moyens d’imposer son propre Coran quand il occupa le poste de calife, la guerre civile faisait rage et de nombreux musulmans cherchaient à le renverser : tout d’abord ‘Aicha et ses acolytes lui livrèrent bataille à Basra, ensuite, Mou’âwiya, gouverneur de Syrie nommé par ‘Othmân, s’opposa à lui avec 80 000 hommes dans la bataille de Siffin (de ce conflit sont sortis les kharidjites qui finiront par l’assassiner), et enfin, l’invasion de l’Égypte par ‘Amr bin al-‘Âs, haut lieutenant de Mou’âwiya, suite à la révolte de ses habitants. On comprend mieux pourquoi, dans ces conditions, ‘Ali a préféré garder son Coran secret.
Le consensus des savants sunnites a reconnu la falsification du Coran, cependant, ils préfèrent employer les termes « d’abrogation de la lecture du verset mais pas du décret qu’il contient », plutôt que de parler de « falsification », en d’autres termes, le verset récité du temps du Prophète a physiquement disparu du Coran bien qu’il n’ait pas été abrogé par Allah, et les instructions qui y sont rattachées sont toujours applicables de nos jours. Allah est pourtant censé protégé le Coran de toutes altérations comme il est écrit : « en vérité, c’est Nous qui avons fait descendre le Rappel, et c’est Nous qui en sommes gardien » (15.10), et quand il abroge un verset, il est immédiatement remplacé : « si Nous abrogeons un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur ou de semblable » (2.106). Cela ne pose pas de problème pour les chiites puisque le véritable Coran est gardé entre les mains du sauveur eschatologique al-Mahdi, tandis que pour les Cheikhs sunnites, c’est une autre paire de manches, et il faut user de subterfuge de façon à ce que les aveugles n’ouvrent pas les yeux. Le cas d’altération le plus probant  est la disparition du verset de la lapidation dans les entrailles d’un animal49, Mahomet le récitait ainsi : « lapidez l’homme et la femme d’âge mûr »50. L’aya n’existe plus dans le Coran actuel mais son application est toujours en vigueur, c’est de plus un abrogeant qui rend le verset 4.15 obsolète. Un autre exemple célèbre est le verset des « vallées d’Adam » enregistré dans l’authentique de Moslim ibn al-Hajjâj (m. 875) : « si le fils d’Adam possédait deux vallées remplies d’argent, il en désirerait une troisième, bien que le ventre du fils d’Adam ne soit rempli que de poussière. Et Dieu pardonne à ceux qui se repentent »51. Ibn ‘Abbâs et Anas bin Mâlik ne savaient pas si cela faisait parti intégrante ou non du Coran, Abi Moussa al-‘Ach’ari en était, lui, persuadé :
Nous avions l’habitude de réciter une sourate dont la longueur et la fermeté égalaient celles de la sourate Barâa. Je l’ai cependant oublié à l’exception de : « si le fils d’Adam possédait deux vallées pleine d’argent, il en désirerait une troisième, et le ventre du fils d’Adam n’est rempli que de poussière ». Et nous récitions une sourate qui ressemblait à l’une des moussabbihât, mais je l’ai oublié à l’exception de : « Ô vous qui avez cru ! Pourquoi dîtes-vous ce que vous ne faîtes pas ? Cela sera accroché comme témoin à vos cous et on vous interrogera à ce sujet le jour de la Résurrection ».52
C’est avec la mort des récitateurs du Coran dans la bataille de Yamâma en 632, qui opposait les forces du calife au faux prophète Mousaylima, qu’une grande partie du Coran fut définitivement perdue. Abou Bakr prit alors la décision de rassembler les paroles de Dieu en un livre et il octroya cette tâche à Zayd bin Thâbit53. À en croire la tradition islamique, c’est cette recension non complète et trafiquée qui sera plus tard imposée à tout l’empire musulman sous le califat d’Othmân. Beaucoup de corans circulaient à l’époque et c’est pendant les guerres d’expansion qu’Houdhayfa bin al-Yamân remarqua des différences notables entre le livre des syriens et des irakiens. Il en alarma ‘Othmân. Le calife demanda donc à Hafsa, la fille d’Omar, de lui faire parvenir le Coran d’Abou Bakr qui avait échoué entre ses mains. Puis, il fit réunir Zayd bin Thâbit, ‘Abdullah bin az-Zoubayr, Sa’id bin al-‘Âs, et ‘Abd ar-Rahman bin al-Hârith bin Hichâm pour en faire plusieurs copies qui seront ensuite expédiées à travers le Dâr al-islam, et « il ordonna que tous les autres Corans sous forme de feuillets ou de manuscrits soient brûlés »54. Les musulmans n’ont pas du tout apprécié que le pouvoir central réquisitionne leurs précieux corans et les détruisent, ils accusèrent ‘Othmân d’avoir corrompu la révélation :
Ibn ‘Omar a rapporté : « aucun de vous ne doit prétendre qu’il possède la totalité du Coran, car que connait-il de son ensemble ? La plupart du Coran a disparu, il doit dire alors : « je n’y ai que ce qui s’y trouve à présent ».
‘Aicha a rapporté : « la sourate al-Ahzâb récitée au temps du Prophète comprenait deux-cents versets, mais quand ‘Othmân a copié le Coran, il n’y a quantifié que ce qui y est actuellement ». (…)
Houmayda bint Abi Younous a rapporté : « à l’âge de quatre-vingt ans mon père me récitait du Coran d’Aicha : « Dieu et ses anges prient sur le Prophète. Ô vous qui croyez ! Priez sur lui et saluez-le ainsi que ceux qui prient au premier rang ». Elle a dit : « c’était avant qu’Othmân n’altère le Coran ».55
‘Othmân paiera de sa vie cette monstrueuse faute qui ne fut pas la première ni la dernière. À sa mort, les musulmans refusèrent de lui accorder un enterrement décent.
Les sources sunnites abondent quant il s’agit de la falsification du livre sacré. Les ‘oulemâ’, comme frappés de schizophrénie, ne savent plus sur quel pied danser, d’un côté le Coran est protégé par Dieu, de l’autre il n’est pas identique à la révélation originelle. Et ils osent pointer du doigt les chiites dont le seul crime est de prêcher ce que la tradition sunnite enseigne depuis des siècles ! Les chiites ont pu s’extirper de ce bourbier théologique grâce à leur foi dans le codex d’Ali transmis à l’Imam al-Mahdi, mais pour les sunnites, c’est l’impasse, et leur entêtement à nier l’évidence les mène droit dans le mur, car si le Coran est falsifié, contrairement à ce qu’affirme le verset 15.10, il ne peut être divin.
‘Ali prête allégeance
Lorsque Fatima mourut six mois après son père, « ‘Ali a remarqué un changement dans l’attitude des gens »56. ‘Ali ressentait une certaine méfiance de la part des musulmans. Son attitude cristallisait les tensions, et on le voyait comme un élément perturbateur capable de déstabiliser le fragile équilibre à Médine alors qu’Abou Bakr devait faire face à l’insurrection des Arabes apostats qui avait gagné toute la péninsule arabique. Il se rendit à l’évidence qu’il n’avait plus le choix et devait reconnaitre publiquement le calife Abou Bakr. Il donna donc rendez-vous à ce dernier en lui demandant de ne pas être accompagné. Le commandant des croyants se réjouit de cette rencontre. Arrivé sur place, « ‘Ali vint reprocher au khalife de l’avoir trompé, d’avoir agi sans le consulter et méconnu ses droits. « C’est vrai, répondit Abou Bekr ; mais je craignais la guerre civile »57. ‘Ali promit de lui prêter allégeance dans l’après-midi à la mosquée, ce qu’il fit, et demanda pardon à Abou Bakr. Le calife accepta ses excuses et les musulmans se rabibochèrent avec ‘Ali et le clan du Prophète : « personne parmi les Hachémites ne reconnut l’élection d’Abou Bekr jusqu’à la mort de Fatimah »58, commente al-Mas’oudi. Signalons que Tabari a recensé une contre-tradition selon laquelle ‘Ali aurait prêté serment dès qu’il su qu’Abou Bakr était en train de recevoir l’allégeance59. D’après al-Boukhâri, la polémique sur l’élection du premier amîr al-mouminîn n’était toujours pas éteinte sous le califat d’Omar, on a rapporté qu’un musulman a dit : « si ‘Omar meurt, je prêterai allégeance à telle personne, car, par Dieu, le serment d’allégeance à Abou Bakr n’était qu’une action prompte et soudaine qui n’a été établie qu’après coup »60. Cela n’a rien d’étonnant, ‘Ali a toujours eu un cercle de fidèles autour de lui le soutenant dans les épreuves, on nommera plus tard ses sympathisants les « alides », qui deviendront ensuite  les « chiites ».

La succession de Mahomet a fait couler beaucoup d’encre et l’odeur du sang imprègne les écrits tant sunnites que chiites. Les deux camps se vouent réciproquement une haine viscérale et de nombreux carnages noircissent les pages de l’histoire. Les califes ont pourchassé et massacré sans vergogne ceux qu’ils appelaient péjorativement les « rafidites », jusqu’à l’avènement du « siècle chiite » où la dynastie Buyide (945-1055) noyauta les principaux organes du pouvoir et fit ainsi cesser les persécutions. Pendant cette période, les savants imamites ont pu développer librement leur littérature religieuse et coucher leurs pensées sur papier. Ils ne manquèrent pas d’égratigner les ennemis du chiisme « les nasibis », autrement dit, les sunnites, qu’ils qualifièrent d’infidèles dont le meurtre – en toute discrétion – est permis : « Dâwoud bin Farqad a dit : « j’ai demandé à Abi ‘Abdullah : que dis-tu concernant le fait de tuer le nasibi ? » Il a répondu : « le sang est halal mais j’ai peur pour toi. Si tu peux le faire tomber du haut d’un mur ou le noyer dans l’eau sans qu’il y ait de témoin, alors fais-le ». J’ai dit : « que fais-tu de ses biens ? » Il a répondu : « détruis-les si tu en es capable »61. Les chiites n’ont pas profité de leur accession aux plus hautes fonctions gouvernementales pour contraindre le monde musulman à épouser leur doctrine, peut-être était-ce là leur plus grande erreur, car ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire et non les perdants.

31 The History of al-Tabari, volume 9, p.184
32 Ibid. p.204
33 As-Sîra, la biographie du Prophète Mohammed, Ismaïl Ibn Kathîr, p.882, traduction de Messaoud Boudjenoun, Éditions Universel, 2007
34 Al-Moussanaf, volume 8, p.572
35 At-Tabaqât al-Kobra, volume 2, p.304
36 Sunan Abi Dâwoud 2050. Également rapporté dans Sahih Ibn Habbân 4147.
37 Sahih al-Boukhâri 2926
38 Sahih Moslim 1757-2
39 Sahih al-Boukhâri 2926
40 Ibid. 3809
41 Ibid. 2926
42 Ibid. 3998
43 Al-Mou’jam al-Kabîr 43, at-Tabarâni. Affaibli par al-Haythami dans Majma’ az-Zâwa’id wa-Manba’ al-Fawâ’id, volume 5, p.202-203, Maktaba al-Qoudsi, 1994. Al-Mas’oudi a aussi fait mention des remords du calife, voir Les Prairies d’Or, tome quatrième, p.184.
44 Al-Itqân fi ‘Ouloum al-Qor’ân, as-Souyouti, volume 1, p.248, Dâr al-Kitâb al-‘Arabi, 1999. Certains savants sunnites prétendent qu’il l’a appris par cœur sans le mettre par écrit, mais cette interprétation ne tient pas la route compte tenu du fait qu’il n’est pas sorti de chez lui pendant tout le temps de la compilation.
45 Kitâb al-Kâfi, Mohammed bin Ya’qoub al-Koulayni, volume 1, p.239, Dâr al-Kotob al-Islâmiyya, at-tab’a ath-thâlita, 1388
46 Ibid. volume 2, p.631
47 Kitâb al-Ghayba, an-Nou’mâni, p.333-334, Anwâr al-Houda, Qom – Iran, 1422
48 Ma’âlim at-Tanzîl, al-Baghawi, volume 4, p.68, Dâr Tayba lil-Nachr wa-t-Tawzi’, 1997
49 Sunan Ibn Mâjah 1944. Il est sahih d’après Ibn Hazm, se référer à Al-Mouhalla bi-l-Athâr, volume 11, p.236, Dâr al-Fikr.
50 Mouwattâ’ Mâlik 1560. Hadith sahih, consulter Al-Istidhkâr al-Jâmi’ li-Madhâhib Fouqahâ’ al-Amsâr, Ibn ‘Abd al-Barr, volume 24, p.67-68, Dâr Qotayba – Dâr al-Wa’i, 1993.
51 Sahih Moslim 1048
52 Ibid. 1050
53 Sahih al-Boukhâri 4701
54 Ibid. 4702
55 Al-Itqân fi ‘Ouloum al-Qor’ân, volume 1, p.662-663
56 Sahih al-Boukhâri 3998
57 Les Prairies d’Or, tome quatrième, p.183
58 Ibid.
59 The History of al-Tabari, volume 9, p.195
60 Sahih al-Boukhâri 6442
61 ‘Ilal ach-Charâ’i’, Mohammad bin ‘Ali Abou Ja’far bin Bâbawayh al-Qoummi, volume 2, p.601, al-Maktaba al-Haydariyya, 1966

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MessageSujet: Re: MOHAMET SELON LES EXEGETES MUSULMANS   Dim 17 Nov 2013, 12:23 pm



.C'est long mais intéressant et instructifs tes recherches cher Spiritangel, merci.

Amicalement Mick
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MessageSujet: Re: MOHAMET SELON LES EXEGETES MUSULMANS   

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